Heenan Blaikie accroche sa toge

Heenan Blaikie était l'un des plus prestigieux cabinets... (Photo: Olivier Pontbriand, La Presse)

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Heenan Blaikie était l'un des plus prestigieux cabinets au pays, avec plus de 500 avocats dans huit bureaux partout au Canada.

Photo: Olivier Pontbriand, La Presse

Le cabinet d'avocat Heenan Blaikie a annoncé sa dissolution complète, ce soir, incapable d'arrêter l'hémorragie d'avocats qui l'affligeait depuis quelques jours.

Fondé en 1973, ce géant du monde juridique québécois et canadien s'est effondré au terme d'une réunion tenue à 18h. Les associés de la firme ont signé l'arrêt de mort de Heenan Blaikie seulement 72h après avoir annoncé une possible restructuration.

«La décision découle d'une analyse en profondeur des options de restructuration qui s'offraient à la firme dans le contexte actuel du marché des conseils juridiques au Canada», assure-t-on dans un communiqué.

Selon les analystes, le climat économique morose et l'incapacité du cabinet à attirer de nouveaux clients l'ont plombé. La firme devait aussi supporter beaucoup d'associés qui lui coûtaient cher, mais apportaient peu d'eau au moulin. 

Pendant des décennies, Heenan Blaikie a fait partie de la crème des grands cabinets canadiens. Avec 500 avocats dans huit bureaux - dont Toronto et Montréal -, la firme pouvait satisfaire tous les besoins juridiques des grandes entreprises, de leurs problèmes de ressources humaines jusqu'aux fusions-acquisitions.

Elle jouissait aussi d'une réputation enviable et réussissait à attirer de grands noms: Jean Chrétien, l'ex-juge de la Cour suprême Michel Bastarache et l'ex-premier ministre du Québec Pierre-Marc Johnson sont tous chez Heenan Blaikie. Pierre-Elliot Trudeau avait fait le même choix après son retrait de la vie politique.

Fuites en série

Le lent exode d'avocats que subissait la firme depuis quelques semaines s'est dramatiquement accéléré dans les derniers jours, à mesure que les mauvaises nouvelles s'accumulaient. Le cercle vicieux s'est perpétué jusqu'à un point de non-retour.

Le plus gros du groupe montréalais de droit de la santé avait fait défection pour s'installer chez Lavery, alors que la plupart de leurs collègues de droit du travail (à Montréal et à Ottawa) ont démissionné en bloc. 

Une bonne partie de l'équipe montréalaise spécialisée en droit immobilier est maintenant chez Dentons. 

Selon le site spécialisé Droit-Inc, 80 avocats en droit des affaires basés à Toronto seraient en négociations avec DLA Piper.

Dans son communiqué, la firme a dit croire que plusieurs petits bureaux naîtraient sur les cendres d'Heenan Blaikie. «Plusieurs groupes de pratique, voire des cabinets entiers, poursuivront leurs activités sous de nouvelles dénominations», prévoit-on.

Déjà, les bureaux de Sherbrooke et de Trois-Rivières ont publiquement déclaré que leurs activités allaient bien et qu'il n'était pas question pour eux de fermer leurs portes.

Heenan victime d'une vague de fond

Mitch Kowalski est un expert du marché des services juridiques et professeur à l'Université d'Ottawa.

En entrevue avec La Presse, il dit croire que le modèle d'affaires des grands cabinets canadiens n'est plus adapté au monde des affaires actuel et que la chute d'Heenan Blaikie n'est qu'un symptôme d'un mal plus grand.

«Le monde juridique entre dans la période la plus difficile de son histoire. Les avocats n'ont jamais été confrontés à des clients qui demandaient autant d'efficacité pour leur argent et n'ont jamais eu à subir la compétition d'entreprises privées de services juridiques, a-t-il dit. Il s'agit de changements structurels qui iront en s'amplifiant.»

M. Kowalski a ajouté que dans les dernières années, la demande en services juridique a été «stable», alors que le marché est en «surcapacité» de production. Bref, trop d'avocats pour trop peu de clients.

Du côté québécois, le rédacteur de la revue spécialisée National croit qu'Heenan Blaikie n'a pas réussi à faire les changements nécessaires pour s'adapter aux nouvelles demandes de ses clients.

«Il y a peut-être d'autres firmes qui ont réagi plus rapidement aux changements dans le marché des services juridiques», a dit Yves Faguy en entrevue téléphonique. Il pointe notamment du doigt «la technologie» et «la mondialisation» comme des sphères d'activités dans lesquelles le cabinet avait du mal à compétitionner.

«C'est une triste histoire. C'est une institution dans le monde juridique, avec de grandes personnalités qui y sont installées, a dit M. Faguy. Les gens étaient fidèles envers Heenan.»

Cela n'a pas suffi.




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