Une détenue se suicide après avoir été transférée de prison

Le ministère de la Sécurité publique du Québec... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le ministère de la Sécurité publique du Québec confirme qu'il y a eu un décès dans la nuit du 7 au 8 avril à l'Établissement de détention Leclerc sans donner l'identité de cette personne.

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Accusée du meurtre prémédité de sa mère de 81 ans, Francine Robert s'est suicidée en prison la semaine dernière. La femme de 61 ans a commis son geste à la prison Leclerc, où elle avait été transférée en février dernier en raison de la fermeture de la prison Tanguay.

L'enquête préliminaire de Mme Robert a eu lieu au début de la semaine dernière au palais de justice de Montréal. Au terme de celle-ci, mardi, elle avait été citée à procès. Elle s'est donné la mort dans sa cellule dans la nuit de jeudi à vendredi.

Son avocate, Me Elfride Duclervil, est encore sous le choc de cette nouvelle, qu'elle a apprise vendredi dernier. Elle s'interroge sur les mesures de sécurité à Leclerc, d'autant plus que Mme Robert était à risque.

« Elle était fragile. Elle avait fait une tentative de suicide au moment des événements [en mai 2014] », a expliqué Me Duclervil.

«Une semaine avant son enquête préliminaire, elle s'était effondrée et s'était retrouvée à l'infirmerie, selon ce qu'elle m'avait dit.»

Me Elfride Duclervil
Avocate de Francine Robert

Est-ce que, dans les circonstances, Mme Robert a été suffisamment surveillée ?

Au ministère de la Sécurité publique, on confirme qu'il y a eu un décès dans la nuit du 7 au 8 avril à l'Établissement de détention Leclerc, sans donner l'identité de cette personne. Selon la loi et la procédure, le Bureau du coroner et la Sûreté du Québec ont été avisés.

Louise Quintin, porte-parole du ministère de la Sécurité publique, signale en outre que le directeur de l'établissement de détention peut demander la tenue d'une enquête administrative s'il le juge nécessaire. Dans le présent cas, une telle enquête se tiendra, a indiqué Mme Quintin.

UN DÉMÉNAGEMENT CRITIQUÉ

La fermeture de la prison Tanguay, annoncée en septembre dernier, et le déménagement des détenues vers la prison Leclerc se sont attiré un flot de critiques. La prison Leclerc est devenue mixte, même si, en principe, les hommes et les femmes ne sont pas censés se rencontrer.

Mathieu Lavoie, président du syndicat des agents des services correctionnels du Québec, estime que le déménagement s'est fait dans l'improvisation, que les effectifs ne sont pas suffisants et que ça amène différents problèmes.

Leclerc, une prison fédérale, a été fermée en 2012 parce qu'elle était vétuste, rappelle M. Lavoie. Elle a été louée et rouverte en 2014 par le gouvernement provincial, qui « voulait la rénover et donner une bouffée d'air à l'ensemble du réseau ».

Avant la fermeture de Tanguay, il y avait 260 hommes à Leclerc. Il a fallu faire de la place pour les femmes, qui sont arrivées en février dernier. Il y aurait actuellement 80 hommes et près de 300 femmes à Leclerc, selon M. Lavoie. Il admet que des secteurs de vie ont été rénovés, mais il reste beaucoup à faire, et il « n'y a pas de budget ».

Me Duclervil s'est rendue à la prison Leclerc pour voir des détenues. Elle estime que c'est actuellement mal adapté.

«Il n'y a que deux parloirs où on peut rencontrer nos clientes. C'est sale et il faut appeler la veille.»

Me Elfride Duclervil
Avocate de Francine Robert

L'avocate a aussi entendu des plaintes voulant que les détenus masculins adressaient des commentaires aux femmes dans la cour, par les fenêtres. « Pour les plus âgées, ce sont des injures », a-t-elle dit.

M. Lavoie admet qu'il arrive que des « personnes incarcérées, féminines et masculines, se voient au travers des fenêtres de la cour intérieure, et se crient mutuellement ».

Au ministère de la Sécurité publique, on signale que 220 femmes ont été transférées à Leclerc pendant le mois de février, de façon graduelle. Cet établissement a été choisi en raison de sa proximité et de son infrastructure, parce qu'il fallait répondre à l'augmentation de la population carcérale féminine. Tanguay était vétuste. Des travaux ont été réalisés et d'autres sont en cours, et une plus grande variété de programmes est envisageable. Une période de transition est nécessaire, a fait valoir Mme Quintin.

« JE VOULAIS NOUS DÉBARRASSER DE NOUS DEUX »

La Presse a assisté à l'enquête préliminaire de Mme Robert, la semaine dernière. Celle-ci était accusée d'avoir tué sa mère, Aline Kelleney, avec préméditation, le 14 mai 2014. 

Le drame, survenu dans le domicile de Mme Kelleney, dans le quartier Villeray, avait été découvert le lendemain matin, par une belle-soeur. Mme Kelleney gisait par terre, la tête sur un oreiller, et ses mains étaient placées sur elle. « Elle était installée comme dans une tombe », avait relaté un témoin. 

Sa fille unique, Francine Robert, qui habitait à Saint-Jérôme, avait pour sa part été trouvée inconsciente ailleurs dans le petit logement de sa mère. Elle avait avalé beaucoup de médicaments, mais elle a été sauvée in extremis. 

Quatre jours plus tard, alors qu'elle était toujours à l'hôpital, les enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal sont allés l'interroger. Elle avait fait des aveux. L'enregistrement a été diffusé à l'enquête préliminaire.

« Je voulais nous débarrasser de nous deux , avait-elle notamment dit.

«Je l'ai étouffée... Pas d'oreiller, pas de serviette, juste avec mes mains. Personne d'autre n'est venu, c'est complètement moi.»

Francine Robert,
dans un enregistrement

Mme Robert n'avait aucun antécédent judiciaire, et elle se demandait si elle allait se retrouver à « une place comme Unité 9 ».

Les raisons invoquées pour expliquer son geste étaient confuses. Elle trouvait sa mère contrôlante et elle aurait voulu qu'elle donne de l'argent à ses petits-fils.

L'ex-conjoint de Mme Robert, Richard Bujold, a témoigné en disant que Mme Robert vivait de très mauvais moments en mai 2014, et qu'il avait même personnellement fait des démarches pour qu'elle voie un psychiatre dans la semaine. Le drame est survenu juste avant.

UN SUICIDE EN 10 ANS À TANGUAY

Selon les statistiques obtenues par la Loi sur l'accès à l'information, un seul suicide s'est produit à la prison Tanguay, entre 2005 et 2015, et il s'est produit le 16 janvier 2015. On en déduit qu'il s'agit de Sonia Blanchette, qui était accusée des meurtres de ses trois enfants. Elle s'était volontairement laissée mourir de faim. Elle avait été transférée à l'hôpital du Sacré-Coeur en décembre, et elle y est morte le 16 janvier 2015.

- Avec la collaboration de William Leclerc

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