Une enquête de l'UPAC sur des élus à l'origine du drame

Le 13 février dernier, une voiture banalisée conduite... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le 13 février dernier, une voiture banalisée conduite par un enquêteur de la Sûreté du Québec a percuté de plein fouet le côté arrière droit de la Kia grise, là où était assis un jeune garçon. Il est décédé quelques jours plus tard à l'hôpital.

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(QUÉBEC) C'est dans le cadre de la filature par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) d'un ancien directeur du Parti libéral du Québec, Robert Parent, qu'est survenu l'accident qui a coûté la vie à un petit garçon de 5 ans le 13 février dernier sur le boulevard Gaétan-Boucher à Longueuil.

Cette tragédie aura révélé, par un incroyable concours de circonstances, l'existence d'une enquête majeure de la Sûreté du Québec (SQ). Dans cette opération, toujours en cours, «des élus provinciaux, des hommes d'affaires très influents et des hauts fonctionnaires du gouvernement», se retrouvent dans la ligne de mire de la police, révèlent des documents obtenus par La Presse.

Le 13 février, l'opération placée sous la responsabilité de l'UPAC mobilisait quatre automobiles banalisées de la Sûreté du Québec. Rapidement, après 8h du matin, les policiers étaient déjà «en rattrapage» c'est-à-dire qu'ils devaient accélérer parce qu'ils craignaient que la Mercedes 2012 grise du «sujet», leur cible, ne leur échappe à cause de la circulation.

C'est ce qu'établit un rapport de la SQ, tiré d'une liasse de documents étudiés par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), obtenus par La Presse. C'est le dossier constitué par le SPVM qui a amené le DPCP à décréter qu'aucune accusation ne viserait le jeune policier qui était au volant de la Camry noire qui a embouti la Kia grise de Mike Belance. Jointe hier, la SQ s'est refusée à tout commentaire, «et si le nom de la personne est rendu public, l'enquête risque d'être compromise», a prévenu la sergente Christine Coulombe.

Une enquête «d'envergure»

Une lecture attentive des documents a permis de découvrir que la cible de la filature était Robert Parent, ex-directeur général du Parti libéral du Québec. Son nom est partout caviardé, son adresse, rue des Orchidées à Saint-Hubert, l'était aussi, mais elle a été oubliée sur la photocopie du calepin de bord d'un des policiers qui participait à l'opération. La Presse a pu faire confirmer l'identité du «sujet» de la filature. La Presse a rencontré M. Parent à sa résidence tard hier soir. Il a reconnu avoir rencontré à trois reprises les policiers de l'UPAC. «Ils voulaient savoir comment fonctionne le parti et quels sont les processus administratifs. C'était très technique», a-t-il indiqué. M. Parent s'est dit surpris que la police le soupçonne d'avoir transmis de l'information concernant l'enquête à des suspects. «La police ne m'a pas fait de photocopies de quoi que ce soit, a-t-il ironisé. Je ne peux rien dire de l'enquête, je n'en sais rien.» Quant aux liens qu'il aurait conservés avec des personnes liées au PLQ, il explique qu'il s'agit d'amis qu'il connaît depuis plus de 20 ans. M. Parent, militant libéral de longue date, était devenu directeur du PLQ quand Jean Charest avait été élu premier ministre en 2003. Il a quitté cette fonction en 2008.

Dans le cadre du rapport d'enquête destiné au DPCP, un document produit par la SQ établit que cette filature s'inscrit dans «une enquête d'envergure reliée à de la corruption, à de l'abus de confiance et au financement occulte de partis politiques provinciaux. Cette enquête implique des élus provinciaux, de riches hommes d'affaires très influents au Québec ainsi que des hauts fonctionnaires du gouvernement».

L'opération dont le nom a été caviardé - elle est toujours en cours - a débuté en août 2013, plus de 70 témoins ont été rencontrés constate un rapport de la SQ produit le 1er mars dernier. Pour la police, il s'agissait de savoir si M. Parent allait rencontrer d'autres suspects, avec qui il aurait pu s'entendre sur une version des faits; en connaissant ces prises de contact, les enquêteurs auraient été à même de le confronter, de «casser» le témoin en interrogatoire, selon l'expression utilisée couramment par la police. Sans ces informations préalables, les interrogatoires tournent à l'eau de vaisselle quand le témoin décide de ne pas collaborer.

Cette opération autour de M. Parent était importante, il avait déjà été rencontré à quatre reprises, puisqu'il «occupait une place importante au parti politique concerné au moment des infractions». Il avait accepté de signer deux déclarations, mais tout à coup, lors d'un troisième interrogatoire en janvier 2014, il paraissait bien plus réticent. Il avait «évité plusieurs questions et disait ne pas se rappeler, ne pas comprendre. Son comportement a été décrit par les enquêteurs comme étant émotif».

Dès le lendemain de cette rencontre, la SQ a enclenché une filature de jour et de soir sur l'ex-dirigeant du PLQ. Les limiers constatent alors que leur cible «est vu allé dans plusieurs endroits de l'île de Montréal, et la Rive-Nord de Montréal». Il se rend «entre autres dans un restaurant italien de Montréal y rencontrer un fonctionnaire» qui n'est pas identifié.

Le mois suivant, en février 2014, M. Parent ne donne plus signe de vie aux enquêteurs, et même quand on le rejoint, il refuse désormais de rencontrer la police.

Une filature «nécessaire»

Après avoir vu d'autres témoins dans cette enquête, les policiers sont conscients que des liens étroits subsistent avec les suspects. «Nous savons que dans certains cas les témoins se consultent et il est raisonnable de croire que (M. Parent) de par son rôle clé au parti politique a encore des liens avec les suspects et leur fournit possiblement des informations sur l'enquête et/ou les documents montrés lors des rencontres». Le rapport conclut qu'une filature était nécessaire pour savoir quels liens la cible entretenait avec les suspects au dossier, les endroits fréquentés. Comme il n'avait aucun itinéraire déterminé, quand il quittait sa maison un peu avant 8h du matin, «une surveillance physique était nécessaire pour établir les lieux fréquentés et les personnes rencontrées».

M. Parent, perçu comme un «entremetteur» par la police a été rencontré à la suite de cette filature funeste, un interrogatoire qui n'a rien donné, semble-t-il. Un autre document explique les règles de filature, et la situation de «rattrapage». Le capitaine Serge Vandal de la SQ souligne que la filature suppose «qu'on doit faire certaines infractions au Code de la sécurité routière, mais sécuritaires». Il conclut «que lorsque trop risqué, la filature est cancellée».

Pour René Verret, de la Direction des poursuites criminelles et pénales, les parents de la petite victime seront rencontrés incessamment, probablement dès aujourd'hui, «très rapidement après nous allons publiquement exposer les faits. On pourra répondre aux questions, on est conscients de l'importance de tout cela dans l'opinion publique».

Jointe hier soir à Toronto par La Presse, la ministre de la Sécurité publique Lise Thériault a soutenu que toute cette histoire n'avait jamais été portée à sa connaissance. «Vous m'apprenez tout cela, je n'ai jamais de contact avec la direction de l'UPAC, je ne me mêle pas des enquêtes. Je ne demande pas sur quoi elles portent ni sur qui. C'est le genre de chose que je ne veux pas savoir», insiste-t-elle.

- Avec la collaboration de Serge Laplante et de Kathleen Lévesque

Extrait du document de la SQ

«Le projet *** est une enquête d'envergure reliée à de la corruption, de l'abus de confiance et au financement occulte de partis politiques provinciaux. Cette enquête implique des élus provinciaux, des riches hommes d'affaires très influents au Québec ainsi que des hauts fonctionnaires du gouvernement.»

«Durant ces surveillances, *** est vu aller dans plusieurs endroits sur I'île de Montréal et la Rive-Nord de Montréal. *** se rend entre autres dans un restaurant italien de Montréal y rencontrer un fonctionnaire.»

«Des rencontres avec différents témoins au dossier nous ont démontré des liens étroits entre les suspects et les témoins. Nous savons que certains de ces témoins se consultent et il est raisonnable de croire que ***, de par son rôle clé au parti politique, a encore des liens avec les suspects et leur fournit possiblement des informations sur l'enquête et/ou les documents montrés lors des rencontres.»

«L'enquête a débuté en août 2013. Plus de 70 témoins ont été rencontrés à ce jour. L'enquête est toujours en cours.»

«Pour ce qui est de ***, à ce jour, il a été rencontré à quatre reprises. *** occupe une place importante dans l'enquête, ayant occupé une position importante au parti politique concerné au moment des infractions.»

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