Mortes parce qu'elles étaient autochtones

Isabelle Hachey

Ils étaient en chasse dans les rues de Le Pas, petite ville du nord du Manitoba. En chasse à la femme autochtone.

Dans la nuit du 13 novembre 1971, quatre hommes blancs ont enlevé Helen Betty Osborne en pleine rue. Ils l'ont battue et violée à répétition avant de la tuer sauvagement.

La police savait que des hommes sillonnaient les rues de la ville en voiture pour y faire monter de jeunes filles autochtones, les saouler et avoir des relations sexuelles avec elles. Mais rien n'a été fait pour empêcher cette pratique.

Pire encore, pendant des années, la police connaissait l'identité des bourreaux de Helen Betty Osborne, mais n'a rien pu faire pour les arrêter.

À Le Pas, tout le monde savait, mais personne ne parlait. Il a fallu attendre 15 ans avant que les langues se délient et que les premières inculpations soient prononcées contre les meurtriers.

En 1991, une commission d'enquête provinciale a conclu à un crime sexiste et raciste, commis dans la plus complète indifférence.

Helen Betty Osborne, 19 ans, est morte parce qu'elle était autochtone.

La commission a formulé un ensemble de recommandations qui, pour la plupart, n'ont pas été appliquées, souligne Amnistie internationale dans un rapport publié en 2009 et dénonçant le «manque de volonté politique» du Canada.

Ce crime sordide était loin d'être un cas isolé à l'époque, et ne l'est pas davantage aujourd'hui, déplore l'organisme de défense des droits de la personne.

D'une commission à l'autre

Le 11 octobre dernier, une nouvelle commission d'enquête s'est ouverte en Colombie-Britannique. L'objectif: comprendre comment l'un des pires tueurs en série de l'histoire du Canada, Robert Pickton, a pu assassiner autant de femmes, pendant autant d'années, sans jamais être inquiété par la police.

Robert Pickton a été reconnu coupable du meurtre de six femmes, dont quatre étaient autochtones. Mais les restes de 33 femmes, ou des traces de leur ADN ont été retrouvés sur sa ferme porcine.

L'homme ciblait les prostituées du Downtown Eastside de Vancouver. Une soixantaine de femmes ont disparu dans ce quartier depuis 20 ans; le tiers d'entre elles étaient autochtones.

«À cause de la pauvreté, des problèmes de logement, ou pour échapper à la violence dans leur communauté, plusieurs jeunes femmes quittent les réserves pour les centres urbains. C'est là qu'elles disparaissent pour la plupart», explique Jeannette Corbiere Lavell, présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC).

«En ville, la vie est plus chère. Pour gagner de l'argent, ces femmes finissent souvent par se placer dans des situations de vulnérabilité. Dans la rue, elles deviennent des proies faciles. L'une des victimes de Pickton avait sept enfants. Elle se prostituait pour les nourrir. Cette histoire se répète d'un bout à l'autre du Canada.»

Mme Corbiere Lavell ne s'attend à rien de la commission d'enquête. Le gouvernement de la Colombie-Britannique a refusé de payer les frais juridiques de nombreuses organisations (dont l'AFAC et l'Assemblée des Premières Nations), qui boycottent l'exercice en guise de protestation.

«Seuls la police et le gouvernement ont accepté de participer, puisqu'ils ont les moyens de se payer des avocats. Nous pensons, comme la vaste majorité des autochtones, que cette commission est trop partiale pour aller au fond des choses.»




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