Meurtre de l'associé de Desjardins: pas d'accusations aujourd'hui

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Les enquêteurs de la police de Montréal n'ont toujours pas interrogé les deux hommes arrêtés mardi soir à la suite du meurtre de Gaétan Gosselin, ex-beau-frère et associé du puissant mafieux Raynald Desjardins, et ne porteront vraisemblablement pas d'accusations contre eux aujourd'hui.

Les hommes, âgés de 29 et 34 ans, ont été arrêtés peu après 21h rue Brunet, à Montréal-Nord, moins de trois heures après le crime. Ils auraient vainement tenté de fuir les lieux. La police refuse de dire d'où proviennent les renseignements qui ont mené les enquêteurs si rapidement sur leur piste. Elle refuse également de confirmer le rôle exact que le tandem a pu jouer dans ce meurtre, apparemment une énième attaque contre le clan Desjardins.

«Ils ne seront interrogés que plus tard, en fin de journée. Les enquêteurs ont énormément de travail, sur la scène du crime et dans la rue Brunet, où il y a une perquisition à mener», a dit l'agent Daniel Lacoursière, porte-parole du SPVM.

Si les hommes comparaissent devant un juge, ce devrait être jeudi.

Ce type d'assassinat dans le crime organisé est généralement minutieusement préparé. Aussi, les arrestations à la suite de ces règlements de compte autorisés en haut lieu sont rares et, surtout, elle surviennent rarement aussi tôt après le crime.

Les enquêteurs espèrent que ce coup de chance leur permettra de faire progresser d'autres enquêtes sur des meurtres non résolus dans le milieu de la mafia. Selon nos sources, ces arrestations devraient donner des sueurs froides à plusieurs acteurs de la lutte de pouvoir qui décime les troupes mafieuses depuis quelques années à Montréal.

Gaétan Gosselin, 69 ans, a été abattu devant chez lui, rue Jean-Tavernier, près de la rue Pierre-Gaulin, mardi soir vers 18h15, alors qu'il rentrait de l'épicerie. Il a reçu plusieurs projectiles d'arme à feu (six, selon nos sources) au haut du corps et à la tête. Alertées par les détonations, sa femme et une voisine infirmière ont tenté de le réanimer, en vain.

L'homme a été transporté à l'Hôpital Santa-Cabrini, où on a constaté sa mort.

Quelques heures plus tard, les policiers de Montréal se sont rendus rue Brunet, à Montréal-Nord, où ils ont arrêté deux hommes après avoir établi un important périmètre de sécurité.

Gaétan Gosselin était peu connu et n'avait pas de casier judiciaire. Il a cependant déjà fréquenté une soeur de Raynald Desjardins.

Le duplex où il habitait a déjà apparenu à Desjardins et est maintenant propriété de la fille de ce dernier, Vanessa.

Le nom de Gosselin a été mentionné l'automne dernier devant la commission Charbonneau parmi les relations d'affaires de Domenico Arcuri. Autrefois proche de Vito Rizzuto, Arcuri serait maintenant à couteaux tirés avec la famille depuis le début de la sanglante lutte de pouvoir qui anime le milieu criminel italien depuis l'arrestation et l'incarcération du parrain aux États-Unis.

Devant la Commission, Arcuri a été présenté notamment comme président de la société de décontamination Carboneutre, firme dans laquelle Raynald Desjardins a été impliqué.

Gosselin était l'un des actionnaires de Carboneutre, à titre de président de la Fiducie familiale Buzio - principale actionnaire d'une société à numéro (9183-5371 Québec), elle-même première actionnaire de la Société internationale Carboneutre.

Originaire de l'extérieur de Montréal, Gosselin, qui était opérateur de machinerie lourde, est arrivé dans la métropole au début des années 70. Il a commencé à fréquenter la soeur de Raynald Desjardins, et ce dernier l'a impliqué peu à peu dans ses activités criminelles.

Dès le milieu des années 80, le nom de Gosselin figurait déjà prés de celui de Desjardins dans les organigrammes de la police. Il était alors considéré comme le courrier de Desjardins. Par la suite, Gosselin aurait été impliqué dans la collecte et le prêt d'argent, notamment au casino, nous a confié une source digne de foi.

Depuis 30 ans, il était le bras-droit et l'homme de confiance de Raynald Desjardins et s'occupait beaucoup de sa famille. Selon nos sources, il s'occupait également d'une partie des affaires de son patron depuis son arrestation, en décembre 2011, pour le meurtre de l'aspirant parrain Salvatore Montagna.

Raynald Desjardins lors de sa sortie du palais... (Photo: François Roy, archives La Presse) - image 2.0

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Raynald Desjardins lors de sa sortie du palais de justice de Joliette, en décembre dernier.

Photo: François Roy, archives La Presse

Nettoyage en règle

Ce meurtre est visiblement une attaque directe contre l'organisation de Raynald Desjardins - d'autant plus qu'elle a été commise en plein coeur de son fief familial. Selon nos sources, elle envoie également un message clair en annonçant un nettoyage en règle et une vengeance impitoyable, dans le contexte où certains individus ont été avisés récemment par la police ou par leur avocat que leur vie était en danger.

Les membres de l'organisation de Desjardins et de celle d'un de ses alliés, Giuseppe De Vito, seraient essentiellement visés par cette vague d'attaques. Elle aurait débuté de façon spectaculaire au début du mois de novembre, lorsqu'un autre beau-frère de Raynald Desjardins, Joe Di Maulo, a été tué à Blainville. Elle s'est accélérée par la suite avec une série de meurtres et de tentatives de meurtre commis dans le secteur Ahuntsic-Cartierville et dans un café du quartier Rivière-des-Prairies.

Selon nos sources, une reprise de contrôle de la mafia par les Siciliens, décimés à la suite d'un putsch raté en 2009-2010, se profile derrière cette série de meurtres et de tentatives de meurtre. Rappelons que le parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto, qui est sorti de prison en octobre dernier, est actuellement en République dominicaine.

- Avec Émilie Bilodeau

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