Ado accusé de terrorisme: crainte d'attentat au marathon de Montréal en 2014

En 2014, le jour du marathon de Montréal,... (Photo Simon Giroux, archives La Presse)

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En 2014, le jour du marathon de Montréal, l'adolescent est disparu toute la journée, alors qu'il ne sortait presque jamais de la maison.

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Témoin impuissant de la radicalisation de son fils, la mère de l'ado de 15 ans jugé ces jours-ci pour des crimes liés au terrorisme a craint qu'il passe de la parole aux actes au marathon de Montréal en 2014.

L'adolescent, dont l'identité est frappée d'un interdit de publication, est soupçonné d'avoir commis un vol qualifié « au profit ou sous la direction » d'une organisation terroriste en plus d'avoir voulu quitter le Canada pour participer « aux activités d'un groupe terroriste à l'étranger ».

Précisons que l'ado n'est pas accusé d'avoir voulu perpétrer un attentat en sol canadien.

La procureure de la Couronne Lyne Décarie a révélé les craintes des parents de l'adolescent alors qu'elle débutait sa plaidoirie ce mardi en Chambre de la jeunesse de la Cour du Québec à Montréal. 

En 2014, le jour du marathon de Montréal, l'adolescent est disparu toute la journée, alors qu'il ne sortait presque jamais de la maison.

Cela faisait près de deux ans que les parents assistaient impuissants à la radicalisation de leur fils. 

L'ado s'est mis à fréquenter des sites Internet de propagande djihadiste en 2012. Puis, en février 2014, après avoir volé le numéro de carte de crédit de son père, il a tenté d'envoyer de l'argent via Western Union à une association libanaise qui soutient les djihadistes en Syrie. 

«Je vais participer aux combats en Syrie d'une façon ou d'une autre», a-t-il alors dit à son père, inquiet. 

Ses parents ont changé leurs cartes de crédit une première fois. Ils ont aussi installé un logiciel de contrôle parental sur son ordinateur. 

Quelques mois plus tard, en mai, l'ado a tenté d'acheter un billet d'avion «aller-simple» vers la Turquie avec la nouvelle carte de crédit de son père. Il voulait s'envoler le jour même, selon la preuve de la Couronne. La banque a toutefois bloqué la transaction. 

Encore une fois, les parents sont intervenus. Ils lui ont confisqué ses deux passeports (algérien et canadien) ainsi que son ordinateur pour tout l'été. Sauf que l'ado a réussi à récupérer son passeport algérien. Ils l'ont aussi privé d'argent de poche pour être certain qu'il ne fréquente pas les cybercafés.

Puis, en septembre, l'école a recommencé - l'ado fréquentait un collègue privé huppé de la métropole - et ses parents ont dû lui remettre son ordinateur. 

L'ado s'est alors mis à télécharger une importante quantité de matériel de propagande djihadiste. Il a entretenu des liens, via Twitter notamment, avec un dénommé El Sami, un Montréalais responsable d'une agression à Pierrefonds en 2010 et parti faire le djihad en Syrie en 2013. L'accusé a aussi échangé avec Martin Couture-Rouleau, auteur de l'attentat à Saint-Jean-sur-Richelieu. 

La veille du marathon de Montréal, la mère de l'ado a trouvé un numéro de cellulaire inscrit sur un bout de papier dans une poche de pantalon de son fils. L'enquête révélera plus tard qu'il s'agissait du numéro de Martin Couture-Rouleau. «Ça m'a inquiété. Il n'a jamais eu de numéros de téléphone (d'amis). Il n'a pas d'amis», a confié la mère aux enquêteurs. 

À l'époque, la mère n'a pas pu s'empêcher de penser aux attentats de Boston survenus l'année précédente, en 2013. «On avait peur qu'il fasse quelque chose. C'est le jour du marathon et tout», poursuivra-t-elle. Un enquêteur lui demandera de préciser sa pensée : «une attaque, je ne sais pas quoi», dira cette mère inquiète. 

Une image de l'explosion meurtrière au marathon de Boston en 2013 sera d'ailleurs trouvée dans l'ordinateur de l'ado à la suite d'une perquisition menée à son domicile.

À l'automne 2014, cela fait plusieurs mois que l'ado ne parle plus à ses parents. Il ne les respecte plus. «Il n'est plus comme avant. Il est devenu trop solitaire», a raconté la mère de famille.

Ce sera finalement quelques jours plus tard, le 11 octobre, que l'ado va voler un dépanneur à la pointe du couteau. Son «butin de guerre» pris à des «mécréants» dans un pays qui «massacre ses soeurs et ses frères», justifiera l'ado lorsqu'il sera interrogé au moment de son arrestation le 17 octobre. 

C'est son père qui a trouvé son «butin de guerre» (les termes de l'ado) le soir même et qui l'a dénoncé à la police. Cette nuit-là, le père a caché tous les couteaux de la maison dans sa voiture, de peur que son fils ne commette d'autres crimes. 

Fâché contre son père qui lui a confisqué l'argent -environ 2000$ -, l'ado va communiquer via Twitter avec Couture-Rouleau pour lui emprunter 50$ afin de se procurer un nouveau couteau et commettre un deuxième vol. L'ado lui offre même de venir le rencontrer à son école privée, non sans le mettre en garde contre les «filles en jupe». La rencontre n'aura pas lieu. C'est ce même Couture-Rouleau qui va tuer un soldat à Saint-Jean-sur-Richelieu quelques jours plus tard, le 20 octobre. 

À l'époque du vol du dépanneur, l'adolescent est toujours devant son ordinateur. Alors qu'il était auparavant un premier de classe, ses notes baissent. Il adopte le discours tiré de la propagande qu'il consomme. 

«Ces changements de comportement là sont importants. Les craintes des parents sont aussi importantes», a plaidé ce mardi la procureure de la poursuite, Me Décarie.

La Couronne fédérale poursuit sa plaidoirie cet après-midi. Ce sera en suite à la défense de plaider.

Plus de détails dans La Presse+ de demain.

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