Des arnaques qui font des ravages

Cyrille Ngogang, arrêté en janvier pour une fraude au... (PHOTO MARTIN LEBLANC, LA PRESSE)

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Cyrille Ngogang, arrêté en janvier pour une fraude au «black money» sur la Côte-Nord, a été de nouveau arrêté mardi à Montréal.

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Si on dit souvent que la crédulité humaine est sans limites, l'imagination des fraudeurs semble parfois elle aussi infinie. Alors que les policiers arrêtaient un maître de la fraude au « black money » cette semaine, des experts de la Sûreté du Québec ont ouvert leurs portes à La Presse pour lever le voile sur les quatre arnaques les plus chaudes de l'heure, celles qui font le plus de victimes cette année, du petit contribuable au grand dirigeant d'entreprise.

La fraude du président

Le nombre de victimes est impressionnant, les pertes immenses: 64 cas répertoriés en deux ans, pour 23 millions de pertes. Pourtant, on entend peu parler d'exemples réels de «fraude du président». D'abord, parce que les victimes, des entreprises, rechignent à rendre publiques leurs pertes. Ensuite, parce que les fraudeurs opèrent presque toujours de l'étranger, où ils sont difficiles à atteindre.

Le stratagème est particulièrement effronté. Un fraudeur accumule des informations sur une entreprise. Il détermine, par exemple, qu'un cadre est parti en voyage d'affaires. Puis, il appelle un employé de l'entreprise au bureau, ou lui envoie un courriel. Peut-être est-ce quelqu'un qui n'est pas habitué à parler au patron. Peut-être que la ligne est simplement mauvaise lors de l'appel. Toujours est-il que l'employé croit parler à un patron de sa boîte.

«Le fraudeur va dire que le voyage d'affaires marche bien, que la compagnie est sur un gros coup, par exemple, et qu'on a besoin urgent d'un transfert d'argent pour conclure l'affaire. Une autre personne va appeler en se faisant passer pour un avocat qui arrange la transaction. Ça fonctionne dans plusieurs cas, et c'est dévastateur. Ça peut mettre une business à terre», explique le capitaine Gaulin.

Onze dossiers de fraude du président font actuellement l'objet d'une enquête à la SQ. Ils concernent des grandes entreprises comme des PME. La plus grosse somme dérobée dépassait les 6 millions.

Le «black money»

L'expression dit «black money», mais l'argent utilisé peut aussi bien être teint en blanc ou en vert, comme c'était le cas lors de l'arrestation d'un récidiviste à Montréal mardi, Cyrille Ngogang. Des victimes québécoises y perdent gros: un particulier a déjà avoué à la SQ s'être fait flouer de 200 000 $.

Il existe plusieurs variantes, mais le scénario repose toujours sur de soi-disant billets de banque qui auraient été souillés avec une substance colorante. Les fraudeurs demandent à leur victime une contribution pour nettoyer le magot : il peut s'agir d'argent pour acheter des produits nettoyants spéciaux ou de billets propres qui seront utilisés avec un composé chimique pour laver les billets sales.

Des victimes sont recrutées de toutes sortes de façons. Récemment, plusieurs d'entre elles avaient placé des annonces pour vendre un bien de valeur sur des sites de petites annonces. L'acheteur qui les a contactées leur a ensuite expliqué que son argent était souillé et qu'il fallait le nettoyer.

«À première vue, c'est facile de juger les gens qui se font prendre, mais il faut garder en tête que le scénario peut s'étirer sur des mois», souligne Alain Gaulin. Lorsque la police est appelée, il est souvent trop tard et l'argent investi par la victime a disparu.

Encore une fois, les victimes rechignent parfois à porter plainte, soit parce qu'elles pensent avoir participé à un crime, soit parce qu'elles croient en savoir plus que les policiers, qui ignorent que les billets de banque pourront vraiment être nettoyés en utilisant la bonne technique.

Le faux courriel du fisc

Alors que de nombreux Québécois s'apprêtent à rédiger leur déclaration de revenus, une véritable épidémie de faux courriels de l'Agence du revenu du Canada sévit au Québec, selon la SQ.

Le courriel copie une vraie missive du fisc. Les fraudeurs l'utilisent pour demander des informations fiscales personnelles d'un citoyen. Certains mordent à l'hameçon.

«Ce qu'ils veulent, c'est le profil de la personne, ses données personnelles. Ils peuvent faire beaucoup avec ça», explique le capitaine Gaulin.

Ce dernier rappelle qu'il faut être vigilant avec les courriels. «Aucune banque, aucun organisme officiel ne va vous demander vos informations personnelles par courriel. Dans le doute, rappelez-les, mais en n'utilisant pas les informations contenues dans le courriel. Allez par vous-même sur le site de l'organisme afin de vérifier», dit-il.

La fraude des grands-parents

C'est un scénario qui n'est pas nouveau, mais demeure redoutable. La SQ affirme que des criminels se mettent ensemble pour créer de véritables centres d'appels où des téléphonistes tentent le coup à répétition toute la journée. «C'en est un qui demeure très populaire», constate le capitaine Gaulin.

Les arnaqueurs téléphonent à des personnes âgées en espérant tomber sur des grands-parents. Ils prétendent être un de leurs petits-enfants qui se trouve en difficulté: emprisonné à l'étranger, coincé loin de chez lui sans argent, hospitalisé. Il explique ne pas vouloir en parler à ses parents et demande au grand-parent un peu d'argent pour se sortir du pétrin.

Même s'ils ne connaissent pas le nom du petit-fils ou de la petite-fille dont ils usurpent l'identité, le dialogue tourne souvent de la façon suivante: 

«Grand-maman, est-ce que tu me reconnais?

- Jonathan?

- Oui, c'est moi.»

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