Exclusif

Placement syndical: trois syndicats ouvrent une brèche dans la loi

Bernard Gauthier... (PHOTO LE SOLEIL, FANNY LÉVESQUE)

Agrandir

Bernard Gauthier

PHOTO LE SOLEIL, FANNY LÉVESQUE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Trois syndicats affiliés à la FTQ-Construction ont contourné le problème que posaient les antécédents judiciaires de certains de leurs dirigeants afin d'obtenir un permis dans le nouveau système de référence de la main-d'oeuvre. Ils ont choisi d'agir désormais directement sous la bannière de la FTQ-Construction, a appris La Presse.

L'Association des manoeuvres inter-provinciaux (AMI), l'Union des opérateurs de machinerie lourde (local 791) ainsi que l'Union des opérateurs de machinerie lourde - secteur grutier (local 791-G) n'ont pas de permis pour envoyer leurs travailleurs sur les chantiers parce que certains de leurs dirigeants - dont Bernard Rambo Gauthier - ont des antécédents judiciaires. Qu'à cela ne tienne, la FTQ-Construction les a accueillis dans son giron.

La ministre du Travail, Agnès Maltais, vraisemblablement irritée par la controverse au Conseil du statut de la femme, a vite tranché la question sur l'émission des permis pour le système de référence de la main-d'oeuvre. «Je ne sais pas de quoi vous parlez. J'ai fait vérifier le processus administratif et toutes les règles ont été suivies. Les représentants syndicaux doivent montrer patte blanche», a-t-elle affirmé.

Antécédents judiciaires préjudiciables

Au Bureau des permis du ministère du Travail, on entendait un autre son de cloche. «Les trois syndicats n'ont pas présenté de demande parce qu'ils n'auraient pas été admissibles. On sait pourquoi. [...] Chacun avait au moins un représentant qui le disqualifiait. C'est pour ça que la FTQ-Construction a décidé de faire une demande de permis pour représenter ces travailleurs», a expliqué le directeur du Bureau des permis, Robert Bédard.

Ainsi, le directeur de l'AMI, Rénald Grondin, le directeur adjoint, deux représentants syndicaux, une secrétaire administrative et même la téléphoniste ont accès au grand registre des travailleurs afin de diriger les manoeuvres vers les employeurs qui le désirent.

Au local 791, où le désormais célèbre représentant syndical Bernard Gauthier, alias Rambo - qui est devenu le symbole du placement syndical que le gouvernement a voulu éliminer -, le directeur Bernard Girard et deux secrétaires sont accrédités. Mais aucune trace de Rambo.

Du côté des grutiers, il y a le représentant syndical Éric Santerre. Le directeur général Evans Dupuis, le frère de l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis, accusé de fraude, brille par son absence. Evans Dupuis a été reconnu coupable après s'être impliqué dans le ralentissement de chantiers de construction en octobre 2011. Il s'agissait d'un mouvement de contestation contre l'élimination du placement syndical.

Il a été impossible de recueillir les commentaires de la FTQ-Construction, son directeur général, Yves Ouellet, était à la chasse vendredi.

Terrain difficile pour Rambo

Pour Robert Bédard, il ne fait pas de doute que les syndicats avaient le choix de congédier leurs dirigeants qui ne respectaient pas les termes de la loi ou de se regrouper avec la FTQ-Construction, comme le permet la loi. «Rambo n'a pas accès au système de référence de la Commission de la construction du Québec (CCQ). Il ne peut donc pas référer de salariés. Et il ne recevra pas de déclarations de besoin de main-d'oeuvre», a soutenu M. Bédard.

Mais du même souffle, il reconnaît que derrière les portes closes des bureaux du 791, sur la Côte-Nord, Rambo pourrait être tenté d'orchestrer ce qui a été son pain et son beurre depuis qu'il est représentant syndical. «Si Rambo continuait à faire du placement - ou, de façon détournée, de la référence de main-d'oeuvre -, il existe maintenant des moyens d'enquêter et de sanctionner», a souligné M. Bédard.

Sanctions administratives et pénales

En vertu des nouvelles règles adoptées par le gouvernement, les syndicats peuvent voir leur permis restreint, suspendu ou même révoqué si leurs activités devaient être marquées, entre autres choses, par la discrimination et l'intimidation. Il s'agit alors de sanctions administratives.

De son côté, la CCQ, qui applique la loi encadrant l'industrie de la construction (R-20), a le pouvoir d'enquêter sur ce qui pourrait entraîner des sanctions de nature pénale. M. Bédard a donné l'assurance que tout était mis en oeuvre pour suivre de près les syndicats.

À l'heure actuelle, 38 syndicats ont obtenu leur permis de référence de la main-d'oeuvre. Quelques demandes sont encore en traitement au Bureau des permis.

- Avec la collaboration de Daniel Renaud

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

la boite:1600127:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer