Le phénomène Tanguy prend de l'ampleur au Canada

En 2011, 42 % des jeunes adultes âgés de... (Photo Monica Almeida, archives The New York Times)

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En 2011, 42 % des jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans vivaient avec leurs parents, constate Statistique Canada, une augmentation importante par rapport à 1981, alors que cette proportion était de 27 %.

Photo Monica Almeida, archives The New York Times

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Une étude de Statistique Canada publiée hier confirme que le phénomène Tanguy est bien réel partout au Canada. Les jeunes vivent de plus en plus longtemps avec leurs parents. Sauf que la réalité est bien différente du célèbre film français où des parents exaspérés imaginent plusieurs stratagèmes pour que fiston quitte enfin le nid familial. Tour d'horizon des principales conclusions de Statistique Canada.

Un phénomène en hausse

En 2011, 42 % des jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans vivaient avec leurs parents, constate le rapport intitulé La diversité parmi les jeunes adultes qui vivent avec leurs parents. C'est une augmentation importante par rapport à 1981, alors que cette proportion était de 27 %. Chez les 25 à 29 ans, la proportion est passée de 11 à 25 % entre 1981 et 2011. La hausse est plus grande encore chez les 20 à 24 ans, où elle est passée de 42 à 59 %. « Ce qui est évident, c'est que le processus de transition des jeunes se produit plus tard pour de multiples raisons », affirme Sébastien Larochelle-Côté, rédacteur en chef de Regards sur la société, une publication régulière de Statistique Canada.

Des motifs variés

« Une chose est sûre, ce serait faux de tout mettre ça sur le compte de la hausse du coût de la vie. C'est une des hypothèses, mais ce n'est pas la seule », avance Sébastien Larochelle-Côté. Les motifs varient aussi selon l'âge. Les raisons pour rester à la maison diffèrent selon que l'on ait 21 ou 29 ans. Parmi les principaux éléments avancés par l'étude, on retrouve entre autres les questions socioéconomiques, culturelles et linguistiques. « On ne peut pas dire avec certitude pourquoi ça a augmenté, mais on peut affirmer que les parents semblent plus impliqués dans le processus de transition des jeunes », affirme M. Larochelle-Côté.

Plus masculin que féminin

Les jeunes hommes sont plus nombreux que les jeunes femmes à rester plus longtemps à la maison. En 2011, 64 % des hommes de 20 à 24 ans vivaient avec leurs parents contrairement à 55 % pour les jeunes femmes. La proportion est plus faible chez les 25 à 29 ans, mais encore là, elle est plus élevée chez les hommes (29 %) que chez les femmes (20 %). « Les proportions plus faibles chez les femmes peuvent rendre compte de la tendance de ces dernières à former une union à un plus jeune âge que les hommes », note le rapport.

Les immigrants restent plus longtemps à la maison

Plus de la moitié (52 %) des jeunes qui appartiennent à une minorité visible vivent encore avec leurs parents. La proportion est encore plus élevée (65 %) pour les jeunes adultes qui sont arrivés au Canada avant l'âge de 15 ans. Il y a cependant des disparités importantes selon le lieu naissance des immigrants. Ceux nés à Hong Kong (73 %), en Corée du Sud (69 %) et à Taïwan (68 %) trônent au sommet tandis que les immigrants nés en France (20 %), au Mexique et au Maroc (23 %) sont moins enclins à rester à la maison passée la vingtaine.

Des disparités selon les provinces

Dans tout le Canada, c'est en Ontario que les jeunes restent le plus longtemps à la maison, dans une proportion de 50,7 %. À l'inverse, la Saskatchewan (30 %) et l'Alberta (31 %) ferment la marche. Le Québec, lui, se situe en milieu de peloton avec une proportion de 37,9 %. Le phénomène semble aussi plus urbain que rural. La proportion de jeunes qui vivent encore avec leurs parents est plus élevée dans les grands centres urbains. Toronto est le champion canadien avec 56,5 % de ses jeunes de 20 à 29 ans qui vivent encore avec leurs parents. La proportion est de 40,4 % à Montréal. « On sait que le coût de la vie est plus élevé à Toronto, mais c'est aussi là qu'il y a le plus d'immigrants au Canada. Donc, il y a plusieurs explications possibles », soutient Sébastien Larochelle-Côté.

La langue maternelle en cause

Statistique Canada a aussi constaté de grandes différences selon la langue maternelle des répondants. En 2011, 41 % des jeunes dont la langue maternelle était l'anglais ou le français vivait à la maison, contrairement à 48 % de ceux qui ont déclaré une autre langue maternelle. Dans ce groupe, les disparités étaient importantes. Les jeunes Grecs (68 %) ou Italiens (68 %) vivent presque tous avec leurs parents. À l'opposé, seulement 28 % des jeunes dont la langue maternelle est l'allemand vivent à la maison. Dans chacun des cas, les proportions étaient plus élevées chez les hommes que chez les femmes.

Les jeunes travaillent ou poursuivent leurs études

L'étude de Statistique Canada contredit le mythe du jeune qui colle à la maison pour passer ses journées à jouer aux jeux vidéo. « La majorité d'entre eux travaille ou poursuit des études », signale Sébastien Larochelle-Côté. Près de six jeunes sur 10 (57 %) sont aux études. Une surprise, cependant, 39 % des jeunes adultes qui ont un emploi vivaient aussi avec leurs parents. Cette proportion reste aussi plutôt élevée chez ceux qui ont un emploi à plein temps. Chez les jeunes chômeurs, elle est de 54 %. L'étude note par contre que 90 % des jeunes n'ont pas de responsabilités financières à l'égard du ménage familial.

Un phénomène similaire aux États-Unis

Le Pew Research Center a publié à la fin du mois de mai une étude qui démontre qu'un phénomène semblable se produit aussi au sud de la frontière. En 2014, 32 % des jeunes de 18 à 34 ans vivaient avec leurs parents, comparativement à 20 % en 1960. Là aussi, les jeunes hommes (35 %) sont plus susceptibles que les femmes (29 %) de rester plus longtemps à la maison. En gros, l'organisme américain tire les mêmes conclusions que Statistique Canada. La durée des études est plus longue, les jeunes mettent plus de temps à former un ménage et à avoir des enfants. « Je ne suis pas surpris de constater que ce n'est pas juste un phénomène canadien, mais nord-américain, avance Sébastien Larochelle-Côté. C'est certain que j'aurais été inquiet si le Pew avait obtenu des conclusions contraires aux nôtres ! »

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