Vers une hausse des tarifs à la SAAQ

Des 8 milliards qu'elle a déposés à la Caisse de dépôt et placement du Québec,... (Archives La Presse)

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Denis Lessard
Denis Lessard
La Presse

(Québec) Des 8 milliards qu'elle a déposés à la Caisse de dépôt et placement du Québec, la Société de l'assurance automobile (SAAQ) s'attend à perdre 3 milliards de dollars dans la foulée de la crise boursière.

Devant des pertes aussi importantes, l'impact immédiat se calcule de façon presque mécanique: pour revenir à l'encaisse prévu par la loi, il faudra hausser de 60$ par année, pendant 10 ans, le coût des permis de conduire ou les droits d'immatriculation des véhicules de cinq millions d'automobilistes.

Bien sûr, les actuaires plaident que ces pertes sur les marchés boursiers sont momentanées et que, à plus long terme, les rendements seront de nouveau au rendez-vous. La Caisse de dépôt et placement (CDPQ) vise un rendement à long terme de 7%; la SAAQ, elle, a fixé sa barre à 6,5%. Mais devant le recul prévisible quand la Caisse déposera son bilan 2008, en février prochain, les régimes d'assurances publics devront commencer à ajuster leurs tarifs et leurs cotisations à la hausse.

La SAAQ, avec ses 8 milliards de dollars, est le «plus petit des gros» déposants publics à la Caisse de dépôt. La Régie des rentes détient 35 milliards et la Commission de la santé et de la sécurité du travail, 11 milliards.

L'assurance automobile est le régime le plus étroitement lié au rendement de la Caisse. La loi prévoit qu'il doit être capitalisé en totalité - c'est-à-dire que, théoriquement, si on mettait fin au régime, il devait y avoir assez d'argent pour payer toutes les prestations déjà accordées. La loi prévoit aussi que la SAAQ a 15 ans pour lisser les fluctuations, pour réduire l'impact de baisses comme de hausses importantes de la réserve.

«On ne peut attendre la 14e année parce qu'on a 15 ans pour étaler», explique un spécialiste. La hausse de 60$ s'appliquerait pendant 10 ans, les intérêts composés paieraient la note pour les cinq dernières années de récupération.

«C'est sûr que cela va faire mal... mais les résultats d'une mauvaise année ne sont pas une catastrophe», explique-t-on par ailleurs à la SAAQ.

Le débat sur la réserve de la SAAQ est différent de celui qui avait propulsé la société d'État à la une des journaux il y a deux ans. Le régime d'assurance auto faisait face alors à un problème de sous-financement. Il faillait décaisser 1,2 milliard par année, et les cotisations ne faisaient entrer que 700 millions. La SAAQ avait obtenu des hausses importantes du coût du permis de conduire - trois augmentations cumulatives de 12$, de sorte que, à terme, le prix du permis de conduire général serait de 36$ plus élevé. De bons rendements du marché boursier avaient alors permis de mettre de côté les scénarios plus alarmistes encore de la SAAQ.

La CDP a eu un rendement de près de plus de 14% en 2005 et 2006. Celui de 2007 fut plus faible, moins de 6%.

Charest parle de prudence

Vendredi, interrogé par La Presse, le chef libéral, Jean Charest, s'est fait rassurant. «J'invite tout le monde à la prudence. Les mouvements dans les marchés ont été tellement importants! À la SAAQ, on nous avait présenté un scénario avec un trou important dans le budget, qui s'est résorbé soudainement parce que les marchés ont eu une meilleure performance. C'était un gros problème... il y avait un impact sur les tarifs. Il faut être responsable. On peut faire campagne sans traîner dans la boue une institution comme la Caisse de dépôt du Québec.»

Tous les organismes déposants à la Caisse reçoivent de la CDPQ un portrait mensuel de la valeur de leur réserve. Mais cette photo ne reflète que la partie cotée en Bourse, soumise à l'évaluation du marché. Certains déposants jugent bien optimiste, et plus arbitraire, l'évaluation que fait la Caisse de son énorme portefeuille immobilier. À la fin de 2007, elle détenait 17 milliards dans ce portefeuille, car elle est beaucoup plus présente dans ce secteur que les autres caisses de retraite. Publiques, les dépréciations des fonds communs de placement de ce secteur sont importantes, et il serait surprenant que la Caisse ait fait beaucoup mieux.

Quant à la valeur des papiers commerciaux adossés à des actifs, la Caisse est désormais bien seule dans le club des optimistes - elle a radié seulement 15% de la valeur de son portefeuille, tandis que la plupart des institutions financières qui ont touché à ces placements viciés ont déjà rayé 25, voire 30% de leur valeur. Même si l'entente Crawford était ratifiée - les problèmes de rédaction juridique ont forcé un nouveau report de l'échéance la semaine dernière -, la Caisse devra augmenter ses radiations, confie-t-on.

Chez les déposants, cette stratégie de l'administration Rousseau, sous la responsabilité de Richard Guay, est source d'une profonde irritation. Les sociétés ont l'impression d'avoir été flouées; ces papiers commerciaux étaient cotés AAA, mais ils comportaient beaucoup plus de risques que prévu.

La Caisse est aussi engagée profondément dans les achats sur marge, plus risqués, qui ont été l'objet d'appels de liquidités par les institutions financières au cours des dernières semaines.

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