Paolo Catania accusé de menaces de mort

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L'incendie qui a détruit 96 appartements en copropriété... (Photo: Robert Skinner, archives La Presse)

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L'incendie qui a détruit 96 appartements en copropriété en construction dans le controversé projet immobilier du Faubourg Contrecoeur, dans l'est de Montréal, en avril dernier, fait toujours l'objet d'une enquête. Au moment de l'incendie, les travaux étaient suspendus en raison d'un litige entre Construction Frank Catania et associés, la SHDM et la Ville de Montréal.

Photo: Robert Skinner, archives La Presse

André Noël

André Noël
La Presse

Paolo Catania, un des plus importants entrepreneurs en construction du Québec et partenaire de la Ville de Montréal dans le projet controversé du Faubourg Contrecoeur, a été accusé en chambre criminelle, vendredi, de menaces de mort, de tentative d'extorsion et de harcèlement envers un homme d'affaires.

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Elio Pagliarulo avant et après l'agression dont il a été victime le samedi 1er août.

Président de la société Construction Frank Catania et associés, M. Catania a demandé à son avocat de se présenter à sa place au palais de justice, vendredi. Il devra revenir en cour le 11 novembre pour répondre à trois chefs d'accusation.

Il est accusé d'avoir «induit ou tenté d'induire (l'homme d'affaires) Elio Pagliarulo, par des menaces, accusations ou la violence à lui remettre une somme d'argent», d'avoir «proféré une menace de causer la mort ou des lésions corporelles» à son endroit, et de l'avoir harcelé et «lui faire raisonnablement craindre pour sa sécurité ou celle d'une de ses connaissances», entre le 1er décembre 2008 et le 20 août 2009.

M. Catania, 43 ans, est lui-même un homme d'affaires bien connu, notamment à la Ville de Montréal et sur la Rive-Sud. À la suite d'appels d'offres, son entreprise a reçu pour plus de 100 millions de contrats de la Ville de Montréal depuis 2000. Ces contrats représentent environ le tiers de son chiffre d'affaires annuel, qui dépasse également les 100 millions.

Elio Pagliarulo, lui, est l'ancien copropriétaire des Pâtisseries Pagel, une chaîne d'une douzaine d'établissements spécialisés dans la vente de viennoiseries, de pains, de pizzas et de chocolats fins. Cette entreprise, qui a atteint un chiffre d'affaires d'une dizaine de millions, a déjà employé jusqu'à 250 personnes. M. Pagliarulo, qui avait de bons revenus, affirme qu'il s'est associé à M. Catania pour prêter de l'argent à des personnes dont la cote de crédit était insuffisante pour faire de gros emprunts auprès d'institutions bancaires. Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs années.

M. Pagliarulo était le responsable de cette «entreprise», qui n'avait pas d'existence légale. Il se trouvait à prêter non seulement son argent, mais aussi celui de son ami Paolo Catania. D'importants débiteurs ont disparu de la circulation, sans payer leurs dettes, a indiqué M. Pagliarulo aux détectives de la police de Montréal. Résultat : il devait lui-même une somme de 1 377 727$ à une compagnie à numéros de M. Catania.

 

Entre-temps, il s'est séparé de sa femme et lui a laissé son entreprise, qui était en difficultés financières. Il s'est trouvé incapable de payer son énorme dette à M. Catania. «Dès le 1er décembre, Paolo Catania a commencé à me faire des menaces de mort, a-t-il raconté à La Presse, vendredi. Il me disait : "Si tu me payes pas, je vais te tuer, tu vas mourir." Mais je prenais ça à la légère. Je le connaissais depuis tellement longtemps.» Selon lui, M. Catania a continué à proférer des menaces, soit en personne, soit au téléphone. Le samedi 1er août, vers 15 h, M. Pagliarulo, 49 ans, roulait en voiture sur le boulevard du Mont-Royal, à Outremont, en direction de l'avenue du Parc. Une camionnette blanche le talonnait et a fini par le dépasser. Le chauffeur a serré la voiture de M. Pagliarulo et s'est mis en travers de son chemin pour l'empêcher d'avancer. Deux hommes sont sortis. Un «monstre» de six pieds sept pouces, pesant plus de 300 livres, s'est approché de M. Pagliarulo, qui avait baissé les fenêtres de sa voiture ; il lui a donné un coup de poing au visage, un coup assez fort pour qu'il perde connaissance.

«Quand j'ai repris connaissance, j'étais assis sur le plancher de la camionnette, face à la porte arrière, raconte M. Pagliarulo. Il y avait peut-être quatre ou cinq gars dans le camion. Ils me faisaient couler de l'eau dans le visage. Ils me disaient : "Il faut que tu payes Paolo Catania." Je disais oui. Puis ils m'ont dit : "Si on te pose des questions, tu diras que tu t'es disputé avec quelqu'un et que tu as reçu un coup de batte de baseball." Ils m'ont dit aussi de pas m'inquiéter pour mon visage, que tout redeviendrait correct.

«On a roulé comme ça pendant une quinzaine de minutes. Ils m'ont déposé sur une rue entre Mont-Royal et des Pins, et m'ont remis les clés de ma voiture. Ils m'ont dit de marcher tout droit, sans regarder en arrière. Ils m'ont dit que je retrouverais facilement mon auto dans la rue.

«Je suis rentré chez moi. J'avais peur. Je n'osais pas parler à la police. Je ne suis pas sorti de chez moi. Mais au bout d'une semaine, ça faisait vraiment mal. Je suis allé à l'Hôtel-Dieu. Les médecins m'ont dit que je devais rapidement me faire opérer. J'avais plusieurs fractures, au nez et dans les os de la joue. Mon oeil était très abîmé. J'ai été transporté à l'hôpital Notre-Dame et opéré le jour même.

«Entre-temps, le 5 août, j'ai reçu un texto de ma fille sur mon cellulaire. Elle habite avec mon ancienne femme, à Mont-Royal. Elle me disait que des couronnes de fleurs mortuaires avaient été déposées sur la maison. Elles ont porté plainte à la police. Le 20 août, j'ai eu une rencontre avec Paolo Catania pour régler nos affaires. Il m'a dit : "La prochaine fois, tu vas être dans ta tombe." Je n'ai rien dit, mais je me suis dit que ce gars-là n'arrêterait jamais, étant donné que je ne serai jamais capable de lui remettre 1,4 million de dollars.

«Je n'avais pas le choix. Je suis allé voir la police. J'ai rencontré trois détectives. Ils avaient déjà la plainte portée par ma femme et ma fille. Je leur ai dit que j'étais prêt à témoigner.»

La Presse a tenté par tous les moyens de parler à M. Catania, vendredi, mais sans succès. Nous avons laissé des messages chez lui, sur son téléphone cellulaire, à son bureau, à son relationniste et à son avocat, Me Pierre L'Écuyer, mais personne n'a rappelé.

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