L'enregistrement d'un cri de jouissance coûte cher à un musicien

En juillet 2010, le musicien Nicolas Maranda a... (PHOTO TIRÉE D'UNE VIDÉO YOUTUBE)

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En juillet 2010, le musicien Nicolas Maranda a enregistré le son de 96 minutes de sa vie quotidienne avec sa conjointe de l'époque «à son insu», ce qui constitue une atteinte à la vie privée, a tranché la Cour supérieure du Québec à la mi-novembre.

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L'enregistrement clandestin et l'intégration à une chanson d'un cri de jouissance de sa conjointe de l'époque coûteront des milliers de dollars au musicien Nicolas Maranda, notamment primé pour la bande sonore des séries 19-2 et Minuit le soir.

L'artiste devra remettre plus de 5000 $ à son ex-compagne pour cette atteinte à la vie privée, a décidé la Cour supérieure du Québec à la mi-novembre.

En juillet 2010, M. Maranda a enregistré le son de 96 minutes de sa vie quotidienne avec Rossita Stoyanova «à son insu». «Parmi les sons, les conversations et les appels téléphoniques, l'enregistrement capte une relation sexuelle survenue entre les parties», explique la juge Florence Lucas dans une longue décision.

«Par la suite, prétextant le contexte ludique et éclaté de leur relation, Maranda mixe 0,2 seconde d'un cri de jouissance de Stoyanova à la chanson» Bonboni créée à partir d'un poème de celle-ci «et lui fait entendre cette version intime, en présence des musiciens du groupe Monitor», qui avait enregistré cette chanson, poursuit la juge Lucas.

Des poursuites seront lancées une fois la relation amoureuse terminée.

Atteinte au droit à la vie privée

La «version intime» de Bonboni ne connaîtra jamais de distribution publique.

Il n'en reste pas moins que l'enregistrement réalisé dans l'appartement de Nicolas Maranda «constitue une atteinte au droit à la vie privée, à l'honneur et à la dignité de la demanderesse», a tranché la justice.

«Stoyanova avait une expectative raisonnable de vie privée à tout moment de l'enregistrement, et surtout dans le cadre de ses relations intimes avec Maranda. Ces rapports se veulent nécessairement privés et privilégiés.» - La juge Florence Lucas

Mme Stoyanova réclamait 45 000 $ à son ex-conjoint pour ses actes.

« Elle dit y penser tous les jours. Elle redoute l'existence de multiples enregistrements et demeure dans l'incertitude constante que des moments intimes soient diffusés sur internet. Elle témoigne que sa stabilité est ébranlée, elle n'a plus de contrôle de ses pensées, qu'elle admet paranoïaques », précise le jugement.

Elle obtiendra finalement 5000 $ à ce titre, notamment parce que la « version intime» de la chanson n'aura pas de lendemain et en raison de «sa propension à déformer la réalité et magnifier ses dommages».

«Maranda a fait cet enregistrement dans l'esprit ludique de la relation amoureuse des parties et avec l'intention que cela demeure privé», ajoute la juge Lucas.

Décision contestée

Rossita Stoyanova conteste la décision. «Je suis en train de porter la décision en appel», a-t-elle écrit à La Presse, dans un bref courriel. «Depuis quatre ans, il y a eu énormément de problèmes dans ce dossier, mais je crois qu'il est trop tôt pour que je me prononce à cette étape.»

Dans la même décision, Mme Stoyanova - elle-même une artiste qui fait carrière sous le pseudonyme de Rossita Dove - a aussi obtenu un jugement de plus de 15 000 $ contre une maison de disque en faillite. Les Disques Mile-End inc. ont exploité la version publique de Bonboni sans les autorisations adéquates, a tranché la Cour supérieure.

«Après réflexion et discussion avec mon avocat, je préfère ne pas faire de commentaire. Je préfère laisser le jugement parler pour lui-même», a affirmé Nicolas Maranda en début de soirée.

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