Carrière Maskimo: les recherches se poursuivront jour et nuit

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(L'Épiphanie) Les autorités ont annoncé que les recherches se poursuivraient jour et nuit afin de retrouver les deux travailleurs qui ont été emportés par un glissement de terrain dans la carrière Maskimo à L'Épiphanie.

«C'est jour et nuit jusqu'à tant qu'on les retrouve, à moins que nous devions arrêter pour cause d'instabilité du sol ou pour la sécurité des secouristes», a indiqué Bruno Marier, porte-parole du Service d'incendies de Repentigny.

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Après une quarantaine d'heures de recherches sans succès, les sauveteurs gardaient tout de même espoir de retrouver vivants Daniel Brisebois et Marie-Claude Laporte, les deux camionneurs enfouis sous terre.

Une soixantaine de personnes, un maître-chien, de la machinerie lourde et d'immenses projecteurs de lumières ont été descendus tour à tour dans la carrière. Les travailleurs ont d'ailleurs été équipés d'appareils radars advenant un autre glissement de terrain. «Étant donné que c'est un endroit qui est extrêmement complexe, chaque personne qui descend est munie d'un appareil avertisseur en cas d'avalanches», a expliqué Benoit Richard, porte-parole de la Sûreté du Québec.

Le ministre de la Sécurité publique s'est d'ailleurs rendu sur place pour soutenir les familles des victimes.

«Il y a des gens qui travaillent fort depuis déjà un certain nombre d'heures. Je suis ici pour rencontrer les familles qui vivent des moments d'angoisse absolument terribles», a déclaré Stéphane Bergeron, lors d'un point de presse.

Le ministre a affirmé qu'il fallait concentrer les efforts sur les recherches. Les réponses sur ce qui a provoqué l'affaissement viendront plus tard, au moment où la Commission de la sécurité et de la santé du travail (CSST) amorcera son enquête. «Ce qui est urgent, c'est de retrouver les disparus», a dit M. Bergeron.

Opération délicate

Cet après-midi, une immense grue de la compagnie Guay a descendu de la machinerie dans la carrière Maskimo.

Grâce à cet engin capable de soulever une charge de 250 tonnes, on a d'abord déposé au fond de la carrière deux hommes dans une nacelle et deux petites pelles mécaniques.

L'opération était extrêmement délicate. La grue a été installée le long du rang de L'Achigan Sud, au nord de la carrière, du côté opposé à la paroi qui s'est effondrée. De là, la grue a soulevé la machinerie et l'a déposée plusieurs dizaines de mètres plus bas. L'immense bras de la grue a dû passer par-dessus une ligne électrique pour y arriver. Par mesure préventive, l'électricité a été coupée dans le secteur et plusieurs équipes d'Hydro-Québec surveillent les travaux.

À flanc de falaise, les pelles mécaniques ont un chemin de plusieurs centaines de mètres à parcourir et à déblayer, parce que la coulée de boue de mardi l'a en partie recouvert de quelques dizaines de centimètres d'argile.

Plus tôt ce matin, des maîtres-chiens et autres secouristes ont ratissé la partie de l'éboulis qui se situe au haut de la carrière, tout près de l'endroit où le sol a cédé avant de dévaler la paroi rocheuse. Un chien pisteur a fortement réagi à un endroit précis de la coulée, mais des vérifications plus poussées n'ont rien permis de découvrir.

Il semble que les deux camions et la pelle mécanique qui ont été emportés se trouvaient entre le bord de la falaise et un immense monticule de gravier et d'argile. Ils s'affairaient depuis un certain temps au décapage du sol en bordure du gouffre, une opération qui consiste à retirer la terre pour mettre le roc à nu avant de  le dynamiter pour agrandir la carrière.

«On ne sait pas pourquoi, mais le sol s'est affaissé et le tas est parti vers la carrière. Ça a emporté les trois machines. Le tas était pourtant loin du bord. Ça avait été inspecté par six ingénieurs, c'était fait dans les règles de l'art. On ne comprend pas. Je connaissais Daniel (Brisebois, un des disparus) depuis 15 ans. On est tous sous le choc, ici. C'est l'enquête de la CSST qui nous dira ce qui s'est passé», a dit un employé d'Excavations Georges Allard, pour qui travaillait Daniel Brisebois. La firme agissait régulièrement à titre de sous-traitant à la carrière.

L'opérateur de la pelle mécanique, Benoit Robert, a par miracle pu s'extirper de sa cabine. Il a été secouru plus d'une heure plus tard par un homme descendu à l'aide d'un treuil de l'hélicoptère de la Sûreté du Québec. Il a ensuite été transporté à l'hôpital Pierre-Le Gardeur pour traiter des blessures mineures.

Mardi, les secouristes ont réussi à atteindre la cabine du camion de M. Brisebois, mais elle était vide. Il aurait donc été éjecté au cours de sa descente infernale de près de 100 m.

Le camion de Mme Laporte est complètement enseveli; on ne sait même pas où il se trouve.

«Si je pense avec ma tête, non, elle ne peut pas être encore en vie. Avec le climat qu'il y a eu, et on voit les images, qui sont terrifiantes... L'espoir dans mon coeur me dit, comme c'est une fille qui est forte, qu'il y a des chances», a déclaré à La Presse une bonne amie de Mme Laporte, France Poirier.

«C'est une fille extrêmement forte qui respire la joie de vivre. Elle venait de commencer son métier de camionneur, ça faisait à peine un an. Elle disait que c'était super le fun; un milieu de gars, elle aimait ça», poursuit Mme Poirier.

Quant au survivant du drame, Benoit Robert, il a tenu un point de presse vers midi à l'hôpital Pierre-Le Gardeur. En gros, il a répété ce qu'il avait dit hier soir en primeur à La Presse. Il voulait surtout donner sa version des faits aux médias pour ensuite vivre sa peine en privé.

«Je vais bien, je n'ai rien de cassé. Ce que je vis n'est rien à côté de ce qui est arrivé aux deux autres personnes. Je suis de tout coeur avec les familles de ces gens-là», a-t-il déclaré, visiblement secoué par sa mésaventure.

Il a raconté que, au moment du drame, il chargeait deux camions sur un tas de terre au sommet de la paroi de la carrière quand soudain le sol s'est mis à bouger. «On glisse, on va mourir», lui a lancé Marie-Claude Laporte.

«J'ai voulu sauter, mais il y avait comme une avalanche de terre devant moi, je me suis dit que je mourrais si je faisais ça», a-t-il raconté. Au cours de la chute de plus de 50 m, il a eu suffisamment de sang-froid pour manoeuvrer sa pelle mécanique de façon à demeurer sur la coulée d'argile plutôt que d'être englouti par celle-ci.

Il a pu en sortir. Il a appelé les deux autres victimes, sans obtenir de réponse. Il a plus tard été secouru par l'hélicoptère de la Sûreté du Québec.

- Avec la collaboration de Karine Bastien

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