Meurtre «par compassion»: Michel Cadotte libéré d'ici son procès

Michel Cadotte, accusé d'avoir tué sa femme atteinte... (Photo Simon Groulx, archives La Presse)

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Michel Cadotte, accusé d'avoir tué sa femme atteinte d'Alzheimer, a été libéré dans l'attente de son procès.

Photo Simon Groulx, archives La Presse

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Michel Cadotte - cet homme accusé d'avoir tué sa femme atteinte d'Alzheimer - est libéré d'ici son procès.

Le juge Michel Pennou a rendu cette décision ce vendredi matin au palais de justice de Montréal.

La Couronne s'était opposée à sa libération car elle croyait que cela minerait la confiance du public envers l'administration de la justice en raison notamment de la preuve accablante détenue contre l'accusé.

De son côté, la défense avait plaidé qu'un public bien informé ne serait pas choqué d'une telle libération.

Le juge Pennou a donné raison à la défense. Toutefois, bien que la cause suscite des discussions sur l'aide médicale à mourir, le débat n'a « aucun rôle à jouer dans la décision du Tribunal », a précisé le magistrat.

Le juge a choisi de libérer l'accusé en raison des « circonstances propres » à cette affaire, soit celles d'un aidant naturel qui souffrait d'un « épuisement physique et moral » alors qu'il était « incapable d'oublier et de négliger celle qu'il aime bien qu'elle ne soit plus l'ombre d'elle-même ».

Le Tribunal « ne vient pas cautionner ni endosser le geste de l'accusé », a insisté le magistrat. À ce stade-ci, l'accusé de 56 ans bénéficie de la présomption d'innocence. Il a plaidé non coupable à l'accusation de meurtre non prémédité qui pèse contre lui. Il était détenu depuis son arrestation l'hiver dernier.

Le juge Pennou a tracé un parallèle avec la cause de Robert Latimer - qui avait tué sa fille de 12 ans lourdement handicapée en Saskatchewan en 1993 - en rappelant que Latimer avait bénéficié d'une libération sous conditions dans l'attente de ses deux procès (la Cour Suprême du Canada avait ordonné un second procès au terme duquel il a été condamné pour le meurtre non prémédité de sa fille).

Au moment de son enquête sur remise en liberté, l'accusé a témoigné que sa femme - Jocelyne Lizotte - est morte « dans la dignité ». Très émotif, il avait alors admis au tribunal avoir « étouffé » sa femme avec un oreiller.

Mme Lizotte, 60 ans, souffrait d'Alzheimer depuis 2006. Elle ne parlait plus. Elle ne marchait plus. Elle portait des couches. Elle ne reconnaissait plus personne. Elle était placée sous contention 24 h sur 24.

Michel Cadotte était le seul à continuer à la visiter au CHSLD Émilie-Gamelin situé à Montréal. Même ses propres fils n'y allaient plus.

M. Cadotte a placé sa femme en CHSLD en 2014.

L'accusé a raconté avoir demandé l'aide médicale à mourir au nom de sa femme en 2016, mais cette dernière ne remplissait pas tous les critères. Il a témoigné que ce refus l'avait beaucoup ébranlé surtout que sa femme avait signé un mandat d'inaptitude - lequel à ses yeux équivalait à un consentement même si au moment de faire la demande d'aide elle n'était plus apte à consentir.

Le 20 février dernier, lorsqu'il est arrivé dans la chambre de sa femme, cette dernière avait la tête tombée sur l'épaule. « J'étais fâché, a-t-il admis, ça faisait une centaine de fois que je disais aux préposés de lui mettre son appuie-tête. Ne me faites pas croire qu'elle n'avait pas mal au cou. »

C'est là qu'il a décidé de la tuer. « Je me suis dit que plus personne ne pourra lui faire du mal, a raconté l'accusé lors de son enquête sur remise en liberté. Quand j'ai mis l'oreiller, je le savais, elle allait arrêter de souffrir. »

« J'aurais aimé que ça se finisse normalement, avec une maladie, ou que son coeur s'arrête, j'avais espoir qu'elle me reconnaisse encore une fois », avait-il ajouté, en refoulant ses sanglots.

L'accusé ira vivre chez sa soeur durant le processus judiciaire. La Cour lui a interdit de quitter le Québec. Le juge Pennou lui a recommandé d'obtenir de l'aide psychologique en plus de lui ordonner de prendre la médication prescrite. Il lui est également interdit d'entrer en contact avec les fils de la victime.




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