UPAC: la relation intime entre un fournisseur et un haut fonctionnaire exposée

Mohamed El Khayat, ancien directeur de la firme... (PHOTO JEAN MARIE VILLENEUVE, ARCHIVES LE SOLEIL)

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Mohamed El Khayat, ancien directeur de la firme EBR

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Il l'appelait « mon beau », « mon amour », « mon chéri », lui offrait des cadeaux, partait en voyage avec lui, n'hésitait pas à lui demander toutes sortes de faveurs : le fournisseur informatique Mohammed El Khayat avait décidément un accès très privilégié au patron de l'informatique du ministère de la Sécurité publique, selon la preuve déposée vendredi à leur procès pour abus de confiance et fraude envers l'État québécois.

Abdelaziz Younsi, ancien patron de l’informatique du ministère... (PHOTO COURTOISIE) - image 1.0

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Abdelaziz Younsi, ancien patron de l’informatique du ministère de la Sécurité publique

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El Khayat et l'ancien haut fonctionnaire Abdelaziz Younsi ont été arrêtés par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) dans le cadre du Projet Majorat, en 2014. La thèse de la poursuite est qu'ils ont comploté pour qu'EBR obtienne un contrat informatique de 3,3 millions grâce à une comptabilité parallèle, ce qui aurait fait perdre environ 400 000 $ au Trésor public.

Vendredi, la Couronne a déposé en preuve une série de courriels saisis par la police, qui montrent la proximité entre le fournisseur informatique et M. Younsi.

« Ce sont des gens très près l'un de l'autre et c'est cette proximité-là qui va donner lieu aux infractions qui sont reprochées », a déclaré Me Julien Tardif, procureur du Bureau de la grande criminalité et des affaires spéciales

« Toute la question de la partialité est un élément très important dans la considération des intérêts qui ont été servis dans le contexte d'un abus de confiance », a-t-il ajouté.

« Bonjour mon chéri, Paris est belle mais sûrement plus avec toi », écrivait ainsi El Khayat haut fonctionnaire en 2008. Il prenait de ses nouvelles avec des formules comme « T'es où mon amour ? ».

D'autres messages et des photos souvenirs évoquent des voyages effectués ensemble par les deux amis, en France ou au Portugal.

Une dispute a éclaté entre les deux en 2009 alors que le fonctionnaire se plaignait des remarques blessantes ou impolies d'El Khayat. Ce dernier a répondu : « Bonjour mon ami, trouves-tu ça normal que tu me demandes d'aller souper avec une femme pour te remplacer ? »

L'année suivante, un échange de courriels internes de la firme EBR montre qu'une employée a dû acheter un téléviseur au coût de 1099 $ plus taxes pour Abdelaziz Younsi. Le patron d'EBR a dit à l'employée de payer avec sa carte de crédit personnelle et que la compagnie la rembourserait.

Lorsqu'un jeune informaticien a demandé à El Khayat de l'aide pour trouver un emploi, le dirigeant d'EBR a demandé à son ami fonctionnaire d'intervenir. Il a ensuite réécrit au jeune homme pour lui dire qu'il aurait bientôt une entrevue d'embauche pour la fonction publique et qu'il deviendrait un employé d'EBR mais « au sein du ministère » de la Sécurité publique.

Un jour, El Khayat a reçu un courriel de sa fille qui disait avoir perdu son téléphone cellulaire et demandait à son père de lui en trouver un nouveau. L'entrepreneur s'est tout de suite tourné vers Abdelaziz Younsi pour obtenir un appareil.

La réponse de ce dernier soulève quelques questions sur la gestion du matériel au sein de son ministère : « Je vais essayer d'avoir la clé pour aller dans l'entrepôt », écrit-il laconiquement.

Le procès se poursuit la semaine prochaine.

- Avec la collaboration d'Isabelle Mathieu, Le Soleil

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