Procès de «Matricule 728»: de l'acharnement, plaide la défense

Stéfanie Trudeau... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Stéfanie Trudeau

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Si Stéfanie Trudeau, surnommée «Matricule 728», n'était pas devenue une star du web pour avoir «poivré» des manifestants lors du Printemps érable, jamais la poursuite ne l'aurait accusée de voie de fait simple contre un citoyen du Plateau dans une affaire distincte survenue quelques mois plus tard, selon les avocats de la policière.

Les avocats de Stéfanie Trudeau sont convaincus que le Directeur des poursuites criminelles et pénales et le ministère de la Sécurité publique ont fait preuve «d'acharnement» dans le cas de leur cliente.

«C'est inquiétant pour le système judiciaire (...) On procède différemment pour Matricule 728 que pour n'importe quel citoyen ordinaire», a plaidé l'avocat de l'accusée, Me Jean-Pierre Rancourt, ce jeudi, alors qu'il réclame un arrêt des procédures en raison de la «conduite répréhensible» de l'État dans ce dossier.

La poursuite a mis 16 mois avant de porter une accusation contre la policière - délai entre la fin de l'enquête et le dépôt d'une accusation contre elle. «D'habitude, une enquête sur une voie de fait simple prend un jour ou deux, ici on parle d'une enquête qui a pris des mois dans lesquels on nous a remis 11 volumes de preuve, 19 CD et 85 témoins. C'est pour le moins inusité», a dit le criminaliste d'expérience.

Les quatre principaux témoins civils de l'intervention musclée de la policière avaient refusé de faire une déclaration à la police car ils craignaient de s'incriminer ayant eux-mêmes reçu des constats d'infraction d'entrave entre autres, au terme de l'intervention. Ils devaient comparaître à la Cour municipale dans les mois suivants pour savoir si des accusations allaient être bel et bien être portées contre eux. 

Rappelons que le 2 octobre 2012, la policière Trudeau est intervenue auprès d'un homme qui buvait une bière à l'extérieur d'un atelier d'artistes sur la rue Papineau. Le plaignant est Serge Lavoie, l'un des artistes qui fréquentaient l'endroit. La poursuite est d'avis que Mme Trudeau n'avait pas de motif pour arrêter M. Lavoie et qu'elle a utilisé une force excessive. M. Lavoie a d'ailleurs témoigné plus tôt au procès qu'il était convaincu que la policière allait le tuer ce soir-là. La scène a été filmée par de nombreuses personnes, et les vidéos ont été déposées en preuve.

Des mois plus tard, lorsque les constats d'infraction ont été annulés contre les témoins civils dont celui du plaignant, ces derniers ont accepté de faire une déclaration aux enquêteurs. Aux yeux de la défense, il s'agit de «marchandage d'accusations», une manoeuvre «dangereuse» du Procureur général qui mine la confiance du public en l'administration de la justice. «Si ça ne sent pas l'entente, je ne sais pas ce que ça sent», a plaidé Me Rancourt dans son style direct habituel.

Le juge Daniel Bédard a d'ailleurs souligné à la poursuite, ce jeudi, que le délai entre l'intervention policière et le dépôt de l'accusation contre «Matricule 728» le laissait «perplexe», ajoutant même: «à première vue, on peut penser que ce n'est pas loin de l'acharnement». 

De son côté, la poursuite a répété à plusieurs reprises : «je ne vois aucune preuve d'un acharnement quelconque». Me Catherine Dumais de la Couronne a rappelé qu'il est à la discrétion de la poursuite de porter des accusations ou non contre une personne. Un policier n'est pas un citoyen ordinaire, a-t-elle insisté, ce à quoi le juge lui a donné raison. La poursuite a fait un parallèle entre sa cause et les dossiers de violence conjugale où la police n'a pas besoin d'un plaignant pour mener une enquête. Dans cette cause-ci, le plaignant - M. Lavoie- a mis plusieurs mois avant d'accepter de porter plainte.

Vendredi, la policière Stéfanie Trudeau devrait témoigner pour sa défense.

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