Un travailleur sur quatre prêt à gagner moins pour éviter les bouchons

Dans l'île de Montréal, plus du tiers des... (Photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse)

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Dans l'île de Montréal, plus du tiers des salariés (35 %) sont excédés par la congestion des routes au point d'être prêts à sacrifier entre 1000 et 10 000 $ de salaire par année si cela a pour résultat de diminuer leur temps de transport, révèle un sondage réalisé le mois dernier.

Photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse

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Bruno Bisson
La Presse

Un travailleur québécois sur quatre serait prêt à accepter une baisse de salaire en échange d'une diminution sensible de ses temps de déplacement quotidiens entre la maison et le travail, selon un sondage réalisé le mois dernier.

Le sondage, commandé à la firme CROP par l'Ordre professionnel des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA), révèle de plus que dans l'île de Montréal, plus du tiers des salariés (35 %) sont excédés par la congestion des routes au point d'être prêts à sacrifier entre 1000 et 10 000 $ de salaire par année si cela a pour résultat de diminuer leur temps de transport.

Les jeunes travailleurs, âgés de 18 à 34 ans, seraient les plus susceptibles d'accepter une perte de salaire en retour de conditions de circulation plus favorables, selon le sondage, qui évalue à une personne sur trois (33 %), dans ce groupe d'âge, le nombre des répondants disposés à faire moins d'argent pour gagner un peu de temps.

«Il est assez surprenant de penser que le quart ou le tiers des gens se disent prêts à réduire leur salaire, quand on sait à quel point le sujet peut être sensible.»

Manon Poirier,
directrice générale de l'Ordre des CRHA

« Pour moi, ça vient confirmer ce qu'on dit déjà depuis quelques années sur la congestion et les travaux routiers : on a beau faire des blagues sur le trafic, mais ces chiffres-là démontrent qu'il s'agit d'une réelle problématique pour les entreprises », ajoute Mme Poirier.

STRESS, IRRITABILITÉ, PERTE DE MOTIVATION

L'Ordre des CRHA a commandé, il y a deux ans, une enquête auprès de ses membres pour évaluer si les conditions de circulation exécrables qu'on connaît depuis maintenant plusieurs années, surtout dans la région de Montréal, avaient des conséquences sur la gestion des ressources humaines dans les entreprises.

En 2016, l'Ordre a répété l'expérience auprès de ses membres, mais a commandé en plus une enquête supplémentaire pour obtenir le point de vue des travailleurs eux-mêmes. Les résultats des deux coups de sonde, estime Mme Poirier, se recoupent et se complètent.

Les 541 travailleurs sondés en ligne entre le 12 et le 15 août dernier ont affirmé dans une proportion de 51 % que les chantiers et la congestion routière engendrent « souvent » ou « occasionnellement » de l'irritabilité au travail. Le stress est aussi identifié par 48 % d'entre eux comme une conséquence fréquente ou occasionnelle du temps perdu dans la circulation.

De plus, 27 % des travailleurs ont fait état de « perte de motivation au travail », alors que 23 % des personnes interrogées ont déploré une « perte de productivité » attribuée aux aléas de leurs déplacements quotidiens.

PIRE CHEZ LES JEUNES

Le sondage révèle par ailleurs que les répercussions liées aux travaux routiers et à la congestion sont ressenties plus durement par les travailleurs âgés de 18 à 34 ans et qu'elles le sont encore davantage chez les personnes de ce même groupe d'âge qui habitent la région de Montréal.

Ainsi, 68 % des jeunes travailleurs de la région métropolitaine (et 62 % des jeunes, toutes régions confondues) se disent, souvent ou à l'occasion, victimes d'irritabilité liée aux conditions de circulation. Plus de la moitié des jeunes travailleurs, de Montréal et d'ailleurs, se plaignent aussi de stress et de fatigue. Dans la région de Montréal, pas moins de 40 % des jeunes sondés affirment même que la congestion routière induit au quotidien une « perte de motivation au travail ».

À l'Ordre des CRHA, on ne s'explique pas vraiment cette sensibilité particulière des jeunes travailleurs aux effets psychologiques de la congestion. Mais « on a des hypothèses », dit Mme Poirier.

« C'est dans ce groupe, par exemple chez les 25-34 ans, qu'on trouve le plus de jeunes familles, avec des enfants en bas âge. »

«Il y a un stress quotidien d'aller chercher les enfants à la fin de la journée à l'école ou à la garderie, où les heures d'ouverture sont très restrictives.»

Manon Poirier,
directrice générale de l'Ordre des CRHA

« On sait aussi, par un sondage réalisé en 2015, que les jeunes travailleurs prennent moins de vacances et qu'ils passent donc plus de temps que les autres dans la circulation. »

Enfin, ajoute Mme Poirier, ces jeunes familles sont aussi plus susceptibles d'aller vivre dans les banlieues plus éloignées parce que l'accès à la propriété y est moins cher qu'en ville. Cet éloignement suppose, en retour, pour nombre d'entre eux, des temps de déplacement plus longs qui augmentent la susceptibilité aux problèmes de circulation.

***

MOYENNE DES TEMPS DE DÉPLACEMENT VERS LE TRAVAIL

  • Ensemble des travailleurs : 24 minutes
  • Région de Montréal : 30 minutes
  • Île de Montréal : 31 minutes
  • Banlieue de Montréal : 29 minutes
  • Région de Québec : 21 minutes
  • Reste du Québec : 19 minutes

IMPACTS PSYCHOLOGIQUES DE LA CONGESTION

  • Symptômes
  • Irritabilité
  • Stress
  • Fatigue
  • Perte de motivation
  • Perte de productivité 

Source : Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, sondage CROP, août 2016

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