Le Barreau dénonce une «justice parallèle dangereuse»

Le débat sur les dénonciations anonymes d'agresseurs sexuels... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le débat sur les dénonciations anonymes d'agresseurs sexuels sur la place publique s'envenime à l'UQAM.

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Le Barreau du Québec condamne les dénonciations anonymes de personnes qui seraient rendues coupables d'agressions sexuelles et compare le vandalisme des bureaux de trois professeurs de l'UQAM, où l'on a placardé leurs portes d'autocollants les associant à la culture de viol, à «une forme de justice parallèle extrêmement dangereuse».

En entrevue avec La Presse, le bâtonnier du Québec, Me Bernard Synnott, n'a pas mâché ses mots. Lorsqu'il est question d'agressions sexuelles ou de harcèlement psychologique, les victimes doivent faire confiance au système de justice et «impérativement dénoncer leurs présumés agresseurs», a-t-il martelé.

«Quand une personne dépose une plainte pour une agression sexuelle, le système travaille de façon confidentielle et un processus d'enquête indépendant est entamé. Cette façon de faire empêche que l'on voie se multiplier des épisodes de lynchage sur la place publique sans que la personne accusée puisse se défendre», a ajouté Me Synnott.

Samedi dernier, La Presse rapportait qu'un groupe anarcho-féministe publie sur les réseaux sociaux des allégations d'agressions sexuelles dévoilant le nom de ceux qui en seraient les auteurs, proposant aussi une solution de rechange aux tribunaux: la «justice transformatrice».

Deux profs ont porté plainte

Au début de la semaine, trois professeurs de l'UQAM ont vu leur porte de bureau placardée d'autocollants où il était écrit «Harcèlement, attouchements, voyeurisme, agressions: tolérance zéro!». L'université a confirmé hier que deux des trois professeurs visés avaient porté plainte après que les photos eurent été partagées sur les réseaux sociaux par une association étudiante. Une enquête est en cours.

«Avant de condamner quelqu'un, il faut connaître les faits. À ce que je sache, il y a toujours au Canada la notion de présomption d'innocence. Et c'est important!», a vivement soutenu Me Synnott.

«Dans la présente situation, les gens qui ont fait [cette action à l'UQAM] semblent dire: «Tu n'auras pas de procès, on ne croit pas au système de justice, on agit ainsi, on publie ton nom et on ne fait aucune distinction dans les faits. Tu es un agresseur, personne ne va t'entendre et tu es coupable.» C'est dangereux. Tout cela a un impact sur la réputation des gens, sur leur vie et sur celle de leur famille», a ajouté le bâtonnier.

Selon lui, si le système de justice canadien peut être amélioré, notamment en matière de délais, les lois et les façons de faire en matière de harcèlement et d'agressions ont heureusement évolué au fil du temps. Reste que la notion de présomption d'innocence est capitale, a-t-il rappelé à plusieurs reprises pendant l'entrevue.

Un prix à payer

Hier, La Presse publiait une entrevue avec la présidente de l'Association des juristes progressistes, Me Sibel Ataogul, qui, contrairement à d'autres juristes qui se sont prononcés par le passé, croit qu'«il y a un prix à payer pour renverser une tendance».

«Je suis juriste, je suis pour la présomption d'innocence, mais je pense qu'on expose en ce moment un fléau de société et qu'il est important de le faire. Ça fait des années que des femmes agressées sont incapables de dénoncer ces situations. Je pense donc que le bien que ça fait est plus important que le mal que ça engendre», avait-elle affirmé.

S'abstenant de commenter directement les propos de Me Ataogul, le bâtonnier du Québec a rappelé que tous les membres de l'ordre professionnel «ont prêté serment en devenant avocats de soutenir l'autorité des tribunaux».

«En matière d'agressions sexuelles, il faut s'adresser au système de justice, dénoncer, qu'une enquête indépendante soit faite et que des accusations soient portées», a conclu Me Synnott.

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