Une fin de trimestre derrière les barreaux

Le militant Hamza Babou (au centre, avec la... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le militant Hamza Babou (au centre, avec la barbe) fait face à 14 chefs d'accusation en lien avec des levées de cours houleuses survenues le 15 avril à l'UQAM.

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Un leader étudiant de l'UQAM finira son trimestre en prison, et ce, même s'il n'a pas d'antécédent judiciaire et qu'il s'était engagé à ne pas remettre les pieds à l'université. Pour préserver la confiance du public dans le système de justice, un juge de la cour municipale de Montréal a refusé de libérer sous condition Hamza Babou d'ici son procès.

«Vous êtes impliqué dans une croisade et il est difficile de voir où ça pourrait s'arrêter», a dit le juge Denis Laberge à l'accusé au terme de l'enquête sur le cautionnement tenue vendredi.

Aux yeux de son avocate, Me Véronique Robert, «c'est clair qu'on a voulu en faire un exemple» dans le contexte de la grève qui secoue l'UQAM.

«Ça ressemble à un jugement de nature politique», dit-elle, ajoutant qu'elle songe à se tourner vers la Cour supérieure pour demander une révision judiciaire.

Dans sa décision, le magistrat a reproché à Hamza Babou de ne pas avoir respecté l'injonction prononcée par la Cour supérieure, à la demande de l'UQAM, autorisant la tenue des cours. Or, la défense a fait valoir sans succès que l'étudiant n'était pas accusé en lien avec le non-respect de l'injonction.

«Ce sont des accusations très sérieuses déposées dans un contexte où l'UQAM semble débordée par certains groupes de manifestants qui veulent empêcher les cours», a plaidé le juge Laberge.

Lorsqu'un public bien informé écoute les nouvelles, il se dit que «la justice n'arrive à rien», a déploré le magistrat. «L'opinion publique serait découragée [si je vous remettais en liberté], a poursuivi le juge, ce même public bien informé dirait: la cour municipale n'arrive à rien.»

Le juge Laberge a cru bon de préciser: «Je ne veux pas que vous pensiez que vous payez pour les autres.»

14 chefs d'accusation

Considéré comme un «leader» de la présente grève par la direction de l'UQAM, M. Babou fait face à 14 chefs d'accusation de voies de fait, agression armée, méfait, menace, attroupement illégal et harcèlement criminel en lien avec des levées de cours houleuses survenues le 15 avril dernier dans le pavillon J.-A.-DeSève.

La poursuite lui reproche une série d'infractions, notamment d'avoir projeté des fils serpentins en aérosol au visage d'un agent (allégation d'agression armée). Des agents de sécurité l'ont décrit comme «très agressif».

Personne n'a été blessé lors de ces infractions alléguées, mais des agents ont consulté un programme d'aide aux employés, a indiqué le directeur de la sécurité de l'UQAM, Alain Gingras, alors qu'il était contre-interrogé par la défense.

Ces accusations ont été déposées par procédure sommaire - une procédure réservée aux infractions considérées comme les moins graves par opposition à la procédure criminelle.

Engagé socialement

Hamza Babou est étudiant au baccalauréat en sociologie à l'UQAM. Il a toutefois abandonné tous ses cours au début du présent trimestre pour se consacrer aux manifestations, selon ses propres explications données devant la cour.

«Je suis quelqu'un qui aime beaucoup être engagé socialement dans la vie», a dit d'entrée de jeu l'accusé sur un ton jovial.

L'accusé a changé de ton lorsqu'il a été question de sa première nuit en prison et de son transport avec d'autres détenus vers la cour municipale. «C'est affreux. Je ne me sens pas bien. Je suis super stressé [...] Je suis terrorisé», a insisté le jeune homme sans antécédent judiciaire.

Le jeune homme a fait valoir qu'il avait réussi à être admis à l'université même s'il n'avait jamais fréquenté le cégep et qu'il avait obtenu son diplôme d'études secondaires aux adultes. «Ç'a été énormément de travail.» Il s'est dit motivé à obtenir son baccalauréat en sociologie. Il s'est aussi engagé à ne plus remettre les pieds à l'UQAM si le juge l'exigeait.

Sa mère a également témoigné en sa faveur. «C'est un très bon garçon, très généreux de sa personne. Je l'ai bien élevé, je crois», a-t-elle dit au juge. Elle s'est engagée à assurer une «surveillance serrée» en plus de verser une caution selon ses moyens modestes. «Je suis fière de mon fils. Je peux juste vous en dire du bien», a-t-elle insisté.

Or, le magistrat a jugé que cet engagement n'était pas suffisant.

L'accusé est membre de l'Association facultaire étudiante des sciences humaines, qui est actuellement en grève. La semaine dernière, les militants de l'AFESH ont continué à faire le tour des classes de l'UQAM pour orchestrer des levées de cours malgré l'injonction.

«Vous défiez l'injonction comme si elle n'existait pas. Dans ce contexte, j'ai beaucoup de difficulté à penser que vous pourrez respecter vos conditions [si vous êtes remis en liberté]», a tranché le magistrat.

Mesure rare

La détention du jeune homme étonne son avocate, Me Robert, d'autant plus qu'à l'étape de l'enquête sur le cautionnement, la majorité des accusés peuvent reprendre leur liberté en s'engageant à respecter les conditions établies par le juge. «C'est excessivement rare qu'on garde un accusé détenu à cette étape, surtout pour des accusations sommaires, puisqu'il est présumé innocent», explique l'avocate de la défense. À cette étape du processus judiciaire, le juge ne se prononce pas sur la responsabilité de l'accusé.

Actif sur les réseaux sociaux avant son arrestation, le jeune homme a dénoncé sur sa page Facebook la récente expulsion de certains étudiants de l'UQAM, expulsion qu'il qualifie de «politique». Il est aussi membre d'un collectif baptisé La Déferle qui se rencontre dans «un espace social anarchiste» dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Questionné par la poursuite au sujet de ses idées, notamment sur l'anarchisme, l'accusé a répondu: «Ce sont mes opinions personnelles, politiques. C'est comme si je vous demandais si vous votiez PQ.»

«En tant qu'intellectuel, on doit se poser des questions sur le sens du monde», a ajouté le jeune homme qui a plaidé non coupable. Hamza Babou revient en cour le 29 avril prochain. La procureure municipale, Me Geneviève Claude Parayre, a déjà annoncé qu'elle allait réclamer une peine de prison si l'accusé était condamné.

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