À ce jour, plus de 6000 réfugiés syriens sont arrivés au Canada

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À la fin de la journée du 31 décembre, un peu plus de 6000 Syriens auront atterri au Canada, mais le gouvernement souligne qu'il a déjà approuvé plus de 10 000 demandes.

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Diana Mehta
La Presse Canadienne
OTTAWA

Il faudra attendre encore deux semaines avant que les 10 000 réfugiés syriens qui devaient être accueillis au Canada d'ici la fin de l'année soient effectivement arrivés au pays, a indiqué le gouvernement libéral, jeudi.

Les libéraux espèrent toutefois que les Canadiens ne s'attarderont pas trop à l'atteinte ou non d'une cible chiffrée mais plutôt sur ce que le gouvernement a accompli jusqu'ici: accueillir des milliers de Syriens en quelques semaines, dans le cadre d'un programme inédit dans l'histoire, qui fait du Canada un chef de file mondial dans ce domaine, insistent-ils.

«À mon avis, l'histoire retiendra que nous aurons accueilli 25 000 réfugiés dans un très court laps de temps, et pas tellement qu'on a accusé un retard de deux semaines dans nos cibles», a estimé jeudi le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum, après avoir rencontré des fonctionnaires à l'aéroport Pearson de Toronto, où arrivaient encore des réfugiés à bord de vols affrétés par le gouvernement.

«C'est maintenant aux Canadiens de décider si ce délai de deux semaines est si important, ou si on ne doit pas plutôt se concentrer sur l'accueil de ces merveilleux nouveaux Canadiens», a soutenu le ministre lorsqu'on lui a demandé si la population devait faire confiance à un gouvernement qui, déjà, n'a pas respecté une promesse lancée en pleine année électorale.

«Je n'ai pas l'intention de m'excuser de quoi que ce soit mais plutôt de féliciter les fonctionnaires pour leur formidable travail et de remercier tous les Canadiens qui ont participé à cette grande entreprise.»

Au soir du 31 décembre, un peu plus de 6000 Syriens auront atterri au Canada dans le cadre de ce programme humanitaire, mais le gouvernement souligne qu'Ottawa a déjà approuvé 10 700 demandes, comme promis, et demeure persuadé d'atteindre l'objectif plus global de 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin du mois de février.

Les libéraux de Justin Trudeau avaient promis en mars dernier qu'un gouvernement libéral accueillerait et prendrait lui-même en charge 25 000 réfugiés syriens. Ils ont plus tard intégré cette promesse dans leur plateforme électorale, affirmant qu'«avec de la volonté politique», cet objectif serait atteint d'ici la fin de 2015. Mais la réalité les a rattrapés et ils ont été forcés depuis de réviser leur plan à plusieurs reprises.

En novembre, après leur arrivée au pouvoir, les libéraux ont annoncé que le Canada accueillerait plutôt d'ici le 31 décembre 10 000 réfugiés syriens parrainés par des organismes privés ou des citoyens; 15 000 autres, pris en charge par le gouvernement, arriveraient plus tard, jusqu'au 1er mars 2016. Les 25 000 réfugiés syriens que le Canada s'était engagé à prendre lui-même en charge devraient être tous arrivés au pays d'ici la fin de 2016.

Jusqu'ici, le ministre McCallum attribuait ce retard à une série de facteurs, notamment le mauvais temps, la difficulté d'obtenir la collaboration de la Turquie et du Liban pour la délivrance rapide de documents, et le démarrage plus lent que prévu de tout le processus d'examens médicaux.

Aujourd'hui, le ministre ajoute à ces facteurs les retards dans la mise en place de ce programme complexe, et le fait que certains Syriens n'étaient pas prêts à quitter sur le champ leur demeure actuelle. «Même en situation de désespoir, vous voulez parfois prendre quelques jours pour saluer vos amis, régler vos affaires, explique M. McCallum. On ne peut pas les priver de ces moments-là. On ne peut certainement pas leur dire - on ne l'a pas fait et on ne le ferait jamais: »vous devez arriver avant le 31 décembre«.»

La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, estime que sans cette cible «incroyablement ambitieuse» fixée par les libéraux, rien n'aurait bougé. «Dans dix ans, on ne se rappellera pas des délais mais des merveilleux nouveaux Syriens qui feront alors partie intégrante de nos communautés.»

Des organismes non gouvernementaux partagent entièrement ce point de vue. «Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir 10 000 réfugiés syriens arrivés au pays d'ici minuit, mais de pouvoir compter maintenant sur un programme, des ressources et - plus important encore -une volonté politique», a confié Debbie Douglas, directrice du Conseil ontarien des organismes d'aide aux immigrants.

Le Conseil canadien pour les réfugiés se réjouit de son côté de la célérité démontrée par le gouvernement pour accueillir ces réfugiés syriens. «Nous espérons que le traitement rapide (des dossiers syriens) constituera la première étape vers une accélération marquée dans le traitement des demandes pour les autres réfugiés», espère la directrice, Janet Dench.

Le Nouveau Parti démocratique est cependant plus critique face aux nombreux changements apportés par les libéraux à leurs propres cibles. «Non seulement le ministre (McCallum) a-t-il indéniablement échoué à respecter la promesse libérale faite aux Canadiens lors des dernières élections, mais il n'a même pas pu atteindre ses propres objectifs revus ensuite à la baisse», a estimé la porte-parole du NPD en matière d'immigration et de réfugiés, Jenny Kwan.

Les conseillers de Trudeau pessimistes dans le dossier du Moyen-Orient

Le groupe armé État islamique continuera à menacer toute la région du Proche et du Moyen-Orient tant qu'on n'aura pas trouvé une solution politique viable à la crise en Syrie - ce qui ne serait pas pour demain.

Voilà la conclusion brutale à laquelle en arrivent les conseillers de Justin Trudeau dans des notes de service préparées pour le nouveau premier ministre, le mois dernier. Les hauts fonctionnaires estiment que les conflits en Irak et en Syrie menacent la région tout entière, y compris d'importants alliés du Canada comme le Liban, la Jordanie et la Turquie.

Les djihadistes ont profité d'un déficit de gouvernance et de luttes interconfessionnelles en Syrie et en Irak pour y prendre le contrôle de vastes régions. Se basant sur une observation stricte de la charia, ils ont au passage persécuté et massacré des membres de minorités religieuses, lit-on dans les notes de service obtenues par La Presse Canadienne en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Le Canada maintient que les dirigeants irakiens doivent surmonter les divisions entre factions rivales et mener des efforts concertés pour contrer la progression du groupe armé État islamique (ÉI), afin de rétablir la stabilité à long terme dans le pays. «Le Canada souhaite résolument l'avènement d'un État irakien inclusif, démocratique et uni», lit-on dans les notes de service.

Par ailleurs, les conseillers du premier ministre blâment sévèrement le président syrien Bachar el-Assad pour avoir réprimé toutes manifestations, en 2011, une décision qui aurait, selon eux, permis aux djihadistes de s'implanter dans ce pays. «Quoiqu'impensable dans un avenir proche, la seule solution viable en Syrie exigera des compromis entre le gouvernement et diverses factions de l'opposition.»

Le Canada a rompu en 2012 ses liens diplomatiques avec la Syrie, ajoutée à la liste des pays qui soutiennent le terrorisme, et Ottawa a imposé plusieurs vagues de sanctions économiques. Pendant ce temps, le Canada a tenté de rebâtir ses relations diplomatiques avec l'Irak, en y multipliant notamment les visites ministérielles.

Le Canada lutte contre le djihadisme au Moyen-Orient par l'entremise d'une coalition internationale menée par les États-Unis. Le premier ministre Trudeau a promis de mettre un terme à la participation du Canada dans les frappes aériennes contre les positions de l'ÉI en Irak et en Syrie, et de miser plutôt sur la formation des forces de sécurité irakiennes.

Avec l'appui constant de la communauté internationale, les forces irakiennes devraient, à moyen terme, pourvoir contenir la progression de l'ÉI et reprendre le contrôle de certaines régions, croient les conseillers du premier ministre Trudeau.

Mais la mainmise de l'ÉI en Syrie, par contre, continuera à menacer l'Irak et la région «car on n'assiste à aucun progrès vers une transition politique véritable et inclusive à Damas qui pourrait freiner la radicalisation et la prolifération des groupes terroristes et extrémistes», notent les conseillers.

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