Michèle Audette, «un réservoir inépuisable d'énergie»

Hier, Michèle Audette s'est vu confier un mandat « historique »... (Photo Michelle Siu, archives La Presse Canadienne)

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Hier, Michèle Audette s'est vu confier un mandat « historique » en étant nommée membre de la commission d'enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées par la ministre des Affaires autochtones Carolyn Bennett.

Photo Michelle Siu, archives La Presse Canadienne

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(OTTAWA) Déterminée. Batailleuse. Énergique. Femme de convictions. Communicatrice hors pair. Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire la personnalité de Michèle Audette, l'un des cinq commissaires nommés hier par le gouvernement Trudeau pour mener à bien les travaux de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Cette enquête nationale, elle l'a d'ailleurs réclamée pendant plusieurs années lorsqu'elle était à la tête de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) en multipliant les sorties publiques, les lettres au gouvernement fédéral et les entrevues médiatiques.

Devant l'entêtement du gouvernement conservateur de Stephen Harper, qui a toujours rejeté l'idée d'une telle enquête lorsqu'il était au pouvoir malgré les statistiques effarantes - quelque 1200 femmes des Premières Nations assassinées ou disparues au pays au cours des 30 dernières années, soit l'équivalent de 30 000 Canadiennes ou 8000 Québécoises -, elle a décidé de faire le saut dans l'arène politique en 2015 pour défendre notamment cette cause. Elle s'est donc présentée sous la bannière du Parti libéral du Canada dans la circonscription de Terrebonne aux dernières élections fédérales, séduite par la promesse de Justin Trudeau de lancer une telle enquête s'il prenait le pouvoir.

Même si elle n'a pas remporté la victoire le 19 octobre, Michèle Audette a vu ses efforts être récompensés en décembre quand le gouvernement Trudeau a jeté les premières bases de cette enquête nationale.

« Je pleurais de joie, et en même temps de fatigue », a déclaré quelques jours plus tard Mme Audette après cette première annonce, pour illustrer la longue croisade qu'elle a menée avec d'autres femmes autochtones.

Hier, Mme Audette s'est vu confier un mandat « historique » en étant nommée membre de cette commission par la ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett. L'enquête nationale sera dirigée par la juge Marion Buller, qui est devenue en 1984 la première femme d'origine autochtone à siéger à la Cour provinciale de la Colombie-Britannique. Les trois autres commissaires sont la professeure de droit de l'Université de la Saskatchewan Marilyn Poitras ainsi que les avocats Qajaq Robinson, du Nunavut, et Brian Eyolfson, de l'Ontario, seul homme nommé à cette commission. Tous les commissaires ont travaillé sur des dossiers qui touchent les peuples autochtones durant leur carrière.

« Comme Obélix »

« Michèle Audette a des convictions profondes lorsqu'on parle de la problématique des femmes autochtones disparues ou assassinées. Elle a toujours été des causes qui touchent les Premières Nations. [...] On peut dire qu'elle est un réservoir inépuisable d'énergie. Elle est une bonne oratrice aussi », a indiqué à La Presse hier Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec.

Mme Audette ainsi que les autres commissaires n'ont pas accordé d'entrevues hier, préférant attendre le début des travaux de la commission, au début du mois de septembre, avant de s'exprimer.

Née à Wabush, à Terre-Neuve-et-Labrador, et fille d'une mère innue et d'un père québécois blanc, Michèle Audette était peut-être prédestinée à la lourde tâche qui vient de lui être confiée. « Le Créateur nous amène là où l'on doit être », a lancé Viviane Michel, en faisant allusion à « l'acharnement » de Mme Audette pour obtenir cette commission et à sa décision de tenter sa chance en politique.

Appelée affectueusement « Ketoune » par ses proches, Mme Audette a hérité du sens du militantisme de ses parents, selon des gens qui la connaissent depuis longtemps. 

Son père - « le plus beau papa du Québec », selon Mme Audette - était syndicaliste et a travaillé dans une mine dans la région de Schefferville. Sa mère, Evelyne St-Onge, a cofondé Femmes autochtones du Québec (FAQ) en 1974 - une organisation que Michèle Audette a d'ailleurs présidée de 1998 à 2004 et de 2010 à 2012.

« Je suis née là-dedans. Je n'arrête pas de le dire, comme Obélix, je suis tombée dedans - un père militant et une mère militante », a d'ailleurs confié celle qui a grandi entre Schefferville, Maliotenam et Montréal dans une entrevue accordée à Voir en novembre dernier. Sa mère, d'ailleurs, s'est battue bec et ongles pour faire abolir une clause de la Loi sur les Indiens qui décrétait qu'une femme amérindienne qui épousait un homme blanc perdait son statut et ne pouvait donc plus vivre dans sa communauté. Cette clause a finalement été supprimée dans les années 80.

Dans cette même entrevue, elle dit avoir découvert le « racisme » à l'âge de 7 ans, après le divorce de ses parents, quand elle a passé une année complète à Maliotenam, et ensuite une année à Montréal où son père avait déménagé.

Âgée de 45 ans, mère de cinq enfants et fière de ses origines innues et québécoises, Michèle Audette n'a jamais reculé devant l'adversité. À Montréal, au début de la vingtaine, par exemple, elle a entrepris des études au cégep alors qu'elle était chef de famille monoparentale.

Durant ses années à la FAQ, elle s'est fait remarquer par le gouvernement Charest au point où on lui a offert le poste de sous-ministre associée à la condition féminine, qu'elle a occupé de 2004 à 2008.

Idle no more

Lorsqu'elle est devenue présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada en 2012, elle a intensifié sa croisade pour les droits des femmes autochtones en appuyant le mouvement Idle No More. En janvier 2013, elle a d'ailleurs prêté main-forte à la chef de la réserve d'Attawapiskat, Theresa Spence, qui faisait une grève de la faim dans l'île Victoria, tout près de la colline parlementaire, pour convaincre le premier ministre Stephen Harper de rencontrer les chefs des nations autochtones afin de discuter des mesures à prendre pour améliorer le sort des Premières Nations.

Son travail acharné a été reconnu : en 2014, le Conseil des femmes de Montréal lui a accordé le titre de Femme de l'année. Elle a aussi obtenu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II en 2012.

« Michèle est une véritable boule d'énergie. Elle aime beaucoup rire avec les gens. Elle est animée par le sens de la justice et de l'équité et elle sait comment mobiliser les gens », affirme-t-on dans son entourage. Pour se détendre, elle aime bien broder ou encore faire du perlage, comme le lui a montré sa mère.

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