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Commission des droits de la personne: la présidente au centre d'une crise

À titre de présidente de la Commission des... (Photo tirée du site de la Commission des droits de la personne)

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À titre de présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Tamara Thermitus est chargée de piloter la Consultation sur la discrimination systémique et le racisme.

Photo tirée du site de la Commission des droits de la personne

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La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse est plongée dans une grave crise interne au moment où elle doit amorcer une vaste consultation sur la discrimination systémique et le racisme au Québec, a appris La Presse.

Six mois après son entrée en fonction, sa nouvelle présidente, Tamara Thermitus, est déjà visée par trois plaintes pour abus d'autorité, mauvaise gestion et manque de respect envers le personnel.

Mme Thermitus se livre à un véritable « derby de démolition », selon les mots d'un témoin au sein de l'organisme. Cette situation a été un facteur déterminant qui a poussé pas moins de sept employés à quitter leur poste, temporairement ou de manière permanente.

L'affaire est remontée jusqu'au bureau du premier ministre Philippe Couillard, qui a toutefois refusé de la commenter.

Selon six témoignages recueillis depuis plusieurs jours par La Presse, cette crise ne remet pas en question les compétences juridiques de Mme Thermitus, en poste depuis février. Là où le bât blesse, c'est plutôt dans sa manière autoritaire de diriger les 150 employés de la Commission.

Des membres du personnel qui ont témoigné anonymement, pour éviter de s'exposer à des représailles, ont évoqué « une atmosphère de suspicion et de terreur », marquée par de « l'intimidation et une attitude méprisante ». Ils ont relaté des relations de travail extrêmement tendues où ceux qui sont soudainement pris en grippe par leur grande patronne s'exposent à des mesures punitives.

« On passe facilement du camp des aimés au camp des mal-aimés. »

Le cas échéant, « la présidente [leur] tourne physiquement le dos dans les réunions et refuse de [leur] adresser la parole ».

« Il y a une véritable chasse aux sorcières », a tranché une source interne. Une autre source, qui nous avait exprimé, en février, sa satisfaction relativement à l'arrivée de Mme Thermitus, a déchanté depuis. La nouvelle présidente, estime-t-elle, a mis « le bordel » à l'interne avec son « style pitbull », nuisant ainsi au bon déroulement des travaux de la Commission.

Selon nos informations, les trois plaintes pour abus de pouvoir, mauvaise gestion et attitude irrespectueuse ont été déposées au bureau du Protecteur du citoyen. Depuis le 1er mai, les lanceurs d'alerte peuvent se tourner vers cet « ombudsman » pour dénoncer, par exemple, « un cas grave de mauvaise gestion au sein d'un organisme public, y compris un abus d'autorité ». Joint par La Presse, le Protecteur du citoyen s'est limité à dire qu'il ne pouvait donner aucun renseignement concernant les enquêtes en cours.

Exercice délicat

La crise touche le bureau de la présidence, qui a perdu deux secrétaires et une adjointe. Elle survient au moment même où doit s'amorcer la consultation sur la discrimination et le racisme. Cet exercice délicat et politiquement controversé se tient à la demande du gouvernement Couillard et doit débuter en septembre. À titre de présidente de la Commission, Tamara Thermitus est chargée de piloter les consultations publiques qui doivent aboutir à un forum en novembre.

Le Parti québécois voit dans cette consultation commandée par le gouvernement une manoeuvre électoraliste. La Coalition avenir Québec s'y oppose, car, selon elle, on laisse entendre à tort que le racisme est érigé en système au Québec.

La Presse a tenté de joindre Mme Thermitus à plusieurs reprises depuis lundi pour obtenir sa version des faits. Lundi soir, nous avons reçu un appel de quelqu'un qui s'est présenté comme « monsieur Richard » et a dit représenter Mme Thermitus. Il a assuré que cette dernière nous contacterait hier. Mais hier en fin d'après-midi, le service des communications de la Commission nous a informés que la présidente ne nous parlerait pas. « Madame la Présidente n'a pas de commentaires à formuler à ce stade-ci », nous a-t-on écrit en début de soirée après une relance.

«Détresse» et départs

Nos sources déplorent que le climat actuel crée « beaucoup, beaucoup de souffrance », voire de la « détresse psychologique », parmi les employés.

Quand la présidente se fâche, « elle n'a plus de filtre, elle va lever le ton et employer des expressions très crues », confie une source au sein de la Commission.

Une autre source soutient que la crise actuelle fait « beaucoup trop de dégâts » pour n'être que le résultat d'une résistance aux changements chez les employés devant l'arrivée d'une nouvelle patronne.

Cette dégradation de l'atmosphère de travail a provoqué ou précipité des départs ou changements de fonctions, incluant à des postes clés, ou y a contribué. Selon nos informations, trois personnes auraient claqué la porte de la Commission et quatre autres auraient pris des congés temporaires, notamment pour échapper à un climat que plusieurs qualifient de « toxique ».

Au ralenti

Cette situation a forcément des répercussions sur les activités de la Commission. « Nos unités administratives fonctionnent, nos enquêtes se poursuivent, mais c'est sûr que tout est ralenti », a confié l'une de nos sources.

Les voix critiques reprochent aussi à Tamara Thermitus de n'avoir mis en place aucun plan global ni vision stratégique depuis son entrée en poste. Dès son entrée en fonction, la présidente s'était engagée à réduire les délais de traitement des dossiers de la Commission, mais selon les témoignages, « elle est devenue rapidement dépassée par la situation ».

Le personnel de la Commission est en « situation de survie », a noté un témoin. Résultat : « Toute l'énergie est mise au mauvais endroit, et ce sont les gens vulnérables que nous devons représenter qui finiront par en payer le prix. »

Parcours

Née à Port-au-Prince, arrivée au Québec en 1967, Tamara Thermitus a obtenu, en 2011, le Mérite du Barreau pour son action au service de la lutte contre la discrimination et les inégalités. L'avocate a longtemps travaillé au ministère de la Justice du Canada, à la section des affaires civiles du Bureau régional du Québec.

Malgré son curriculum vitae bien rempli dans le domaine de la protection des droits des minorités, sa nomination à la présidence de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui doit être approuvée par l'Assemblée nationale, a été dans un premier temps bloquée par l'opposition.

En décembre, le Parti québécois s'est finalement rangé derrière la candidature de Tamara Thermitus, qui a pu prendre la relève de Camil Picard, président par intérim, en février dernier.




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