La framboise du Québec prépare sa «révolution»

Simon Charbonneau, propriétaire de FraiseBec.... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Simon Charbonneau, propriétaire de FraiseBec.

Photo Alain Roberge, La Presse

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Les framboises du Québec font à la peine face à la concurrence américaine. L'été dernier, leur faible production avait poussé les grands détaillants en alimentation à faire des promotions alléchantes sur les framboises des États-Unis et du Mexique. Une situation préoccupante pour les producteurs locaux, concurrencés par des variétés de framboises à fort potentiel de rendement.

Cela dit, les producteurs contre-attaquent avec de nouvelles techniques de production qui leur donnent espoir de regagner leur place sur les rayons de supermarchés. 

Difficultés

La tâche des producteurs est passablement compliquée par l'hiver québécois. Les variétés de framboises les plus productives ne sont pas rustiques, c'est-à-dire qu'elles ne résistent pas aux très basses températures. « Ça nous limite beaucoup dans nos choix de variétés », explique David Lemire, président de l'Association des producteurs de fraises et framboises du Québec. En plus, la framboise se conserve mal. « On a une framboise qui est très savoureuse. Notre fruit se démarque. Mais, contrairement à la fraise, on a des problèmes de conservation. La fraise, on peut l'envoyer à Terre-Neuve ou en Ontario. Mais la framboise voyage très mal », dit Guy Pouliot, propriétaire de la ferme Onésime Pouliot sur l'île d'Orléans.

Comme en Californie: culture en tunnel

Chez FraiseBec, à Sainte-Anne-des-Plaines, on a opté pour la culture en tunnel, de grandes toiles posées sur des arches au-dessus des rangs de framboisiers. Mais ça n'est pas fermé comme une serre. « Ça nous donne des conditions de production comme en Californie. On est à l'abri de la pluie et des grands vents qui endommagent les fruits et causent des maladies. Nous avons 10 acres en tunnel et 10 acres sans. Dans les variétés tardives (et non rustiques), on peut aller chercher 35 % de rendement sans le tunnel, mais 100 % en tunnel. Je pense aux variétés Caroline, Polana, Polka, Tulameen, qui sont trop tardives pour être produites en extérieur chez nous », explique le propriétaire Simon Charbonneau. Grâce aux tunnels, ses fruits viennent d'arriver à maturité et cela durera jusqu'aux premières gelées d'automne.

Culture hors sol

D'autres producteurs choisissent la conduite culturale hors sol comme solution de remplacement à la culture en plein champ. Cela permet de cultiver des framboises non rustiques. « On a commencé en 2008, et on est bons depuis l'année dernière », rapporte Guy Pouliot, un des premiers producteurs québécois à utiliser ce système. L'hiver, les pots sont couchés au sol et recouverts de bâches. La neige les couvre et protège les plants. Les producteurs peuvent aussi mettre une partie des contenants dans un réfrigérateur à une température avoisinant les -1 °C et les sortir à intervalles réguliers durant la belle saison pour réveiller les plants et ainsi produire des framboises jusqu'en octobre, sous tunnel.

Framboises non rustiques

Ces modes de production offrent l'avantage de pouvoir cultiver des variétés non rustiques, communément appelées « cultivar ». Ce terme désigne une espèce végétale ayant fait l'objet d'une mutation naturelle ou provoquée qui n'existe pas à l'état naturel. La framboise Tulameen, cultivar de plus en plus cultivé chez les pépiniéristes québécois, a été développée initialement en Colombie-Britannique au centre de recherche et de développement d'Agassiz. Cette variété offre un haut potentiel de rendement, comme les Caroline, Polka et Polana cultivées par M. Charbonneau.

Question de goût...

Chaque producteur estime que son choix de mode de culture est le meilleur. « Je préfère la framboise cultivée en plein sol. On ne pourra jamais battre le goût d'une plante en plein sol. Le sucre que vous trouvez dans les petits fruits, il vient du sol », explique M. Charbonneau. Mais il estime néanmoins que tous ces fruits produits au Québec avec ces nouveaux modes de culture sont plus savoureux que ceux, importés, qu'on trouve en masse à l'épicerie. « Les framboises qui arrivent de l'extérieur sont gazées. Une fois qu'elles sont emballées dans le plastique, l'air en est extrait pour le transport. Ça enlève beaucoup de saveur. Nous, notre saison est courte, on ne peut pas sacrifier le goût », ajoute-t-il.

... et question de coût

La production hors sol et celle sous tunnel ont aussi un inconvénient de taille : les installations s'avèrent beaucoup plus coûteuses que pour les méthodes culturales traditionnelles. « Le tunnel, ça coûte de 30 à 35 000 $ l'acre », détaille M. Charbonneau. Un coût refilé au consommateur qui achète ces fruits parfois le double du prix des framboises rustiques. Un tel investissement fait réfléchir et explique que cette nouvelle méthode de production prenne du temps à se mettre en place. Les experts interrogés sont toutefois optimistes pour la suite des choses. « C'est une révolution dans la framboise qui s'en vient », prévoit David Lemire.

Les framboises en chiffres

Québec : 

  • Deuxième producteur de framboises au Canada, après la Colombie-Britannique
  • Superficie de la culture : 503 hectares
  • Quantité produite : 1314 tonnes
  • Recettes : 8 153 000 $CAN
  • Environ 500 producteurs au Québec

Marché comparatif : Colombie-Britannique

  • Superficie de la culture : 1222 hectares
  • Quantité produite : 7802 tonnes
  • Recettes : 11 043 000 $CAN

Marché comparatif : Canada

  • Superficie de la culture : 2218 hectares
  • Quantité produite : 9897 tonnes
  • Recettes : 24 514 000 $CAN

Source : Profil sectoriel de l'industrie horticole au Québec

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