Procès Applebaum: un entrepreneur dit avoir versé 60 000 $ en pots de vin

L'ancien maire par intérim de Montréal entre novembre 2012... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'ancien maire par intérim de Montréal entre novembre 2012 et juin 2013, Michael Applebaum, est accusé de fraude contre le gouvernement, corruption, abus de confiance et complot.

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L'entrepreneur Robert Stein affirme avoir payé 60 000 $ en pots de vin en 2007 pour faire avancer le projet immobilier Troie, qui n'a finalement jamais vu le jour.

« Toute l'expérience a été un désastre », a raconté M. Stein, lundi, alors qu'il témoignait au procès pour corruption de Michael Applebaum. L'homme, qui avait 25 ans au moment des faits, dit avoir été dégoûté par la corruption. Il soutient en avoir même fait une dépression.

Selon son récit, Troie était le premier projet qu'il menait depuis la mort de son père, un entrepreneur immobilier. Il voulait démolir un immeuble délabré, mais encore habité de Côte-des-Neiges, pour construire autre chose et faire de l'argent. Un projet de condos était mal vu dans le secteur, alors un projet de résidences étudiantes s'est imposé pour M. Stein et son associé, Anthony Keeler. Le projet s'élevait à 16 ou 17 millions de dollars. Comme ils manquaient de liquidités, ils se sont associés avec des gens de New York.

Les étapes

Il y avait différentes étapes à franchir pour obtenir l'approbation de la Ville. Lors d'une audience publique, M. Stein s'est rendu compte qu'il y avait de l'opposition. Suite à cela, les deux hommes d'affaires ont été invités à une rencontre avec le maire de l'arrondissement, Michael Applebaum, au bureau de ce dernier. M. Stein en était tout excité, c'était le plus « beau jour de sa vie », a-t-il dit.

La rencontre s'est tenue en présence de M. Applebaum, son attaché politique, Hugo Tremblay, M. Stein et M. Keeler. « M. Applebaum a raconté que c'était difficile politiquement d'appuyer ce projet, car il y avait de l'opposition de la part de groupes communautaires. M. Applebaum a prononcé une phrase qui voulait tout dire, selon M. Stein.

"Il a dit : ''les élections coûtent cher.'' Je comprenais où il allait. Il a parlé d'un cocktail de financement. C'était clair que ça prendrait une compensation financière pour le projet", de dire M. Stein. Ce dernier a précisé qu'il avait assez écouté Les Soprano (The Sopranos), pour savoir de quoi il retournait. D'ailleurs, il avait déjà payé 15 000 $ en "cash" à un fonctionnaire de la Ville, pour le projet de démolition.

M. Stein a dit à M. Applebaum qu'il prendrait 10 billets pour le cocktail de financement à 100 $ pièce. On lui a précisé qu'il fallait donner l'argent comptant, plutôt qu'en chèque. M. Stein pensait que ça allait s'arrêter là, mais non. Dans les semaines suivantes, Hugo Tremblay, l'attaché politique de M. Applebaum, a fait savoir que ça prendrait une "contribution politique" pour que le projet aille de l'avant. La somme était de 35 000 $.

M. Stein et M. Keeler ont avisé leurs associés de New York, qui ont répondu de ne pas donner l'argent et même d'aller voir la police, si on leur faisait une telle demande.

Selon M. Stein, la décision a quand même été prise de payer. Pendant six mois, il a retiré des sommes en argent comptant des divers comptes de banque de l'entreprise pour payer le pot de vin. M. Stein remettait les paquets d'argent à M. Keeler, qui allait les donner à M. Tremblay "en dedans de deux heures." La remise des sommes se faisait discrètement.

Finalement, le projet ne s'est jamais concrétisé. L'immeuble a été revendu pour environ trois millions.

M. Stein sera soumis au contre-interrogatoire de la défense lundi après-midi.

Rappelons que M. Applebaum, qui a aussi été maire par intérim de Montréal entre novembre 2012 et juin 2013, est accusé de fraude contre le gouvernement, corruption, abus de confiance et complot. Le ministère public lui reproche d'avoir exigé et empoché des sommes pour favoriser deux projets immobiliers, soit le projet Troie, dans Côte-des-Neiges, et la gestion du nouveau centre sportif, à Notre-Dame-de-Grâce. Les faits se seraient produits entre 2006 et 2011, alors qu'il était maire d'arrondissement.

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