Désespéré sur le pont Jacques-Cartier, Michel Barrette s'est revu, 30 ans plus tôt

«Deux jeunes filles en vélo, qui pointaient en... (Photo tirée de Twitter)

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«Deux jeunes filles en vélo, qui pointaient en l'air avec leurs bras ont attiré mon attention. Puis j'ai vu le jeune homme assis au sommet des barrières antisuicide. J'ai arrêté ma voiture sur les quatre clignotants et je suis allé le voir», dit Michel Barrette.

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Quand il a aperçu un jeune homme assis au sommet des barrières antisuicide du pont Jacques-Cartier, ce jeudi matin, Michel Barrette s'est revu, il y a 30 ans, dans la même posture sur un autre pont. Et comme lui même a été empêché de le faire, il a tout fait pour raisonner l'inconnu désespéré qui menaçait de se lancer dans le vide.

Il était environ 7 h 30. L'animateur et humoriste rentrait à Montréal pour y enregistrer les émissions de vendredi et lundi de Pour le plaisir, à Radio-Canada.

«Deux jeunes filles en vélo, qui pointaient en l'air avec leurs bras ont attiré mon attention. Puis j'ai vu le jeune homme assis au sommet des barrières antisuicide. J'ai arrêté ma voiture sur les quatre clignotants et je suis allé le voir», raconte-t-il.

«Je lui ai crié: garçon! Puis, il s'est tourné. Je lui ai demandé: "est-ce que tu me reconnais?" Il a dit: "oui". Je lui ai dit: "il y a 30 ans, j'étais assis à la même place que toi, sur un pont de ma région. Je voulais sauter. Je suis encore là à 56 ans, et tu vas être encore là à 56 ans"», récite M. Barrette.

Selon lui, le jeune semblait décidé à sauter, il ne semblait pas vouloir attirer simplement l'attention. Parfois, il se soulevait sur ses mains et regardait le vide, comme s'il voulait sauter. Puis, il a dit à Barrette de dire à son père, sa mère, sa blonde, qu'il les aime.

«Tu vas leur dire ça toi même», a répondu l'artiste.

«C'est là que le premier policier est arrivé. Au début, je n'ai pas compris pourquoi il n'a pas pris ma place. Mais après coup, je constate qu'il a vu le lien qui s'établissait entre lui et moi, et au lieu couper le lien, il s'est mis derrière mon épaule gauche et il a tranquillement pris le relais. Pendant une heure le policier lui a parlé sans arrêt. On lui a posé des questions. II lui a demandé son nom. Ce qui l'avait mis dans cet état. Parfois, il répondait, parfois pas.

Il qualifie le policier qui est intervenu de sensible et posé. Mais pendant toute l'intervention, il sentait le désespéré prêt à sauter.

«Pendant une heure, je n'ai vu aucun espoir de le ramener. Il disait: "j'espère que je ne vais pas me manquer. Si je me manque, achevez-moi"», rapporte encore Michel Barrette.

Pendant tout ce temps, il imaginait une solution, une façon de pouvoir le retenir, à travers les barreaux de la barrière, s'il se laissait glisser.

«Il a commencé à s'en vouloir à cause du trafic qu'il causait sur le pont. Ça a été le déclic. Un moment donné, le policier lui a dit on pourrait aller, toi, moi et Michel jaser de tout ça. Il s'est tourné vers nous. La porte était ouverte. Il s'est retourné et a rampé jusqu'à nous, il nous a sautés dans les bras.»

Il a été conduit à l'hôpital. Michel Barrette l'y a suivi jusqu'à l'arrivée de ses proches, qu'il a lui-même appelés.

Il souhaite absolument se retrouver plus tard avec l'homme dans la trentaine et le policier pour cette conversation promise.

Il refuse de se voir comme un héros.

«Tu aurais fait la même chose. J'étais simplement au bon endroit au bon moment», dit-il.

«J'ai tenté de faire ce que mon père a fait pour moi, il y a 30 ans. Dans mon cas, c'était une rupture amoureuse. Je voulais arrêter de souffrir. Je suis allé sur le pont. Mon père m'a rattrapé et m'a sauté dessus pour m'en empêcher. Je ne pouvais pas faire ça à cause de l'armature du pont. J'en avais fait un monologue sur scène. Je ne suis pas devenu un spécialiste du suicide, mais je me dis aujourd'hui que si un ange gardien avait pu m'arrêter à 10 pieds du bord du pont pour me dire voici la vie que tu n'auras pas si tu sautes, il m'aurait montré mes enfants, ma femme, ma job que j'adore, et je n'aurais pas eu envie de sauter. C'est un peu ce que j'ai essayé de faire ce matin.»

Une des choses qui l'ont le plus choqué ce matin, c'est la méchanceté de certains automobilistes.

«Il y a deux gars qui ont baissé leur vitre pour crier saute tabarnack! Ça m'a fait voir le pire de l'humanité. Ça m'a fait presque aussi mal que l'événement en soi. Tout ça pour un retard au travail. (...) Il faut comprendre ces gens-là, pas les provoquer», déplore-t-il.

Il a finalement annulé ses deux tournages du jour.

«Je ne me sentais pas à l'aise d'aller faire des niaiseries à la télé après ça.»

Il espère que cet épisode permette de ramener le suicide à l'avant-scène de l'actualité.

«Il faut reparler du phénomène. On a un des taux de suicide les plus élevés au monde. Il y en a trois par jour au Québec. Faut en parler et arrêter de le banaliser», conclut-il.

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