Prostitution et danseuses mineures: fin des spectacles érotiques au Sexe d'Or

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L'imposition par la Régie des alcools de la fin des spectacles érotiques au Sexe d'Or est tombée après une série d'avertissements servis à l'établissement situé sur le boulevard Décarie, à Montréal.

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Alors que les fugues de jeunes filles tombées sous l'influence de proxénètes font la manchette depuis des semaines, la Régie des alcools impose la fin des spectacles érotiques dans un bar établi depuis 37 ans sur le boulevard Décarie et où la police dit avoir découvert un problème de prostitution et des danseuses mineures.

La décision de la Régie est tombée après une série d'avertissements servis au bar Sexe d'Or, ouvert en 1979.

Le commerce avait déjà vu son permis suspendu pour six jours en 2003, parce que la police y avait découvert une danseuse mineure dont il était « facile » de soupçonner l'âge en raison de son apparence juvénile.

En 2006, la police était intervenue de nouveau sur la base d'informations concernant une autre danseuse mineure. Aucune mesure punitive n'avait été entreprise, car les employés avaient tous juré que la jeune fille avait seulement commencé à travailler le jour de son 18e anniversaire.

Du jamais vu

Quatre ans plus tard, en janvier 2010, le policier Hugo Dumas, du groupe de choc Éclipse du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a ouvert un rideau pendant une visite du bar et découvert un client qui faisait des « attouchements au niveau de la vulve d'une danseuse qui ne porte pas de petite culotte ».

« L'agent Dumas mentionne n'avoir jamais vu d'actes aussi flagrants en 9 ans de carrière », peut-on lire dans la décision de la Régie des alcools.

Le gérant du Sexe d'Or avait été arrêté ce soir-là pour entrave au travail des policiers.

« Depuis cet événement, le SPVM sait que des actes de prostitution ont lieu dans cet établissement et que le gérant refuse de collaborer », précisent les régisseurs dans leur décision. Des enquêteurs disaient aussi avoir des raisons de croire que plusieurs danseuses étaient sous l'emprise d'un proxénète bien connu, William Toussain.

Lors d'une nouvelle visite en 2014, des agents ont aperçu deux silhouettes qui s'agitaient sur la banquette arrière d'un taxi aux fenêtres embuées. À l'intérieur, ils ont trouvé le chauffeur du véhicule avec une adolescente de 17 ans qui avait sur elle sa carte d'élève du cégep Dawson.

« Elle a dit aux policiers qu'une fausse carte d'identité lui a été fournie par son proxénète pour danser nue au Sexe d'Or, ce qu'elle faisait depuis un mois, six soirs par semaine », relatent les régisseurs. La procureure du contentieux de la Régie a d'ailleurs déclaré que « la seule conclusion logique » était que la jeune fille était en train de se prostituer dans la voiture, avec l'homme qui a reconnu l'avoir connue comme danseuse peu avant.

Proxénète arrêté

À la même époque, des agents du SPVM ont arrêté au Sexe d'Or un homme suspecté de proxénétisme et de traite de personne, Serge Murendi (l'homme a été accusé, mais est toujours dans l'attente de son procès).

Un agent source de la police s'est aussi rendu sur place incognito. Il a dû sonner pour se faire déverrouiller la porte. À l'intérieur, une danseuse a caressé son sexe dans un isoloir et lui a donné son numéro de téléphone en lui proposant un rendez-vous lorsqu'il a demandé une fellation.

Sans évoquer directement le cas du Sexe d'Or, le lieutenant-détective Dominic Monchamp, un expert du SPVM en matière d'exploitation sexuelle, est aussi venu livrer un témoignage détaillé sur le modus operandi général des proxénètes qui poussent les danseuses à se livrer à toutes sortes d'actes sexuels payants avec les clients.

Les régisseurs Yolaine Savignac et Jean Lepage ont accordé beaucoup de poids à ses explications. « Le témoignage de l'expert Dominic Monchamp a bien circonscrit et détaillé le contexte dans lequel évoluent les danseuses qui offrent leurs services dans des établissements autorisant danses et spectacles avec nudité. Au Sexe d'Or ne fait pas exception au mode d'exploitation de cette économie souvent liée au proxénétisme et à la prostitution », écrivent-ils dans leur décision.

Distributrice de condoms retirée

Le propriétaire et le gérant du bar ont répliqué qu'ils avaient établi des règles claires dans leur bar contre la prostitution, en plus d'avoir retiré une machine distributrice de condoms et de jouets sexuels qui semblait déranger les autorités. Ils ont ajouté que si la porte était verrouillée, c'était pour tenir à l'écart les gangs de rue, les mineurs ou les individus violents, pas les policiers.

Ils n'ont pas réussi à convaincre les régisseurs, selon qui les dirigeants de l'endroit n'ont pas établi leur capacité de gérer un bar de danseuses avec « compétence et intégrité ».

L'organisme impose donc une suspension de permis d'alcool de 15 jours à l'établissement, suivie d'une interdiction permanente de présenter des spectacles de danse avec nudité.

100 $
Somme moyenne gagnée en une soirée par les danseuses au Sexe d'Or, selon l'estimation du propriétaire. Cela correspond aux pourboires laissés par les clients, moins une cote versée à l'agence de placement de danseuses, au disc-jockey et au gérant du bar.
80 %
Pourcentage des danseuses nues québécoises qui sont exploitées, à un moment ou à un autre de leur vie, par un proxénète, selon le témoignage du lieutenant-détective Dominic Monchamp devant la Régie des alcools.

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