Exclusif

Une criminelle dirige une maison pour gens vulnérables

Les deux femmes hébergent cinq adultes ayant des... (Photo Bernard Brault, La Presse)

Agrandir

Les deux femmes hébergent cinq adultes ayant des problèmes de santé mentale à Salaberry-de-Valleyfield. Quatre places sont subventionnées par le CSSS du Suroît, alors qu'une cinquième place est financée par le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) local.

Photo Bernard Brault, La Presse

Une criminelle impliquée dans un vaste complot d'importation de drogues déjoué par la GRC dirige depuis cinq ans une résidence d'accueil pour adultes atteints de troubles de santé mentale en Montérégie qui est financée par l'État, a découvert La Presse.

Sa propriétaire, Lucie Lagacé, a obtenu son permis du CSSS du Suroît pour exploiter cette résidence «de type familial» en 2009, alors qu'elle faisait déjà face à de graves accusations liées au trafic de drogues.

Même après avoir été trouvée coupable de complot d'importation de cocaïne et de gangstérisme au terme d'un procès il y a maintenant plus d'un an, la femme de 43 ans a conservé son permis. Elle est propriétaire de la résidence avec sa mère, qui, elle, n'a pas d'antécédents judiciaires.

Les deux femmes hébergent cinq adultes ayant des problèmes de santé mentale à Salaberry-de-Valleyfield. Quatre places sont subventionnées par le CSSS du Suroît, alors qu'une cinquième place est financée par le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) local.

Mme Lagacé est la conjointe d'un homme à la feuille de route criminelle bien garnie, Sylvain Borris. Le couple a été arrêté en 2008 en même temps que d'autres complices lors d'une importante opération de la GRC baptisée Chaindrive à laquelle le FBI a collaboré. La police a ainsi démantelé deux réseaux - l'un de trafic de cocaïne, l'autre d'exportation de marijuana - vers les États-Unis.

Le couple fait partie d'«une petite organisation criminelle indépendante des grosses organisations, tels les Hells Angels», selon des documents judiciaires. 

Le groupe utilisait un système de communication sophistiqué. Il a investi beaucoup d'argent, allant même jusqu'à payer un agent double américain qui s'était fait passer pour un capitaine de bateau. Des accusés se sont même rendus en Colombie, où ils ont laissé l'un des leurs en gage.

L'importation n'a finalement jamais eu lieu. Dans les conversations interceptées, les policiers ont entendu les accusés discuter d'une quantité de 300 kg, voire plus, «qui aurait rapporté des millions de dollars aux accusés», a résumé le juge qui les a trouvés coupables.

Lacunes de jugement

«Chez Madame, l'existence d'une certaine banalisation des substances psychotropes et des activités y étant associées, la présence de lacunes au plan du jugement, une piètre évaluation des conséquences et des risques encourus de même qu'une tolérance face à la délinquance sont autant de facteurs contributifs à l'agir délictuel», écrit l'agente de probation qui a évalué Lucie Lagacé.

La trafiquante a été trouvée coupable en mars 2013, puis condamnée à une peine de quatre ans de prison en janvier dernier. Elle était en liberté sous condition jusqu'au prononcé de la sentence. Elle a ensuite interjeté appel. La Cour d'appel vient d'accepter de la laisser en liberté d'ici à ce que l'appel soit entendu. 

Parmi les conditions imposées, elle doit vivre dans la résidence qu'elle exploite avec sa mère.

«Elle exploite une résidence d'accueil pour adultes atteints de troubles de santé mentale, résidence qu'elle partage avec sa mère et son conjoint. Il est vrai, comme le constate le juge Tremblay, [...] que le rapport présentenciel de [la requérante] n'est guère encourageant, principalement parce qu'elle ne fait montre d'aucune remise en question et qu'elle persiste à nier sa participation à l'entreprise criminelle en question. Par contre, il est certain que sa participation n'est pas à la mesure de celle de ses coaccusés», écrit la Cour d'appel dans sa décision rendue il y a quelques jours.

Le contrat bientôt résilié

Questionné par La Presse cette semaine, le CSSS du Suroît, qui subventionne la ressource, a admis avoir été mis au courant de la situation il y a un mois à peine.

«Après avoir été informé de la situation, soit le 26 février dernier, le CSSS a mené une enquête à l'interne et fait des suivis rigoureux avec les intervenants afin de s'assurer [qu'il n'y avait] aucune détérioration de l'état de santé des usagers», a indiqué à La Presse la porte-parole du CSSS du Suroît, Geneviève Boileau.

«Au moment où on se parle, la ressource est sur le point de fermer. Le contrat sera résilié», a ajouté la porte-parole du CSSS à La Presse hier en fin de journée.

Lien de confiance brisé

Les résidants seront relogés d'ici les prochaines semaines, assure Mme Boileau. Des travailleurs sociaux accompagnent les usagers durant cette crise.

«Nous avons respecté les normes en vigueur au moment de l'attribution du contrat en 2009, c'est-à-dire réalisé une enquête de sécurité initiale. Pour leur part, les ressources ont l'obligation de nous aviser de tout changement qui pourrait affecter la reconnaissance de leur statut de ressource non institutionnelle, explique Mme Boileau du CSSS du Suroît. Le lien de confiance a clairement été brisé avec les deux propriétaires de la ressource puisqu'elles n'ont pas respecté cette obligation.»

Lucie Lagacé n'avait pas encore été condamnée en 2009, mais elle était déjà accusée de complot et de gangstérisme. Comment se fait-il que le CSSS du Suroît ne s'en soit pas rendu compte au moment de son enquête de sécurité?

«Bien que nous ayons respecté les processus et les règles en place, nous souhaitons examiner localement ce que nous pouvons faire de plus pour éviter qu'un tel événement ne se reproduise», répond la porte-parole du CSSS du Suroît.

Jointe par La Presse, hier, Mme Lagacé a poliment décliné notre offre de commenter la situation.




Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer