Brian Mulroney, l'improbable mentor de PKP

Pierre Karl Péladeau avec l'ancien premier ministre conservateur... (Photo Shaun Best, Reuters)

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Pierre Karl Péladeau avec l'ancien premier ministre conservateur Brian Mulroney. Celui-ci avait, dans les années 70, travaillé pour Quebecor (comme le nom s'écrivait alors), négociant notamment la convention collective du Journal de Montréal.

Photo Shaun Best, Reuters

(Québec) Champion de la souveraineté du Québec, Pierre Karl Péladeau a un improbable mentor: Brian Mulroney, fédéraliste parmi les fédéralistes. Et l'ancien premier ministre du Canada était d'accord avec la décision du baron de la presse de contribuer à la vie publique, de faire le saut en politique.

De toute évidence, Péladeau n'a pas demandé de permission à qui que ce soit avant de dire oui à Pauline Marois. Mais il savait avoir l'aval d'un Mulroney pour qui «quelqu'un qui veut faire de la politique, c'est en soi respectable». «Pour Mulroney, les gens qui plongent ont plus de courage que ceux qui ne plongent pas», confiera un proche de l'étonnant tandem.

La Presse a joint quelques témoins des tractations qui ont mené à cette étonnante candidature. La piste de Brian Mulroney est vite apparue. Mulroney était l'avocat de Pierre Péladeau, le père, dès le début des années 70. Il avait négocié la première convention collective du Journal de Montréal. L'ancien politicien a été nommé en 1998 au conseil d'administration de Québecor, qui s'écrivait alors Quebecor; il en est actuellement le vice-président.

Signe d'une relation bien plus intime, M. Mulroney est le parrain de Thomas, le fils de M. Péladeau et de Julie Snyder. Ultimement, l'ancien premier ministre a été «informé» de la décision quelques heures à l'avance et «il lui a souhaité la meilleure des chances», expliquera une autre source.

Péladeau est plein de «déférence», de respect évident pour Brian Mulroney, même si les deux hommes sont carrément aux antipodes sur leur vision du Québec et du Canada. Le patron de l'empire de presse est souverainiste depuis longtemps. «J'ai toujours eu des convictions politiques profondes depuis ma tendre enfance», dira-t-il en entrevue. En 1980, Péladeau avait voté Oui; en 1995, il n'avait pas voté, parce qu'il se trouvait en Europe.

Un nom de code

Le projet d'attirer Pierre Karl Péladeau au Parti québécois (PQ) était tenu dans le plus grand secret dans l'entourage de Pauline Marois, où l'on utilisait un nom de code, de trois lettres, pour parler du candidat. Depuis des semaines, le directeur du PQ, Sylvain Tanguay, avait eu comme seule consigne de ne pas annoncer tout de suite de candidat pour Saint-Jérôme. 

Ce n'est que le vendredi, soit la veille du conseil national de Laval, que l'organisation du PQ a su que PKP avait accepté de faire le saut. Samedi matin, on a prévenu la direction péquiste de Saint-Jérôme. Péladeau a eu, ce soir-là, sa première rencontre avec des permanents de son nouveau parti.

Le lendemain, juste avant qu'on procède à l'annonce, il a fait une rapide tournée au téléphone pour aviser des gens comme Gilles Duceppe et Bernard Landry de sa décision. «On était le 9 mars, je pensais qu'il m'appelait pour mon anniversaire! Je lui ai dit: "Tu me fais un maudit beau cadeau d'anniversaire!"», a confié M. Landry, qui rencontrait régulièrement Péladeau au cours des dernières années. Mme Snyder est aussi proche de Chantal Renaud, la conjointe de M. Landry.

L'automne dernier, Péladeau «était déjà en réflexion avancée». «Ce qui dominait chez lui déjà, c'est son désir que l'indépendance se fasse!», résume l'ancien premier ministre. Pour l'homme d'affaires, «c'est un saut vertigineux. Il est normal de poser quelques questions, il m'en a posé».

Déjà l'automne dernier, une figure connue avait confié à La Presse que Pierre Karl Péladeau serait candidat pour le PQ et deviendrait un super-ministre économique. Des propos qui, semble-t-il, avaient été tenus dans un cercle restreint par le chef de cabinet adjoint de Mme Marois, Dominique Lebel. Ce dernier avait, à l'époque, opposé un démenti formel.

C'était Québec

Pierre Karl préparait une carrière politique, mais un peu plus tard. S'il avait pu annoncer que la Ligue nationale de hockey acceptait d'accorder une concession à Québec, il se serait trouvé une circonscription dans la région de la Capitale. Depuis des mois, ses nombreuses participations à des activités publiques, son appui à des sociétés caritatives de Québec montraient un intérêt aussi subit qu'inusité chez ce Montréalais. Il croyait pouvoir annoncer une équipe en avril 2014 et faire savoir du même coup qu'il venait vivre à Québec, confie-t-on. Mais la concession n'est jamais arrivée.

Tout le mois de février, le baron de la presse semble souffler le chaud et le froid, même avec des proches. Il se dit souvent en «réflexion» avec un sourire entendu. Plus tard, quand on lui rappelle en privé sa déclaration à la chambre de commerce de Lévis, le 24 février, il réplique: «Que vouliez-vous que je réponde!»

Dix jours avant son annonce, à un collaborateur de longue date, il affirme pourtant: «Je n'y vais pas, ma décision est prise.» Ceux qui ont suivi de près son cheminement expliquent alors que sa rupture avec Julie Snyder canalise beaucoup de son énergie et de son temps.

Mais subitement, tout bascule; en processus de séparation, Péladeau et Snyder en arrivent à une entente sur la suite des choses; l'obstacle qui restait sur la route du futur politicien venait de disparaître. «J'ai rencontré une problématique dans ma vie. Ça m'empêchait de m'engager. Julie et moi avons trouvé des pistes de solution.» L'accord de Snyder «a été plus que déterminant», explique Péladeau en entrevue à La Presse.

Mme Snyder passera d'ailleurs un coup de fil à Mme Marois, à ce moment, pour l'assurer qu'elle était pleinement en accord avec la décision de son ex-conjoint. Comme il l'a révélé, Pierre Karl Péladeau téléphone à Mme Marois le lundi suivant la semaine de relâche pour lui dire que sa décision est prise: il sera candidat. Dès lors, la consigne est formelle, ce sera silence radio jusqu'à l'annonce de dimanche.




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