Palmarès des municipalités: des petits villages pris à la gorge

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Depuis 10 ans, le village de Portneuf-sur-Mer a perdu le cinquième de ses habitants, principalement les plus jeunes, partis trouver du travail ailleurs.

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La majorité des municipalités se passeraient du titre peu enviable de la ville imposant les taxes les plus élevées du Québec. Mais Portneuf-sur-Mer n'en a tout simplement pas les moyens. Confronté à un exode de sa population alors que les exigences gouvernementales font grimper le coût des services municipaux, le petit village de la Haute-Côte-Nord n'a d'autre choix que de demander un plus grand effort à ceux qui ont décidé de rester.

« Oui, le monde paie cher de taxes à Portneuf-sur-Mer, reconnaît d'emblée le maire Gontran Tremblay. Notre situation financière n'est pas très belle : on manque d'argent. On n'en a pas assez pour payer nos opérations courantes, comme entretenir nos bâtiments ou nos rues. »

Depuis plusieurs années, la municipalité puise dans ses réserves pour boucler son budget. Mais le mince bas de laine que Portneuf-sur-Mer avait amassé au fil du temps sera à sec d'ici deux à trois ans, appréhende Gontran Tremblay.

Explosion des dépenses

Le cas de Portneuf-sur-Mer n'est pas unique. La croissance des dépenses a été particulièrement forte dans les plus petites municipalités du Québec, soit celles de moins de 1000 habitants. Elles ont augmenté de 28,6 % en moyenne (6,5 % par an) de 2009 à 2013, soit tout près de quatre fois l'inflation.

En plus d'afficher les plus fortes croissances de dépenses, les petites municipalités affichent les dépenses les plus élevées par habitant, soit 2136 $. Et ce même si le niveau de service est moins élevé que dans les centres urbains. 

« Une ville de 500 habitants peut avoir le même territoire à desservir qu'une autre de 2000 habitants, mais les coûts fixes sont répartis sur une petite population. », explique Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité HEC.

Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, dit être bien au fait des difficultés des petites municipalités. Si la rémunération explique en grande partie la croissance des dépenses dans les grandes villes, « dans les petites municipalités, ce sont plutôt les coûts inhérents à fournir des services », constate l'élu.

Les chiffres du palmarès lui donnent raison puisque la rémunération explique seulement 21 % de la croissance des dépenses dans les municipalités de moins de 1000 habitants, contre 61 % dans les 10 grandes villes.

Pour réduire la facture, les petites municipalités devraient se regrouper pour offrir certains services à meilleur coût. Ou carrément fusionner. « La question qu'on a à se poser - et les maires et préfets me le demandent -, est : "Est-ce qu'on peut lever les obstacles ou créer des incitatifs à des regroupements de services ou des regroupements de municipalités, sans les forcer ?" », dit Pierre Moreau.

Le ministre insiste pour dire qu'il ne veut pas imposer des fusions, mais « quand on regarde le Québec par rapport au reste du Canada, on n'est pas la province la plus populeuse et, pourtant, on a 1133 municipalités. Notre voisine l'Ontario, avec une population de 12 millions, a 400 municipalités », souligne-t-il.

Envisager des fusions

Un rapport de l'Université du Québec à Rimouski sur les difficultés financières des villages en Haute-Côte-Nord recommande d'ailleurs à Portneuf-sur-Mer d'envisager de regrouper certains services avec deux municipalités voisines. Une fusion pourrait également être envisagée, même si l'hypothèse des économies que cela permettrait « rest [e] à prouver », écrit le chercheur.

Comme les villages voisins, Portneuf-sur-Mer a été frappé de plein fouet par la fermeture des scieries survenue en Haute-Côte-Nord. Depuis 10 ans, le village a perdu le cinquième de ses habitants, principalement les plus jeunes, partis trouver du travail ailleurs. En une décennie, l'âge médian a augmenté de... 10 ans, passant de 42 ans à 52 ans.

Ceux qui restent doivent maintenant se partager la facture des services municipaux qui, loin de diminuer, ne cesse d'augmenter. La municipalité n'est pas trop gourmande, assure le maire. Ce sont plutôt les exigences du gouvernement qui ne cessent de se multiplier. 

« Le gouvernement nous refile des responsabilités, mais on ne nous envoie jamais l'argent avec. »

Un nouveau schéma de couverture de risque pour les incendies a dû être adopté. Cela a fait passer la facture pour les pompiers de moins de 10 000 $ à plus de 80 000 $ par an. Portneuf-sur-Mer a aussi dû refaire son système de traitement des eaux usées. Ce chantier a été financé à 95 % par Québec, mais ce projet a rendu nécessaire une foule d'autres travaux qui, cumulés, ont forcé la municipalité à emprunter 1,7 million. Une fortune pour une municipalité dont le budget est de 1,9 million.

Au bout du rouleau, Portneuf-sur-Mer se bat maintenant pour que le ministère des Transports continue d'entretenir l'ancienne route 138 qu'il souhaite léguer au village, maintenant qu'une voie le contournant a été construite. Gontran Tremblay craint toutefois que la facture de 70 000 $ à 80 000 $ par année pour entretenir la route ne soit la goutte d'eau qui fasse déborder le vase.

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