Le rapport sur la violence aux femmes autochtones ne préconise pas d'enquête

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Le rapport a déjà été condamné par l'opposition, qui laisse entendre que le gouvernement ferme les yeux sur le problème.

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Lee-Anne Goodman
La Presse Canadienne
OTTAWA

Les critiques fusent tant de l'opposition fédérale que des associations autochtones et de défense des droits de la personne après le dépôt, vendredi, du rapport d'un comité parlementaire spécial sur les meurtres et disparitions de nombreuses femmes autochtones au Canada, qui ne recommande finalement pas la tenue d'une commission d'enquête publique.

Des députés du Nouveau Parti démocratique et du Parti libéral qui faisaient partie du comité ont à nouveau réclamé la tenue d'une enquête publique, et accusé les conservateurs d'avoir édulcoré le rapport final sur une situation qui a attiré jusqu'à l'attention de l'ONU.

Selon les documents déposés à la Chambre des communes, les femmes autochtones sont jusqu'à trois fois plus victimes de violences que les femmes non autochtones. On estime à plusieurs centaines le nombre de cas d'assassinats et de disparitions de femmes autochtones depuis les années 1960. Le bilan officiel est de 600 - mais on soupçonne que de nombreuses disparitions n'ont pas été signalées.

Parmi les 16 recommandations du rapport, le comité presse le gouvernement fédéral de travailler avec les provinces, les territoires et les municipalités afin de lancer une campagne de prévention et de sensibilisation à la violence faite aux filles et aux femmes autochtones canadiennes.

Le rapport recommande aussi que les autorités fédérales continuent à renforcer le système judiciaire de manière à s'assurer que les contrevenants et les récidivistes violents purgent des peines appropriées. Il demande aussi davantage de soutien aux familles des victimes et aux communautés autochtones, une meilleure recension des informations policières et des mesures pour réduire le trafic de personnes.

Les familles «abandonnées»

La porte-parole du NPD en matière d'affaires autochtones, Jean Crowder, qui faisait partie du comité spécial, a soutenu que les conservateurs ont produit «un rapport consternant qui tente de nous faire croire que tout va bien», et elle a réitéré ses demandes pour une commission d'enquête.

Pour les libéraux, les familles des victimes ont été abandonnées par le gouvernement Harper, qui n'a pas voulu corriger «un affront terrible et constant à la justice sociale».

La députée libérale Carolyn Bennett, une des vice-présidentes du comité, s'est moquée du gouvernement «cachotier» qui refuse de tenir une commission d'enquête publique, des mots honnis par les conservateurs, selon elle.

Mme Bennett, qui est également porte-parole en matière d'affaires autochtones, a ajouté que les recommandations du rapport ne reflétaient pas celles des familles des victimes et d'autres groupes rencontrés par le comité.

«Si vous regardez les mots utilisés dans les recommandations déposées aujourd'hui, vous trouverez des verbes tels que continuer, maintenir, continuer, continuer, a-t-elle fait valoir. Ce n'est pas ce que les familles veulent entendre (...) La première chose qu'ils voulaient, c'était une commission d'enquête.»

De leur côté, les conservateurs continuent de réfuter la nécessité de la tenue d'une telle enquête, arguant qu'ils ont mis en place des dizaines de mesures visant à réduire la violence faite aux femmes autochtones depuis leur arrivée au pouvoir en 2006. Ils ont renouvelé récemment le financement accordé pour combattre ce phénomène, rappelle-t-on.

«Je crois que ce rapport permettra de passer aux actes», a déclaré la députée Stella Ambler, présidente du comité, juste avant de déposer le document. Le ministre de la Justice, Peter MacKay, l'a appuyée.

«Ce dont nous n'avons pas besoin en ce moment, c'est de s'arrêter pour parler et étudier. Nous avons besoin d'actions», a-t-il dit.

Mme Bennett a demandé à Mme Ambler si elle croyait honnêtement que le rapport reflétait les récits des témoins, ou s'il avait été «influencé par six secrétaires parlementaires au sein du comité qui répondaient aux ordres du bureau du premier ministre».

Les libéraux ont affirmé que les recommandations du rapport, qui font souvent référence à des programmes gouvernementaux existants, ont visiblement été rédigées par des hauts fonctionnaires ou du personnel politique.

Déception généralisée

Claudette Dumont Smith, de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), a mis en garde contre les conséquences désastreuses de l'inaction. «Si les choses ne changent pas, les femmes autochtones continueront de disparaître, d'être assassinées et d'être perçues comme des citoyennes de second ordre», a-t-elle déclaré.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, a pour sa part annoncé que des représentants prévoyaient se rencontrer lundi pour discuter du plan d'action à adopter. «Le rapport est décevant pour les femmes et les filles autochtones, et pour tous les Canadiens qui nous appuient», a-t-il affirmé dans un communiqué.

L'organisme Human Rights Watch s'est montré tout aussi déçu du rapport, dont les recommandations témoignent d'une «acceptation du statu quo choquant de la violence faite aux femmes et aux filles autochtones, même par ceux qui sont justement supposés les protéger», a exprimé Meghan Rhoad.

L'an dernier, lors d'une visite au Canada, le représentant de l'ONU pour les questions autochtones, James Anaya, avait lui aussi réclamé la tenue d'une commission d'enquête, affirmant que cela produirait une réponse coordonnée au problème et permettrait aux familles des victimes d'être entendues.




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