Beaconsfield: un policier et des entrepreneurs en construction accusés de semer la terreur

La maison du policier a posé problème, et... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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La maison du policier a posé problème, et le dossier a été bloqué plusieurs fois au Comité consultatif d'urbanisme ainsi qu'au conseil municipal de Beaconsfield - même après le début des travaux.

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Des entrepreneurs et un policier liés à la pègre sont accusés d'avoir tenté de refaire le plan d'urbanisme de la paisible banlieue de Beaconsfield à coups de batte de baseball parce qu'il ne cadrait pas avec leurs ambitieux projets de rénovation.

En 2013, La Presse avait révélé comment la bande semait la terreur au sein de l'administration municipale de la petite ville défusionnée de 20 000 habitants, dans l'Ouest-de-l'Île. Plus de deux ans plus tard, les accusations sont finalement tombées vendredi contre quatre individus : il s'agit du patrouilleur de la Sûreté du Québec Peter de Castris, 53 ans, de son frère Dominic de Castris, 47 ans, du prêteur sur gages Gian Di Girolamo, 49 ans, et du constructeur Robert Brunet, 43 ans.

À eux quatre, ils font face à une série d'accusations de complot, intimidation de titulaires de charge publique, blanchiment d'argent, fraude, fraude envers le gouvernement, harcèlement, vol et extorsion. Selon la police, la bande a opéré de 2011 à 2014 et brassait des sommes d'argent importantes.

L'enquête a été menée par l'Escouade de protection de l'intégrité municipale, une équipe au sein de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) qui s'occupe spécialement des dossiers montréalais. À première vue, le stratagème découvert par les enquêteurs était simple.

Le stratagème en trois temps

1. La bande s'arrangeait d'abord pour mettre la main sur de vieilles maisons de Beaconsfield, parfois un peu défraîchies. Certaines résidences ont été achetées après la mort de leur propriétaire. Au moins l'une d'elles a été reprise à un couple qui s'était endetté auprès du mafioso Antonio Pietrantonio et qui n'arrivait pas à rembourser.

2. Les maisons étaient ensuite transformées en résidences de luxe, voire carrément démolies et reconstruites à neuf. L'argent nécessaire provenait parfois d'institutions financières, parfois de riches investisseurs privés sans histoire, mais parfois aussi des milieux interlopes. Le policier Peter de Castris a ainsi reçu un demi-million de dollars du clan Dubois, famille qui avait été désignée par la Commission d'enquête sur le crime organisé comme l'un des deux plus puissants groupes criminels montréalais, en 1975. Selon la théorie des enquêteurs, le clan aurait utilisé ce moyen pour blanchir son argent sale.

3. Les membres du groupe occupaient ensuite les nouvelles résidences de prestige, ou les revendaient, parfois un million de plus que le prix d'achat initial. Le marché de la rénovation et transformation résidentielle est intéressant à Beaconsfield, car il n'y existe aucun terrain disponible pour de nouvelles constructions.

Menaces et agression

Un obstacle se dressait souvent sur le chemin de la bande : les contrôles municipaux de Beaconsfield, très sévères en matière d'harmonisation avec le voisinage. Les plans ambitieux des rénovateurs se heurtaient souvent aux réticences du comité consultatif d'urbanisme et du conseil municipal. Les procès-verbaux des deux instances conservent la trace de nombreuses discussions à ce sujet au cours des dernières années.

La maison de Peter de Castris, notamment, posait problème. Son projet a été bloqué plusieurs fois par la Ville, même après le début des travaux. La bande de rénovateurs s'est alors livrée à des menaces et du harcèlement envers certains acteurs clés.

Le conseil municipal a d'ailleurs voté en juin 2012 pour lancer des recours judiciaires contre ce projet, jugé non conforme. À l'époque, le conseiller Mike Montagano, directeur du Comité consultatif d'urbanisme, était opposé aux recours judiciaires. En entrevue à The Gazette, il avait déploré que l'affaire soit devenue « personnelle », sans en dire davantage. Or selon l'acte d'accusation déposé en cour vendredi, M. Montagano était déjà victime d'intimidation depuis près d'un an de la part des suspects à ce moment. Il allait démissionner de son poste quelques mois plus tard.

Le directeur de la planification urbaine de Beaconsfield, Denis Chabot, avait quant à lui été agressé. Deux suspects non identifiés l'ont battu à coups de batte de baseball dans le stationnement d'un club de golf. Très mal en point, il a été hospitalisé. Peu après, il a reçu au moins un appel de menaces qui semblaient liées à son travail. Il a quitté son poste pour un long congé de maladie.

L'acte d'accusation contre les quatre accusés précise clairement qu'ils ont voulu forcer les autorités municipales à accorder un permis pour la maison de Peter de Castris.

Ce dernier avait finalement pu exécuter ses travaux et revendre sa résidence 1,3 million. La nouvelle acheteuse, Stacey Snider, a été arrêtée elle aussi le 25 juin dernier et accusée de menaces envers l'ancien conseiller Montagano.

Nouveaux visages

À l'époque des faits, l'administration municipale avait été passablement secouée, au point d'engager un détective privé chargé de mener une enquête parallèle à celle de la police.

Seuls deux élus qui étaient en place à l'époque siègent toujours à l'hôtel de ville de Beaconsfield. Tous les autres, y compris l'ancien maire David Pollock, ont été remplacés par de nouveaux visages.

Le nouveau maire Georges Bourelle n'a pas rappelé La Presse vendredi.

Quant à la Sûreté du Québec, elle a confirmé avoir suspendu depuis plus d'un an Peter de Castris, en raison des soupçons qui pesaient sur lui. Il conserve son salaire pour l'instant, ainsi que le prévoit son contrat de travail.

- Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse

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