Indemnisations: Québec ouvre les vannes, mais le pire est à venir en Mauricie

Une rue inondée à Yamachiche.... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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Une rue inondée à Yamachiche.

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

Québec a déjà ouvert les vannes pour venir en aide aux sinistrés des inondations et promet qu'il n'y aura pas de limite au programme d'indemnisation, alors que la Mauricie s'apprête à vivre une fin de semaine pénible.

Les ministres responsables et les dirigeants de services d'urgence étaient déployés à Trois-Rivières, jeudi matin, où les prévisions de 30 à 45 millimètres de pluie dans le Haut-Saint-Maurice et de 45 à 60 millimètres dans le Bas-Saint-Maurice annoncent une hausse des niveaux d'eau pour toute la région, et ce, jusqu'au milieu de la semaine prochaine.

Les autorités se préparent donc à des débordements de la rivière Saint-Maurice, particulièrement à quelques endroits vulnérables sur la route 155, que l'on est à sécuriser, et à une hausse continue du niveau du lac Saint-Pierre qui, outre la pluie et le débit de la Saint-Maurice, subira l'effet des marées qui atteindront leur pointe vendredi.

«Les niveaux d'eau, côté lac Saint-Pierre, continuent d'augmenter», a expliqué le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, une situation qui devrait se poursuivre au moins jusqu'au milieu de la semaine prochaine.

Son collègue à l'Environnement, David Heurtel, a toutefois ajouté que cette hausse ne serait pas aussi élevée qu'on le prévoyait. «On parle de quelques centimètres encore», a-t-il précisé.

Le ministre Heurtel a par ailleurs expliqué que le bassin versant de la rivière Saint-Maurice est contrôlé à 40 pour cent par cinq barrages, qui ont permis jusqu'ici de retenir un débit additionnel de 27 000 mètres cubes par seconde, mais cette valve de sécurité atteint maintenant ses limites avec les précipitations anormales, combinées à la fonte de quantités exceptionnelles de neige.

«Certains de nos réservoirs, particulièrement Manouane, sont à toutes fins pratiques presque pleins et donc, il faut laisser aller un peu de débit», a déclaré M. Heurtel.

Dans le sud-ouest du Québec, la situation s'améliore, bien que très lentement. Le débit de la rivière des Outaouais a considérablement diminué de sorte que le niveau du lac des Deux-Montagnes, par exemple, s'est abaissé de 20 centimètres depuis dimanche dernier.

En contrepartie, le niveau du lac Saint-Louis, tributaire du bassin versant des Grands Lacs, ne devrait pas s'abaisser à court terme, selon M. Heurtel. «On va maintenir le niveau du lac Saint-Louis. (...) On ne parlera pas de baisse avant encore quelques jours, étant donné que le lac Ontario est encore à des niveaux presque records», a-t-il dit.

L'oeil des experts est également tourné vers la Gaspésie où les débits des rivières sont en baisse, mais la charge de neige est encore importante, tout comme les marées, et David Heurtel a préféré se montrer plus prudent qu'optimiste.

«On évite (de dire) que la situation est entièrement sous contrôle parce que les systèmes de précipitations restent à venir en Gaspésie», a dit le ministre.

Le bilan mis à jour mercredi soir par les autorités fait désormais état de 173 municipalités touchées, 4141 maisons inondées, 3033 personnes évacuées et 554 routes touchées, en plus de 126 glissements de terrain qui, heureusement, n'ont pas fait de victime.

Indemnisations

Pour sa part, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a indiqué que Québec a déjà reçu 724 réclamations et versé 800 000 $ en indemnisations diverses.

M. Coiteux s'attend à un rythme de paiement autour de 400 000 $ par jour et assure qu'il ne s'agit pas d'une enveloppe fermée, mais qu'au contraire, Québec soutiendra financièrement les sinistrés tant qu'il le faudra.

Il a rappelé que les sinistrés peuvent se prévaloir des deniers publics pour leurs dépenses immédiates, tels les travaux de sécurisation de leurs demeures, sacs de sable et autres, de même que l'hébergement d'urgence.

Des réunions d'information ont lieu de façon constante dans les municipalités et les responsables de la Sécurité civile y participent afin de permettre aux citoyens de faire leurs demandes sur place.

De son côté, le premier ministre Philippe Couillard, en tournée dans l'Outaouais en compagnie du premier ministre Justin Trudeau, a indiqué que le plafond d'indemnisation de 159 208 $ pour les résidences, qui a fait l'objet de critiques, serait revu, comme plusieurs autres questions liées aux indemnisations.

«On est en révision notamment des seuils, des critères d'admission et des plafonds de remboursement, on regarde tout ça», a déclaré M. Couillard qui ne s'attend pas à ce que cette révision suffise à tout le monde.

«Il faut être conscient qu'il y aura un autre plafond. Alors la personne qui va être au-delà de l'autre plafond va trouver que le plafond n'est pas assez élevé. Ce qu'on veut faire, c'est actualiser ça pour les coûts réels qu'on a à rencontrer aujourd'hui», a ajouté le premier ministre.

M. Couillard a également dit avoir été sensibilisé tant par les élus locaux que par des citoyens sur la situation des propriétaires non occupants, «une question sociale particulièrement importante», a-t-il dit, promettant d'y voir.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, de passage en Mauricie, s'est dit d'avis qu'il fallait rehausser le plafond d'indemnisation pour les résidences.

«On a besoin de se poser des questions sur la limite de 150 000 $ (NDLR la limite est de 159 208 $). Dans certains cas, ça excède 150 000 $. Ce n'est pas très élevé. C'est ajusté pour l'inflation, mais dans certains cas, les maisons sur le bord de l'eau ont pris plus de valeur et, souvent, les maisons ça représente les actifs de toute une vie», a-t-il dit.

M. Legault a ajouté qu'il serait aussi nécessaire de s'assurer «qu'une fois que les caméras et les journalistes auront quitté, que les promesses vont être tenues».

Par ailleurs, le chef caquiste s'est aussi dit d'avis qu'un programme spécial devrait être mis sur pied pour les municipalités, qui risquent d'avoir une facture dépassant leur capacité de payer.

«Il y a des endroits où il y a des routes très endommagées, beaucoup de routes; ce sont des routes municipales et les municipalités n'ont pas les budgets pour reconstruire toutes ces routes», a-t-il dit.

Casse-cous interceptés

Les effectifs policiers et militaires se sont gonflés en prévision de la hausse des niveaux de l'eau en Mauricie.

L'inspecteur-chef Jimmy Potvin, responsable des mesures d'urgence à la Sûreté du Québec, a précisé que 250 policiers ont été mobilisés en sus des effectifs réguliers de la SQ en Mauricie.

Aucun vol ou acte de vandalisme n'a été rapporté sur l'ensemble du territoire québécois, mais l'inspecteur Potvin a tout de même rapporté un incident qui a de quoi faire réfléchir. «On a deux individus qui ont voulu faire la descente de la rivière Saint-Maurice avec une embarcation sans moteur», a-t-il confié à la presse.

Rappelant que deux personnes sont mortes après avoir été emportées par la crue de la rivière Sainte-Anne, à Sainte-Anne-des-Monts en Gaspésie, M. Potvin a invité les citoyens à la prudence et à «éviter les gestes téméraires».

Du côté des Forces armées, le lieutenant-colonel Francis Poitras a dit avoir doublé ses effectifs au cours des dernières heures, pour porter le nombre de soldats déployés dans la région de la Mauricie à près de 500. De ce nombre, 160 militaires sont des marins de la frégate NCSM Montréal, qui est accostée au port de Trois-Rivières.




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