Arrêt Jordan: «Si je meurs, ce sera à cause de lui»

Sivaloganathan Thanabalasingham (à gauche) et Anuja Baskaran, tous... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Sivaloganathan Thanabalasingham (à gauche) et Anuja Baskaran, tous deux originaires du Sri Lanka, formaient un couple bien mal assorti.

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Il y a bien eu mariage, et deux fois plutôt qu'une. Était-il arrangé ? Ce n'est pas clair, comme bien d'autres aspects dans cette affaire. Ce qui est limpide, toutefois, c'est que Sivaloganathan Thanabalasingham, qui a échappé à son procès pour le meurtre en vertu de l'arrêt Jordan, et Anuja Baskaran, tous deux originaires du Sri Lanka, formaient un couple bien mal assorti. Leurs querelles ont commencé dans les mois suivant leur mariage et se sont poursuivies jusqu'au drame qui a coûté la vie à la femme de 21 ans.

« Si je meurs, ce sera à cause de lui », aurait dit Anuja à Balaya, un ami, dans les heures précédant sa mort, le 11 août 2012. Elle et Sival, comme elle l'appelait, s'étaient encore querellés, et ils allaient se séparer.

Vers 23 h 30, Sival aurait appelé l'ami pour dire : « Je ne pouvais plus supporter qu'elle me frappe. » Il aurait ensuite appelé les policiers pour leur dire qu'il y avait eu un meurtre. En arrivant, ils ont trouvé l'homme dehors, devant un logement de l'avenue Millen, un chiffon ensanglanté à la main. Anuja gisait morte dans le logement. Le pathologiste a dénombré de 20 à 30 plaies au cou de la victime et des blessures ailleurs.

C'est ce qui se dégage de témoignages rendus à l'enquête préliminaire de M. Thanabalasingham, en 2014. Le juge Serge Boisvert, qui a présidé cette enquête, a noté que l'histoire était parfois embrouillée et que « la compréhension de l'événement était rendue plus difficile vu les différences culturelles des acteurs et l'obligation d'avoir recours à un interprète » traduisant en tamoul.

RELATION HOULEUSE

Selon les témoignages, il appert qu'Anuga et Sival se seraient épousés en cachette en avril 2011. Mis devant le fait accompli, les parents d'Anuja auraient tenu une cérémonie en bonne et due forme en décembre de la même année, avec une soixantaine d'invités. Le couple demeurait chez les parents d'Anuja, car ils avaient été expulsés d'un logement pour non-paiement de loyer.

Le premier appel pour violence conjugale est survenu le 5 décembre 2011. Il y en a eu un autre le 2 janvier 2012 et un troisième le 30 mai 2012. Chaque fois, Anuja disait avoir été frappée et battue. 

La dernière fois, Sival est resté détenu. Le 29 juin 2012, Anuja s'est rendue à la Cour pour implorer le juge de remettre son mari en liberté, déclarant qu'elle ne le craignait pas et qu'ils s'aimaient. Le juge a fini par y consentir, non sans imposer des conditions à Sival.

Sival serait allé demeurer chez son frère, car il ne voulait pas retourner auprès d'Anuja, selon Balaya, qui était proche du couple. Ce témoin a décrit Anuja comme une personne instable qui passait de la colère à l'affection avec Sival. Après la libération de Sival, elle était aux abois, voulait qu'il revienne auprès d'elle. Elle aurait commis une tentative de suicide en avalant une soixantaine de Tylenol pour l'émouvoir. Elle aurait raconté à une amie qu'il n'était même pas venu la voir à l'hôpital.

Sival a fini par revenir. Anuja est morte le 11 août.

Il est à noter qu'Anuja avait déjà confié aux policiers que son mariage était arrangé. Elle aurait aussi admis avoir déjà menti à la police.

***

EXTRAITS D'UN RÉSUMÉ DU JUGE SERGE BOISVERT*

Selon un agent de police qui a répondu à un appel pour violence conjugale : 

« Elle [Anuja] décrit avoir de la difficulté à porter plainte à cause de sa culture. Verbalement, elle ajoute que son père ne l'appuiera pas dans son conflit avec son conjoint car l'accusé lui a prêté 50 000 $. »

« Le père d'Anuja a constaté que le couple se disputait beaucoup, mais n'a jamais vu de violence physique sauf une fois, lorsque la police est venue chez eux. Anuja disait avoir été frappée. Il lui a conseillé de ne pas porter plainte, croyant pouvoir résoudre le problème de lui-même. »

« Après la libération de l'accusé, le père a su et même a participé aux démarches d'Anuja pour se réconcilier avec l'accusé, et il a constaté le refus de l'accusé de reprendre la vie commune. »

*Lors de l'enquête préliminaire

THANABALASINGHAM DEMEURE DÉTENU

Invoquant le risque de fuite, et le danger qu'il représente pour la société, la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) a refusé de remettre en liberté Sivaloganathan Thanabalasingham, au terme d'une longue audition, hier. C'est la deuxième fois cette semaine que M. Thanabalasingham se voit refuser la remise en liberté par la CISR. L'homme de 31 ans a échappé à son procès pour le meurtre de sa femme, la semaine dernière, quand un juge a décrété un arrêt des procédures pour délais déraisonnables, en vertu de l'arrêt Jordan. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales en appelle toutefois de cette décision.

UN COMITÉ POUR COMBLER LES POSTES DE JUGE VACANTS

Ottawa a annoncé hier la composition du comité qui permettra la nomination de juges dans l'est du Québec, un geste attendu avec impatience par le gouvernement provincial pour réduire les délais judiciaires et éviter d'autres demandes d'arrêt des procédures basées sur l'arrêt Jordan. Les sept membres du Comité consultatif de la magistrature pour Québec-Est devront recommander à la ministre fédérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould, des candidats pour pourvoir les postes de juge vacants. Ces derniers jours, la ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, a publiquement exhorté son homologue fédérale à agir de façon urgente pour juguler la crise, qui a pris de l'ampleur depuis l'abandon de la poursuite contre Sivaloganathan Thanabalasingham. Il manque 14 juges à la Cour supérieure du Québec, et certains postes sont vacants depuis 2012.

- Isabelle Ducas, La Presse




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