Douze ans de pénitencier pour un important trafiquant de stupéfiants

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Daniel Renaud
La Presse

Un homme que la police considère comme un important exportateur de marijuana lié au crime organisé irlandais a été condamné à 12 ans de pénitencier vendredi pour un chef relatif à la cocaïne. Jeffrey Colegrove, 50 ans, est un personnage énigmatique connu pour avoir eu des liens avec d'importants lieutenants du crime organisé et une fugitive américaine assassinée à Montréal.

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Shane Kenneth Maloney, accusé dans le projet Loquace

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La fugitive américaine Elizabeth Barrer, tuée à l'âge de 32 ans le 19 mars 2014 dans l'arrondissement Lachine, à Montréal

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ARRÊTÉ PAR HASARD

Jeffrey Colegrove a été arrêté en février 2015 par des enquêteurs des stupéfiants de la région Ouest du SPVM. Il était alors en évasion de garde légale pour la cinquième fois et était recherché par la GRC. Les enquêteurs, qui l'ont arrêté alors qu'il sortait d'une maison de Dollard-des-Ormeaux après une courte enquête de 24 heures, étaient en fait aux trousses des Devils Ghosts, club-école des Hells Angels. Ils ont été les premiers étonnés par cette prise de premier choix. « Vous ne savez pas qui je suis ? », aurait demandé un peu frondeur Colegrove en cours d'enquête. « Non, nous ne sommes que des policiers de rue [streetcops] », a répondu du tac au tac un des enquêteurs.

PAS LE DERNIER VENU

Colegrove est considéré par la police comme un important exportateur de marijuana vers les États-Unis. Durant son enquête sur remise en liberté, le procureur de la Couronne, Me Philippe Vallières-Rolland, lui a demandé si c'est lui qui avait fait de Mihale Leventis et Shane Kenneth Maloney ce qu'ils sont devenus aujourd'hui. Colegrove a simplement répondu qu'il les connaissait. Leventis et Maloney sont deux des six membres d'un groupe d'individus qui aurait voulu s'emparer du monopole de la distribution de cocaïne au Canada et qui a été démantelé dans une opération policière baptisée Loquace en novembre 2012. Colegrove aurait également été le patron d'Elizabeth Barrer, alias Nicki, fugitive américaine qui a déjà été sur la liste des criminels les plus recherchés aux États-Unis et qui a été tuée à Montréal en 2014. Le nom de Colegrove figure sur la liste de contacts de Jimmy Cournoyer, surnommé le « roi du pot à New York ».

UNE ENFANCE DIFFICILE

Durant son enquête sur remise en liberté, Jeffrey Colegrove a raconté avoir été battu dès sa tendre enfance par son beau-père toxicomane et avoir commencé à voler à l'âge de 6 ans pour subvenir aux besoins de sa mère et de ses cinq soeurs. Il n'est jamais allé à l'école et il a dit que c'est son beau-père qui l'a initié à la vente de drogue. « Je n'ai pas été encadré. C'est la seule façon que j'ai trouvée pour aider ma famille. » Colegrove a nié être lié à la mafia irlandaise. « Quand tu es de descendance irlandaise, tu connais inévitablement les Matticks », a-t-il déclaré durant son témoignage. Depuis l'âge de 19 ans, Colegrove a été condamné à 27 reprises pour des affaires de complot, possession de drogue dans un but de trafic, importation et exportation de drogue, trafic de drogue, possession d'arme, agression, menaces, non-respect de conditions et évasion de garde légale.

CAVERNE D'ALI BABA

Dans la maison de la rue Thornhill d'où Colegrove sortait lorsqu'ils l'ont arrêté, les enquêteurs du SPVM ont découvert un attirail inquiétant qui aurait pu servir à commettre bien des crimes, y compris l'exportation de marijuana. Ils ont trouvé trois armes de poing chargées, quatre chargeurs, plus de 600 munitions de calibres différents, au moins un kilo de cocaïne, du crack, 88 000 $ en argent, sept téléphones cellulaires, 15 lunettes tactiques, deux viseurs laser, trois gilets anti-balles, trois balayeurs d'ondes, trois walkies-talkies, des balances, des machines à compter de l'argent, des sacs de hockey neufs et usagés et au moins cinq cartes d'identité différentes au nom d'un certain Dylan Ross, mais affichant la photo de Jeffrey Colegrove. Juste avant d'arrêter Colegrove, les limiers avaient appréhendé un autre individu qui sortait de la même résidence, un certain Reymond Powell Martinez, et trouvé quelques milliers de dollars dans le véhicule de ce dernier.

COMPLICE VOLATILISÉ

Ce Reymond Powell Martinez avait également été appréhendé et accusé dans l'opération Loquace. Il a rapidement plaidé coupable dans les deux dossiers et a été condamné à 30 mois de pénitencier. Durant l'enquête préliminaire de Colegrove, Martinez a témoigné et s'est attribué une grande part de la responsabilité touchant ce qui a été trouvé dans la maison de la rue Thornhill. Il devait de nouveau témoigner au procès de Colegrove, mais au premier jour de la preuve de la défense, il ne s'est jamais présenté et demeure invisible depuis. Ce revirement de situation n'a pas aidé la cause de Colegrove, qui n'a présenté aucune défense et qui n'a pas témoigné à son propre procès.

DOUZE ANS POUR UN KILO

En octobre dernier, un jury a reconnu Colegrove coupable de possession de cocaïne dans un but de trafic, mais pas des trois chefs de possession d'arme. Vendredi, le juge James L. Brunton de la Cour supérieure l'a condamné à 12 ans de pénitencier, une sentence suggérée par la poursuite, alors que la défense demandait de deux à cinq ans. En soustrayant la détention préventive, il reste neuf ans et un mois à purger à Colegrove. Le juge Brunton a tenu compte, au chapitre des facteurs aggravants, du profil de l'accusé, « un criminel de carrière spécialisé dans le trafic de narcotiques », a-t-il dit. Le magistrat a aussi déploré le fait que l'accusé a « déplacé une activité dangereuse dans un tranquille quartier de banlieue ». « Douze ans de pénitencier pour à peine un kilo de cocaïne et une enquête de 24 heures, c'est cher payé », a-t-on chuchoté aux oreilles de La Presse après l'audience.

LE SPVM RÉCUPÈRE LES LUNETTES

La poursuite voulait aussi imposer une amende de 3,8 millions à Colegrove, en s'appuyant sur des transactions présumées de marijuana et de cocaïne inscrites dans des cahiers de comptabilité trouvés dans une mallette que transportait l'accusé, mais le juge a rejeté l'idée, faute de preuves. En revanche, il a confisqué au profit du Procureur général du Québec des sommes de 15 000 $ CAN et de 4000 $ US trouvées dans la maison. Il a aussi confisqué au profit du SPVM les 15 lunettes d'approche tactique pour arme à feu d'assaut et les deux viseurs laser trouvés dans la maison. Il semble que cet équipement est d'une sophistication rarement vue et fera le bonheur du groupe tactique d'intervention de la police de Montréal.

***

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.




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