Procès Bain: la Couronne et la défense sont aux antipodes

Le jury au procès de Richard Henry Bain... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le jury au procès de Richard Henry Bain a déclaré l'auteur de l'attentat du Métropolis coupable du meurtre non prémédité du technicien Denis Blanchette. L'homme de 65 ans a aussi été déclaré coupable de trois tentatives de meurtre.

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La Couronne et la défense sont aux antipodes dans leurs recommandations sur la peine à imposer à Richard Henry Bain, pour l'attentat mortel qu'il a commis au Metropolis, le soir du 4 septembre 2012.

Me Dennis Galiatsatos, qui considère que M. Bain a agi en tueur de masse en se présentant armé jusqu'aux dents à l'endroit où le parti Québécois célébrait sa victoire électorale, propose de fixer la période de détention obligatoire à 25 ans, soit le maximum possible. «C'est le pire crime», a-t-il dit. 

Me Alan Guttman, de la défense, vise plutôt le minimum possible, soit dix ans.  M. Bain était malade mentalement, il n'avait jamais commis de crime auparavant, et il a 66 ans, a-t-il notamment fait valoir. L'avocat a fait un parallèle avec le cas du caporal Denis Lortie, qui avait surgi armé à l'Assemblée nationale en 1984. Il avait tué trois personnes et en avait blessé 13. Plutôt que de subir un deuxième procès, il avait plaidé coupable à des accusations de meurtres non prémédités et avait sa détention obligatoire avait été fixée à dix ans.

Le juge Guy Cournoyer, qui a beaucoup discuté avec les avocats pendant leurs représentations, rendra sa décision le 18 novembre.

Bain demande pardon

Vêtu d'un complet noir, d'une chemise blanche et d'une cravate, M. Bain a assisté sans mot dire à la séance qui a duré toute la journée, vendredi. À la fin, il s'est levé et a offert ses excuses aux victimes et leurs proches, d'une voix faible. «C'est une terrible, terrible tragédie. Je vous demande pardon», a-t-il dit. 

Cette attitude tranche avec celle qu'il avait au début des procédures, il y a quatre ans, et qu'il a maintenue pendant un bon bout de temps par la suite. Il entrait de façon tonitruante, interrompait les avocats, envoyait sa bénédiction. Me Guttman n'a pas manqué de relever ce changement d'attitude, qu'il met sur le compte de la bonne médication. 

«S'il avait été diagnostiqué en 2009 et mis sous la bonne médication, on ne serait pas ici», a-t-il dit.

Rappelons qu'au terme de son procès, en août, M. Bain a été déclaré coupable par un jury d'un meurtre non prémédité et de trois tentatives de meurtre. Il écope automatiquement de la prison à vie. Mais comme il s'agit d'un meurtre au deuxième degré, il peut demander une liberté conditionnelle après avoir purgé une certaine période de détention. Celle-ci ne peut être inférieure à dix ans. Il revient au juge de fixer cette période. 

Vêtu d'une robe de chambre et d'une cagoule de ski, M.Bain avait tiré en direction de gens qui étaient dans l'escalier donnant sur la porte de l'entrée des artistes. Plusieurs techniciens de scène s'y trouvaient. M. Bain n'a tiré qu'un coup, car son arme s'est enrayée. La balle a atteint mortellement Denis Blanchette, puis a ensuite touché Dave Courage. En s'enfuyant, M. Bain avait aussi tenté de tirer sur un policier qui voulait l'arrêter. C'est un autre facteur aggravant, a fait ressortir la Couronne.

En boucle 

En avant-midi, vendredi, cinq personnes se sont succédées à la barre pour faire part des conséquences que ces crimes ont eu sur leur vie. 

«Imaginez ce que c'est de survivre à un tel événement. J'ai eu la chance d'avoir été de dos durant le tir, ce qui m'a permis de garder mon sang-froid et aider Dave...  Je trouvais indigne d'avoir été épargné», a expliqué Gaël Ghiringhelli, dit avoir connu la dépression et a contemplé l'idée du suicide. Il n'a pas eu de soutien, a-t-il dit.

M. Ghinringhelli a aussi parlé des 'élucubrations" de M. Bain pendant les procédures, et du 'traitement de faveur" qu'il semblait recevoir. L'homme dit s'être finalement résigné à demander de l'aide, et il a abandonné son travail pour assister au procès. 

Jonathan Dubé, un autre technicien de scène survivant, a pour sa part rendu un témoignage extrêmement émotif. Il a parlé de M. Bain comme d'un «bourreau autoproclamé.» 

M. Dubé a parlé de son adolescence difficile, du fait qu'il avait fini par surmonter sa dépendance à l'héroïne. Il ne consommait plus depuis dix ans au moment de l'attentat. Son travail de technicien de scène lui avait redonné la fierté, il était devenu un citoyen proactif. L'attentat a été le point de rupture, a-t-il dit. Le choc post-traumatique a été terrible, il a eu de graves ennuis de santé, a renoué avec la drogue. Il tente de reprendre pied, veut retourner aux études, car il n'est plus capable de travailler comme technicien de scène.

Diane Blanchette pour sa part, a dit qu'elle était là pour représenter son frère. Elle a lu une lettre en s'exprimant par le «je». 

«Les répercussions dans ma vie M. Bain, c'est que vous me l'avez enlevée. Vous m'avez privé du privilège et du bonheur de jouer avec ma fille... Vous m'avez fait quitter ma famille, mes amis de façon tragique, sans un revoir...»

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