Avortement du procès SharQc: contradictions et zones grises

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L'opération SharQc avait permis à la Sûreté du Québec d'accuser 156 membres présumés ou sympathisants des Hells Angels en 2009.

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Daniel Renaud
La Presse

Les allégations de René Charlebois, de son homme de confiance et de Benoit Roberge révèlent beaucoup de contradictions et de faits troublants. La Presse a relevé les principaux.

Qui dit vrai?

Dans une vidéo filmée quelques jours avant son suicide, le motard dit avoir parlé au téléphone à au moins 200 reprises avec Roberge. Dans une déclaration vidéo faite le 4 octobre 2013, la veille de l'arrestation de Roberge, le bras droit de Charlebois dit pour sa part avoir enregistré plus de 100 conversations entre les deux hommes, qui se parlaient «toutes les fins de semaine, souvent les deux jours, sauf quand Roberge partait dans le Sud». 

Lorsque l'on écoute ou lit les conversations, les deux hommes semblent bien se connaître. Mais curieusement, dans une déclaration écrite faite deux mois et demi plus tard, l'homme de confiance de Charlebois se ravise et affirme avoir enregistré seulement 10 conversations au total.

Des chiffres divergents

Selon Charlebois, Roberge était frustré d'un manque de reconnaissance au sein de la police et voulait une retraite dorée. Mais le montant que l'ex-policier aurait reçue pour les informations qu'il a données aux Hells Angels est également contradictoire. Charlebois parle d'une somme de 260 000$ alors que son homme de confiance avance plutôt 520 000$, avant de se raviser et de diminuer le chiffre à 350 000$. 

Lors d'interrogatoires, Benoit Roberge dit avoir reçu environ 50 000$ mais ce sont 94 000$ que les policiers trouveront dans sa cache d'argent, un abri de fortune aménagé sous une épaisse couche de neige, dans un secteur boisé derrière sa maison de campagne de Saint-Denis-de-Brompton.

Troublante question

Les documents sur l'affaire Roberge contiennent également des éléments troublants, comme cet enquêteur qui demande à Benoit Roberge de lui parler de complots d'importation de stupéfiants qu'il aurait fomentés avec Charlebois.

«Balloune [Charlebois] était nul au niveau des importations. Il voulait que je fasse entrer des paquets en contrôlant les douanes, quand les clients récupèrent les paquets, je pouvais les ramasser après. Mais je lui ai dit que je ne pouvais pas faire ça, que les douanes sont fédérales et que je pouvais finir par me faire tuer. Je n'ai pas fait d'importation avec Charlebois, c'était du bla-bla» répond Roberge, dans une déclaration écrite du 9 mars 2014.

Cette question n'est pas exploitée davantage dans le document de 11 pages. Cependant dans ses déclarations à la police, l'homme de confiance de Charlebois affirme que le motard s'est évadé de l'Établissement Montée Saint-François pour deux raisons: la crainte d'être étiqueté comme délateur par les autres détenus et parce qu'il attendait une «grosse importation» qui était bien engagée et qui était vraisemblablement sur le point d'arriver à destination. 

Il ajoute que même s'il était incarcéré, Charlebois était impliqué dans l'importation de paquets de cocaïne au Canada, qui arrivaient par bateau, du Panama et du Venezuela.

Une relation plus vieille que l'on ne le croyait

Dans sa vidéo, le motard dit avoir noué sa relation avec Roberge quelque part en 2012, alors que l'ancien policier affirme qu'elle a débuté en 2010. La Presse a toutefois la preuve que les deux hommes échangeaient sur une base régulière depuis 2008.

Charlebois dit n'avoir jamais été une source codée pour la police. Pourtant, c'est le statut que Roberge lui donnait dans ses échanges avec les autorités.

On note également des contradictions sur les raisons pour lesquelles Charlebois a commencé à enregistrer Benoit Roberge à son insu. Le motard dit que c'est parce qu'il craignait d'être victime d'un piège de la police. Mais son bras droit affirme que son patron a enregistré le policier dans le but, une fois libéré, de l'utiliser pour prendre le contrôle du trafic de drogue dans le sud-ouest de Montréal. Il se ravise ensuite et affirme que Charlebois espérait vendre les enregistrements à ses frères motards pour éponger une partie des pertes occasionnées par son importation ratée.

Négation en bloc

Charlebois affirme que l'ancien policier lui a donné les noms de 50 à 100 sources codées, payées par la police, dont un individu important au sein des Hells Angels, ce qui consterne le motard.

Il dit également que Roberge lui a demandé 2 millions de dollars pour lui indiquer où se trouve le témoin-vedette des procès SharQc, Sylvain Boulanger, ce que nie Roberge.

Charlebois annonce aussi que l'ex-policier lui a révélé l'existence de plusieurs enquêtes sur le crime organisé et les noms d'individus sur le point d'être arrêtés, ce que rejette Roberge. L'ex-policier avoue toutefois dans une déclaration avoir informé Charlebois de l'imminence de l'opération Loquace, menée contre un consortium de trafiquants de cocaïne en novembre 2012. C'est la femme de Roberge qui était procureure dans ce dossier. 

«Il ne faudrait jamais qu'elle le sache, sinon je suis mort», aurait-il dit à Charlebois, selon la vidéo du motard.

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