Le chef national de l'Assemblée des Premières Nations démissionne

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo.... (Photo Adrian Wyld, PC)

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Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo.

Photo Adrian Wyld, PC

Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA

Le chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN) démissionne et selon certains, il n'avait d'autre choix, ayant décidé de se ranger du côté du gouvernement Harper dans le dossier de la réforme de l'éducation.

Shawn Atleo a annoncé sa décision de quitter ses fonctions dans un bref discours devant des journalistes, vendredi après-midi, à Ottawa.

M. Atleo a lui-même cité le projet de loi fédéral sur l'éducation des autochtones en annonçant son départ.

«Ce travail est trop important et je ne suis pas prêt à être un obstacle qui l'empêche, ni à être le paratonnerre qui détournerait l'attention des enfants et de leur potentiel», a-t-il dit.

C'est que plusieurs communautés autochtones ont dénoncé cette initiative du gouvernement fédéral alors que le chef Atleo semblait prêt à l'applaudir.

Le projet de loi C-33, qui prétend redonner le contrôle aux Premières Nations de leurs systèmes d'éducation, a été déposé par le ministre Bernard Valcourt le 10 avril.

Selon Ghislain Picard, chef régional de l'APN pour le Québec et le Labrador, c'est maintenant la majorité des communautés autochtones qui s'y opposent.

«Sans doute était-il allé trop loin dans son appui pour le projet de loi C-33 avec le gouvernement fédéral», a dit le chef Picard du chef Atleo.

M. Atleo disait encore du bien du projet de loi, en démissionnant. «La proposition actuelle sur l'éducation est (...) un effort sincère et constructif de la part du premier ministre Stephen Harper pour faire un pas en avant», a-t-il déclaré.

M. Picard estime donc que le chef Atleo n'avait plus le choix de partir.

«Il continue d'encenser le gouvernement de M. Harper alors qu'il y a une méfiance évidente. (...) Donc on constate qu'il y a ici un monde entre le point de vue du chef national et ceux qu'il est appelé à représenter. Il n'y avait pas, selon moi, d'autres issues possibles», a commenté M. Picard dans une entrevue téléphonique.

C'est dans un communiqué que le premier ministre s'est désolé du départ du chef Atleo, y citant sa «tristesse». «Nous avons (...) partagé la volonté d'améliorer l'éducation des Premières Nations et de veiller à ce que les élèves qui vivent dans les réserves se voient offrir les normes pédagogiques, le soutien et les possibilités que la plupart des Canadiens tiennent pour acquis», peut-on lire dans la déclaration de M. Harper.

C-33 établit un système semblable aux commissions scolaires. Ces structures assureront un curriculum qui permette aux élèves autochtones de passer aux écoles hors réserve. Le contenu des cours devra donc s'ajuster au contenu imposé par le ministère de l'Éducation de la province où se situe l'école.

Le projet de loi prévoit aussi un système de surveillance par un comité qui aura à juger de la performance des écoles.

Cette surveillance est un des points dénoncés par les communautés autochtones qui disent avoir besoin de ressources financières et non pas de surveillance.

Vendredi matin, aux Communes, le député néo-démocrate Romeo Saganash reprenait les critiques de ces communautés.

«Les gens qui connaissent les réalités des communautés des Premières Nations peuvent vous décrire les conditions déplorables des écoles. Pourquoi le ministre s'entête-t-il à imposer un projet de loi qui oblige les étudiants à attendre jusqu'aux prochaines élections pour recevoir de nouveaux financements, alors qu'ils méritent ce financement aujourd'hui et maintenant?» a demandé le député.

La réponse du ministre des Affaires autochtones et du développement du Nord canadien s'est faite partisane. «On sait très bien que les néo-démocrates ne se sont jamais vraiment préoccupés du payeur de taxes au pays», a lancé le ministre Bernard Valcourt.

«Dès le début, on a dit que les investissements ne remplaceraient pas la réforme et que celle-ci sera accompagnée du financement qui a été promis dans le dernier budget», a-t-il ajouté.

Le sort de C-33, une fois adopté, est encore incertain. À l'APN on n'a pas encore tenu de réunion pour s'entendre sur les amendements qu'on voudrait y voir. Et même lorsque la loi sera adoptée, il n'est pas sûr que les communautés autochtones voudront s'y soumettre.

En fait, le chef Picard assure que l'opposition à C-33 continue de s'étendre. Reste à voir comment elle se manifestera. «De toute évidence, il y a une majorité de régions qui y sont maintenant opposées», selon M. Picard.

Pour ce qui est du remplacement du chef Atleo, le comité exécutif de l'APN doit décider de la suite des choses. Une assemblée de l'APN est prévue en juillet à Halifax.




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