Imbroglio entre un avocat et son ex-client

La clé USB en forme de cochonnet rose que l'avocat Franco Schiro a envoyée à un... (Photo tirée d'internet)

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La clé USB en forme de cochonnet rose que l'avocat Franco Schiro a envoyée à un client qu'il a largué, contenait-elle tous les enregistrements dont l'avocat disposait?

Me Schiro jure que oui. L'ex-client, Alberino Magi, jure que non. Et le juge Michael Stober n'est certain de rien.

Au terme de l'audience qui a duré presque toute la journée en Cour supérieure, mardi, le juge a joué de prudence. Il a ordonné à l'avocat de remettre à son ex-client tous les enregistrements qu'il aurait réalisés avec une ou des procureurs de la poursuite, aux États-Unis.

Les États-Unis réclament M. Magi pour le juger dans une affaire de fraude par télémarketing remontant à 2006. L'homme de 46 ans fait face à des accusations semblables au Canada. Il doit aussi être jugé pour une affaire de vol dans un supermarché. Il est le frère de Tony Magi, un entrepreneur en construction qui aurait été proche de la mafia, et dont il a été question à la commission Charbonneau.

Enregistrements

L'avocat Franco Schiro l'admet. À la demande de M. Magi et d'un autre client, il a enregistré à son insu une procureure de la Californie avec qui il a discuté du dossier d'extradition les visant. Il devait vérifier si elle faisait des menaces à leur endroit, ce qui aurait pu leur servir pour contrer leur extradition.

Me Schiro n'a pas révélé à ladite procureure, Ellyn Marcus Lindsay, qu'il représentait M. Magi. Il a agi ainsi pour qu'elle ne censure pas ses propos au sujet de ce dernier. L'avocat dit qu'il a parlé deux fois avec elle, mais jure qu'il n'a enregistré qu'une seule conversation.

«Faux», dit M. Magi, qui soutient que Me Schiro enregistrait toujours ses conversations, et qu'il était lui-même là quand celle qu'il réclame a eu lieu. Il l'a même réécoutée avec un coaccusé, dit-il. M. Magi pense que cette conversation pourrait lui donner des munitions pour sa cause. Or, elle ne se trouvait pas sur la clé «cochonnet rose» que Me Schiro lui a envoyée en décembre dernier, après que leur relation a pris fin dans la bisbille.

C'est pourquoi M. Magi, qui se représente seul maintenant, s'est adressé à la Cour supérieure, mardi, afin qu'elle ordonne à Me Schiro de lui remettre la fameuse conversation.

Mentir

Me Schiro soutient que s'il s'est retiré des dossiers de M. Magi l'automne dernier, c'est que celui-ci a menti effrontément à son sujet, lui attribuant des paroles et agissements qui n'étaient pas les siens.

Selon lui et une de ses employées, M. Magi aurait menacé de se jeter d'un pont ou devant une voiture si Me Schiro le lâchait. Tony Magi serait même intervenu auprès de Me Schiro, pour qu'il continue de représenter son frère. Mais le lien de confiance était brisé. Le 4 novembre, l'avocat a demandé et obtenu la permission de la Cour du Québec pour se retirer du dossier de M. Magi.

SMS d'insultes

De son côté, M. Magi signale qu'il a payé 24 000$ jusqu'à maintenant à Me Schiro et qu'il s'attendait à plus de services pour cette somme. Il veut l'enregistrement et critique les manières de l'avocat. Il a étalé devant le juge une série de messages textes, qu'il a reçus en octobre dernier, et qu'il attribue à Me Schiro. Les messages sont bourrés d'insultes et réclament avec insistance une dette de 15 000$.

M. Magi a fait témoigner un employé de Rogers pour démontrer la provenance des messages.

Le juge Michael Stober a qualifié les messages de «crus» et complètement «contraires à l'éthique». Mais cet aspect de l'affaire n'est pas du ressort de la Cour supérieure, a fait valoir le juge, qui a signalé à M. Magi qu'il pouvait s'adresser au Barreau.

Trois téléphones

Appelé à la barre, Me Schiro a expliqué qu'il a trois téléphones et qu'il les prête parfois à d'autres employés. Il a juré qu'il n'avait pas écrit les SMS ni demandé qu'ils soient écrits.

Questionné par le juge sur le fait d'enregistrer un procureur de la poursuite à son insu, Me Schiro n'y voyait pas de problème. Lui-même a été procureur de la Couronne en 2007. «Quand on n'a rien à cacher...», a-t-il dit.

Le juge lui a demandé s'il avait enregistré d'autres collègues.

Seulement cette procureure et un policier, a affirmé Me Schiro.

Très occupé

Me Stéphanie Auclair, qui représentait Me Schiro, a plaidé que M. Magi était mû par la rancoeur. La diffamation aurait commencé après que Me Schiro eut arrêté de le représenter, a-t-elle dit. Me Schiro est un officier de justice, il n'a pas de temps à perdre et n'aurait aucun motif de garder une autre conversation, si elle existait.

«Si des choses ne font pas son affaire sur l'enregistrement, je parle en général, il peut y en avoir, des motifs», a rectifié le juge.

Questionnée sur le fait d'enregistrer un collègue à son insu, Me Auclair a repris la position de Me Schiro. Il n'y a pas de crainte «quand on conduit ses dossiers de manière déontologique et éthique».




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