La Révolution tranquille relativisée

Maurice Duplessis en 1952.... (Photo archives La Presse)

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Maurice Duplessis en 1952.

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La Révolution tranquille n'est pas responsable de l'amélioration du sort des Canadiens français: ils avaient commencé pendant la «Grande Noirceur» duplessiste à combler leur retard sur les anglophones sur les plans de l'économie et de l'éducation.

> En savoir plus: Le résumé de l'étude (PDF)

Telle est la thèse d'un économiste de l'Institut économique de Montréal, dans une étude publiée mardi et un livre qui sera lancé en février. «On devrait rayer l'expression Grande Noirceur des livres et plutôt parler de grand rattrapage», explique Vincent Geloso, qui tire ses données de sa maîtrise à la prestigieuse École d'économie de Londres. Il y termine son doctorat, qui porte sur l'économie québécoise entre 1760 et 1840.

Les graphiques de M. Geloso montrent que le retard québécois sur l'Ontario, en matière de revenu personnel disponible par habitant, a été comblé au même rythme entre 1945 et 1960 qu'entre 1960 et 1975, passant de 33% en 1945 à 15% en 1975. «Je ne fais pas l'apologie de Duplessis, dit-il. Je trouve que la Révolution tranquille a fait des choses très bien sur le plan de la déconfessionnalisation de l'enseignement et des droits des femmes. Mais pour ce qui est du retard des francophones en éducation, qui explique essentiellement leurs plus faibles revenus, la différence a commencé à s'amenuiser à partir du début des années 50.»

L'analyse de M. Geloso ne convainc pas Nicolas Zorn, un économiste qui a publié à l'automne une étude montrant que les riches Québécois - le fameux 1% - s'enrichissent beaucoup plus vite que les 99% moins prospères. «Au début des années 60, le revenu des Québécois par rapport aux plus riches était inférieur à celui des Noirs américains, dit M. Zorn. Ça veut dire qu'il restait beaucoup de chemin à faire. Et si on regarde après 1975, on voit que le retard avec l'Ontario a été comblé de manière particulièrement rapide à la fin des années 70, quand la Révolution tranquille faisait sentir pleinement ses effets.»

Qu'en pense M. Geloso? «Oui, il y avait encore du retard dans les années 60, dit-il. Mais même la commission Laurendeau-Dunton notait qu'il y en avait moins qu'avant. L'essentiel du rattrapage avec les anglophones a eu lieu avant les lois linguistiques. Les universités francophones représentent 66% de la hausse des inscriptions dans les années 50.»

Autre son de cloche

Jocelyn Létourneau, un historien de l'Université Laval qui a plusieurs fois écrit sur la Révolution tranquille, estime que M. Geloso «enfonce des portes ouvertes». «Au sein des historiens, des chercheurs, il est bien établi que la modernisation du Québec commence dans les années 30, dit M. Létourneau. Ce n'est peut-être pas bien compris par la population, mais l'idée que Duplessis a contribué au développement économique du Québec est bien établie, quoi qu'on pense de l'homme et de ses habitudes politiques.»

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