Vols de bijouteries: portrait d'un récidiviste, de son mentor et de leurs émules

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Edward Kotapski et Dimitrios Batzakis

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Daniel Renaud
La Presse

Un voleur de bijouteries récidiviste, qui avait appris le métier d'un mentor et qui avait lui-même commencé à former une nouvelle génération de voleurs, a été condamné à une lourde peine de 15 ans de pénitencier, jeudi. Dimitrios Batzakis, 48 ans, avait été arrêté en 2014, après avoir joué durant des années au chat et à la souris avec les autorités. Un récit de Daniel Renaud.

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Après son arrestation en 2014, Dimitrios Batzakis a notamment été accusé du vol qualifié commis dans la bijouterie Birks du Centre Rockland en 2004 (photo).

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UN INSAISISSABLE

« Les policiers ne m'attraperont jamais. Je travaille trois minutes à chaque deux ans », aurait déclaré Batzakis à un jeune voleur à qui il aurait montré le « métier » en 2014. Batzakis l'ignorait, mais il était à ce moment-là dans la mire des enquêteurs des Crimes majeurs de la police de Laval et de leurs collègues d'autres corps de police. Il aurait été en train de planifier un nouveau coup d'éclat avec un complice lorsque les policiers l'ont cueilli dans sa BMW le 19 novembre 2014, après une enquête de sept mois baptisée Ricochet.

L'ÉLÈVE ET LE MAÎTRE

C'est durant les années 90 que Batzakis a attiré l'attention des policiers pour la première fois. Il avait 25 ans lorsqu'il a été arrêté pour un vol spectaculaire de 3,2 millions commis le 16 décembre 1993 dans une bijouterie Birks du centre-ville de Toronto. Batzikis, qui a été appréhendé après une chasse à l'homme et une prise d'otage, n'était pas seul au moment du crime. Il était accompagné d'un certain Edward Kotapski, son mentor. À l'époque, les journaux racontaient que les deux hommes étaient soupçonnés du meurtre d'un gardien de la compagnie Sécur survenu lors d'un vol de camion blindé qui a mal tourné au Centre Rockland à Montréal en mars 1993. Ils n'ont toutefois jamais été accusés de ce crime.

UNE LOURDE PEINE

Pour son implication dans le vol, la chasse à l'homme et la prise d'otage de Toronto, Batzakis a été condamné à 16 ans et quatre mois de pénitencier en 1994. Il a obtenu sa libération conditionnelle totale en 2001. La police n'exclut pas qu'il ait commis des crimes alors qu'il devait respecter des conditions. Sa peine a pris fin en 2011, un an avant le vol du Carrefour Laval pour lequel il a été arrêté et condamné. Entre 1986 et 1996, il a purgé une demi-douzaine de peines pour des affaires de vol, introduction avec effraction, possession et utilisation d'une arme, déguisement, méfait, etc.

90 SECONDES

Fort des enseignements de son mentor Kotapski, Batzakis frappait fort et vite lorsqu'il entrait dans un commerce. Il était un spécialiste des bijouteries Birks, en raison de la qualité supérieure des bijoux qu'on y trouve. Accompagné d'un complice, il entrait cagoulé ou déguisé dans le commerce, avec une arme dans la main et un sac dans l'autre. Sous la menace, il obligeait les employés à lui remettre les clés des comptoirs et à verser leur contenu dans son sac, avant de repartir aussi vite qu'il était venu. Des butins valant 300, 400 ou 600 milliers de dollars pour une minute et demie d'adrénaline.

RÉGLÉ COMME UNE HORLOGE

La police ne sait pas exactement combien de vols Batzakis, son mentor Kotapski et leurs émules ont pu commettre. Elle évalue que le groupe, qu'elle compare à celui de Marcel Talon (célèbre criminel qui se spécialisait dans les explosifs et les vols de banques et de camions blindés) , aurait commis environ un vol tous les deux ans, et qu'il vivait de ses butins, tout en préparant le prochain coup avec minutie. Repérage des caméras, horaire des employés, trajet de fuite, moments de l'année durant lesquels les plus beaux bijoux sont exposés dans les présentoirs, les voleurs ne laissaient rien au hasard. Mais un jour, Batzakis a commis une erreur : son complice n'était pas masqué. A-t-il commencé à baisser la garde ? L'élève, qui avait dépassé le maître, est-il sur le point de se faire surclasser lui aussi ?

LE DÉBUT DE LA FIN

Le 18 juillet 2012, un homme armé portant lunettes et chapeau de paille entre dans la bijouterie Birks du Carrefour Laval, sort une arme, vide les présentoirs et s'évanouit dans la nature. Les enquêteurs de la police de Laval amorcent une enquête et identifient Batzakis comme un suspect potentiel, mais les pistes les mènent dans des impasses. Durant deux ans, l'enquête stagne. En avril 2014, un vol similaire est commis dans la région de Montréal. Les policiers sont certains que c'est Batzakis et se lancent sur ses traces. C'est l'enquête Ricochet qui débute. Les semaines passent et les limiers se rendent compte que Batzakis n'a rien à voir avec le vol du mois d'avril. Qu'à cela ne tienne : le suspect prépare un mauvais coup. Les policiers en sont les témoins privilégiés et l'arrêtent.

LE MENTOR TOUJOURS ACTIF

Même à 82 ans, son mentor, Edward Kotapski, est toujours dans le décor. Les policiers l'observent durant l'enquête Ricochet. Ils voient même le vieux routier exécuter des manoeuvres de contre-filature pour échapper à leur surveillance, en vain. Le même jour que Batzakis, Kotapski est arrêté et les policiers trouvent chez lui deux armes de poing qu'ils croient être celles de Batzakis, l'une de calibre 38, l'autre de calibre 25. Kotapski sera accusé de possession d'arme et condamné à cinq ans de pénitencier. Un chef de complot est abandonné, faute de preuves.

ENVOYÉ À L'OMBRE

Batzakis a été accusé de cinq chefs : quatre de vol qualifié dans les bijouteries Birks des Promenades Saint-Bruno, du Centre Rockland et du Carrefour Laval commis en 2002, 2004 et 2012, et un de possession d'arme. Après de multiples requêtes, il est décidé qu'il subira cinq procès séparés, chacun devant jury. Il est acquitté du vol de Saint-Bruno dans le premier. Mais avant que ne débute le second, il plaide coupable aux chefs de possession d'armes et du vol à la bijouterie Birks du Carrefour Laval. Les autres accusations sont abandonnées. Le juge James L. Brunton de la Cour supérieure le condamne à 15 ans de pénitencier.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.




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