Après un an, les résidants de L'Isle-Verte veulent tourner la page

L'incendie de L'Isle-Verte a éclaté peu après minuit,... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'incendie de L'Isle-Verte a éclaté peu après minuit, le 23 janvier dernier, engouffrant la résidence de trois étages.

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Sidhartha Banerjee
La Presse Canadienne

Lorsqu'on lui demande de décrire la dernière année de sa vie, Arnaud Côté fait une pause au bout du fil, réfléchissant à sa réponse. Après un moment, le résidant de L'Isle-Verte âgé de 85 ans répond par un mot: «ennuyante».

En une seule nuit, la vie de M. Côté a été chamboulée lorsqu'un incendie a détruit la Résidence du Havre, le 23 janvier 2014, tuant 32 personnes restées prisonnières entre ses murs.

«Ça a été ennuyant», a raconté M. Côté lors d'une récente entrevue. «C'est mes amis qui sont décédés là.»

Sa vie et celle de plusieurs autres ont été à jamais marquées par la tragédie.

«C'est des moments difficiles. On y pense tous les jours», a-t-il mentionné.

Vendredi, une messe commémorative sera suivie d'une marche jusqu'au site de l'incendie où une minute de silence sera observée à la mémoire des victimes. Un rassemblement se tiendra ensuite au gymnase d'une école locale pour marquer le sombre anniversaire.

L'une des organisatrices de l'événement, Sonia Ouellet, raconte que dans le village, les habitants n'insistent pas pour que des gens soient tenus responsables de l'incendie; ils souhaitent plutôt pouvoir tourner la page sur une année difficile, qu'ils n'oublieront jamais.

Il y a d'abord eu l'incendie, qui a été suivi d'une longue période de deuil, puis d'une enquête du coroner qui a, selon Mme Ouellet, révélé certaines informations qui étaient jusque-là inconnues des proches des victimes.

Vendredi, les résidants de L'Isle-Verte revivront encore une fois la tragédie, par nécessité.

«Pour nous, c'était clair au départ que pour le premier anniversaire, étant donné qu'il y avait 32 décès, c'était le village au complet qui était en deuil, donc on n'avait pas le choix de dire qu'on faisait l'anniversaire tout de suite après la tragédie», a expliqué Mme Ouellet.

«On le savait qu'un an après, il fallait faire quelque chose. On ne pouvait pas laisser passer ça. C'est sûr que les gens, les familles, ont hâte que ce soit passé, mais (on ne) pouvait pas passer par-dessus.»

Mme Ouellet est responsable d'un service de garde en milieu familial et habite dans le village de 1500 âmes depuis 2004. Elle n'a perdu aucun proche dans l'incendie, mais dans une si petite municipalité, tout le monde se sent personnellement touché par une telle tragédie.

«Ça nous a frappés comme si notre propre grand-mère ou grand-père était mort dans l'incendie», a confié la dame, qui s'est occupée gratuitement d'enfants dont les parents devaient enterrer des proches, l'an dernier.

La mairesse du village affirme également qu'il n'y a pas d'esprit de vengeance dans sa communauté ni de désir de voir qui que ce soit être accusé. Selon Ursule Thériault, ses concitoyens veulent seulement tourner la page.

«On n'a rien senti dans ce sens-là, même à travers les 10 jours d'audiences de la commission d'enquête. Même si des fois, c'était difficile, on n'a jamais senti ce sentiment-là, on n'a jamais décelé un sentiment comme ça», a-t-elle assuré.

Arnaud Côté ne souhaite pas voir d'accusations non plus et qualifie l'incendie d'accident. Il se souvient encore de la nuit du 23 janvier 2014, de s'être réveillé, d'avoir appelé à l'aide puis de s'être arrêté pour frapper aux portes de trois résidantes pour les réveiller et les aider à sortir.

M. Côté résidait dans une nouvelle aile de la Résidence du Havre, où tous les occupants sauf un ont survécu grâce à un mur pare-feu.

Plusieurs ont décrit les gestes de M. Côté comme étant héroïques, mais l'homme de 85 ans demeure modeste.

«J'ai aidé à sauver trois personnes. Ça va rester ça», a-t-il dit simplement, avant d'ajouter qu'il avait aimé que des enfants soient venus le remercier d'avoir sauvé leurs mères.

M. Côté est l'un de deux anciens résidants qui ont pu demeurer au village. Les autres ont été relocalisés dans des résidences de communautés voisines, mais M. Côté souhaitait ardemment demeurer dans sa paroisse.

Il affirme qu'il s'ennuie de la vie tranquille qu'il menait avec ses anciens amis.

«Ceux qui sont défunts là-bas, on était tous amis. Et là ils ne sont plus. On était organisés, on jouait aux cartes dans l'après-midi, on était six», a-t-il raconté.

Les événements de janvier dernier ont tout bouleversé.

«Après le feu (je suis) resté seul. Les autres sont brûlés.»

M. Côté ne passe pas beaucoup de temps à réfléchir à la sécurité des résidences pour personnes âgées, se concentrant plutôt à maintenir sa propre santé. Lorsque la commémoration de vendredi sera terminée, il sera temps pour lui de tourner la page.

«Il faut essayer autant que possible de la tourner. Toujours y penser, ça affecte les nerfs et le moral.»

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