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Quand le jeu vidéo s'invite en cours de langue étrangère

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MANON BILLING
Agence France-Presse
Paris

Assassin's Creed, Final Fantasy ou les Sims, nouveaux profs de langue étrangère ? En France comme outre-Atlantique, des enseignants mettent à profit le potentiel pédagogique des jeux vidéo pour surprendre et motiver leurs élèves.

« En classe, j'emmène ma console et je demande des volontaires pour jouer à Assassin's Creed. Les autres élèves participent en donnant leurs directives en italien », décrit à l'AFP Simone Bregni, qui enseigne la langue de Dante à l'Université de St. Louis au Missouri.

Cette méthode lui permet, par exemple, d'introduire l'apprentissage de l'impératif dès les premières semaines de son cours intensif basé sur le jeu vedette d'Ubisoft.

« Je commence par des méthodes d'apprentissage classique. Puis, on prolonge ce qui a été appris via l'utilisation de jeux vidéo », ajoute cet universitaire, lui-même joueur. Selon lui, ses élèves obtiennent des résultats 10 % supérieurs lorsqu'ils utilisent cet outil.

Jump, Start, Game over ... Les jeunes n'ont évidemment pas attendu que les jeux vidéo s'invitent en classe pour les utiliser pour se familiariser avec l'anglais : « en Europe, les "gamers traditionnels" ont commencé à jouer quand il n'y avait pas de traduction dans leur langue », relève Laura Gutierrez, interprète et fondatrice d'une entreprise de traduction de jeux vidéo.  

Mais du point de vue des enseignants, la popularité des jeux vidéo - le poids économique du secteur dépasse celui du cinéma - et leurs versions traduites dans plusieurs langues en font des supports de cours aussi légitimes que les chansons ou extraits de films déjà fréquemment utilisés.

« Un jeu vidéo peut motiver davantage qu'une leçon », souligne Laurence Schmoll, professeure de français langue étrangère (FLE) et chercheuse en didactique des langues à l'université de Strasbourg, qui en utilise également.

« Le caractère fictif permet de faire oublier l'angoisse de l'apprentissage [...] L'enjeu, c'est que les élèves le considèrent vraiment comme un jeu et non comme un exercice de plus », explique celle qui utilise plus volontiers des jeux commerciaux à gros budget que des logiciels spécialisées dans l'apprentissage des langues.

« Pas là pour remplacer »

Dans le jeu, « l'erreur n'est pas stigmatisante. C'est juste une invitation à recommencer », confirme Alexis Hassler, jeune professeur de FLE, pour qui il est crucial que l'enseignant s'implique, « invente une histoire autour de cette expérience ».

« Par exemple, sur [le jeu d'aventure] Myst, on joue aux reporters. Au lieu de dire "on va jouer à ce jeu", je dis "on va explorer cette île". Je pense que c'est une expérience forte qui va leur permettre de se rappeler des mots », dit-il.

Pour le chercheur américain Jonathon Reinhardt, « plusieurs principes clé d'un jeu bien conçu [...] trouvent leur équivalent dans l'enseignement d'une deuxième langue ».

« Par exemple, l'interaction, cruciale dans l'apprentissage d'une nouvelle langue, est aussi centrale dans l'expérience du joueur », tout comme « la poursuite d'objectifs », « les dialogues en contexte », et « la présence de systèmes d'évaluation [feedback] », écrivait-il dans un article publié en 2017.  

Même dans une application spécialisée dans l'apprentissage des langues comme Duolingo, les « mécanismes centraux » utilisés sont ceux de beaucoup de jeux, rappelle le porte-parole de la société Sam Dalsimer : « On joue, on gagne des points, on les dépense en jouant à nouveau ».

« Plus le jeu est difficile, plus on apprend, mais plus on perd de joueurs. On est toujours dans cet équilibre périlleux », ajoute-t-il, même si certains font remarquer que cette recherche d'assiduité peut autant tenir d'une méthode éducative que d'un modèle économique, car plus le joueur apprend, plus il rapporte.

Pour promouvoir toujours plus le côté « pédagogique » du jeu vidéo, le géant français du divertissement Ubisoft a noué un partenariat avec la chaîne TV5 Monde comprenant la mise en ligne de fiches d'exercices pour apprendre le français à des élèves étrangers à partir d'extraits d'Assassin's Creed.  

Même si, rappelle la vice-présidente aux nouveaux développements d'Ubisoft, Deborah Papiernik, « on n'est pas là pour remplacer les professeurs ».




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