Anonymous publie des secrets canadiens

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Le mystérieux groupe Anonymous a amorcé tard lundi soir la divulgation d'une série de «secrets» canadiens sur lesquels il dit avoir mis la main au cours des derniers jours. En tête de liste: un document révélant le nombre de stations du SCRS à l'étranger et l'état archaïque de son réseau informatique.

Frustré que l'un de ses membres ait été abattu par la GRC, Anonymous avait promis à la fin de la semaine dernière de procéder à un tel dévoilement si le policier de la GRC responsable de la mort de James Daniel McIntyre n'était pas arrêté au plus tard lundi soir.

McIntyre, un plongeur et cuisinier âgé de 48 ans, a été abattu le 16 juillet dernier devant un restaurant de Dawson Creek, dans le nord de la Colombie-Britannique. À l'intérieur se déroulait une séance d'information publique de BC Hydro en vue de la construction d'un projet hydroélectrique. Selon des témoins, il portait le masque de Guy Fawkes rendu célèbre par Anonymous et tenait un couteau.

Dans les heures suivant sa mort, des comptes associés au groupe Anonymous sur les médias sociaux ont décrit McIntyre comme un des leurs. Jeudi dernier, le groupe a commencé à laisser filtrer un aperçu d'un document classé «Secret», accompagné de son ultimatum.

La menace a été mise à exécution tard lundi soir, alors qu'était publié un premier document censé émaner du Conseil du Trésor du Canada et classé «Secret».

Dans une vidéo l'accompagnant, Anonymous s'en prend au gouvernement de Stephen Harper, à la police, aux agences responsables de la sécurité et aux grandes entreprises «qui qualifient de terroriste tout opposant aux combustibles fossiles».

Le SCRS ciblé

Bien qu'il n'émane pas de lui directement et qu'il ait été impossible d'en confirmer l'authenticité, le document cible particulièrement le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Daté du 6 février 2014, il vise à obtenir l'approbation d'un projet d'investissement du SCRS afin d'étendre son réseau informatique sécuritaire à ses 25 stations étrangères.

Les coûts de ce projet de 21 millions de dollars ont augmenté d'environ 3 millions de dollars depuis leur évaluation en 2011, explique-t-on, à cause de mesures additionnelles qui ont dû être prises après les révélations de la taupe canadienne Jeffrey Delisle et du lanceur d'alerte américain Edward Snowden.

La mention du nombre de stations étrangères, un détail en apparence anodin, pourrait avoir un impact important. Officiellement, le SCRS n'a jamais dévoilé sa présence qu'à Paris, Londres et Washington et en Afghanistan.

Selon l'ancien agent du SCRS Dave Charland, les stations étrangères du SCRS et les membres de leur personnel sont toutefois déclarés aux pays hôtes, qui ne seront par conséquent pas surpris d'en apprendre l'existence. Quant à la sécurité du personnel, elle pourrait devenir un enjeu si l'on dévoilait où sont situées ces 25 stations, reconnaît-il.

Pour justifier l'investissement, le Conseil rappelle que le SCRS «utilise présentement des systèmes d'analyse et de traitement de données inefficaces et exigeants en ressources humaines pour examiner les renseignements obtenus dans ses stations étrangères».

Ces systèmes désuets n'auraient pas été mis à jour depuis que le SCRS y a amorcé ses activités de collectes de données, «au milieu des années 80». Les retards qu'ils entraînent nuisent à la prise de décisions et mettent en danger les opérations et le personnel, fait-on valoir.

Les 70 employés de ces 25 stations reçoivent environ 22 500 messages par année, avance le document, «en excluant le fort volume de trafic extrêmement sensible en provenance de la station de Washington».

Inquiétant

Pour Dave Charland, il est «inquiétant, mais pas catastrophique» de voir des pirates mettre la main sur des documents qui proviendraient du Conseil du Trésor.

«C'est inquiétant parce qu'il faut se demander quelles autres informations possèdent le Conseil du Trésor et d'autres ministères. Même si elles ne sont pas névralgiques, il y avait quand même une raison pour laquelle on avait choisi de ne pas les rendre publiques. Mais il faut faire la distinction entre ces systèmes et ceux du SCRS ou de la GRC, qui eux contiennent des informations opérationnelles: qui on a rencontré à tel moment, ce qu'il nous a dit, etc.»

Le gouvernement fédéral se fait avare de commentaires. Les appels de La Presse au ministère de la Sécurité publique sont restés sans réponse, tandis que Jeremy Laurin, porte-parole du ministre Steven Blaney, a simplement indiqué à La Presse Canadienne que les autorités surveillaient de près la situation, sans formuler d'autres commentaires. 

- Avec La Presse Canadienne

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