Le bitcoin connaît un succès fulgurant auprès des spéculateurs chinois, qui exacerbent la volatilité des cours de la monnaie virtuelle et ne semblent guère dissuadés par la récente mise en garde des autorités.

Publié le 10 déc. 2013
Amanda WANG AGENCE FRANCE-PRESSE

La Chine est le premier marché pour les échanges de bitcoins et, signe de son influence, elle a fait ces derniers jours violemment tanguer les cours de la devise électronique, donnant le tournis à ses usagers.

Après un avertissement jeudi de la banque centrale chinoise interdisant aux établissements financiers toute transaction en bitcoins, la monnaie virtuelle a dévissé, un plongeon qui a fait se volatiliser en une heure l'équivalent de 5 milliards de dollars à l'échelle mondiale.

Sur BTC China, principale plateforme d'échanges du pays, le cours du bitcoin a chuté de 7050 yuans (1160$ US) -- non loin du cours de l'once d'or -- à environ 4500 yuans (740$ US), soit une dégringolade de plus de 35%.

Il est ensuite remonté au-dessus de 6000 yuans, avant de rechuter samedi, lorsque le géant de l'internet chinois Baidu a annoncé qu'il refusait désormais les paiements en bitcoins. Un repli violent mais temporaire, puisqu'il s'approchait à nouveau mardi des 6000 yuans.

«Les cours sont certainement très volatils quand on est au coeur de la tempête, mais c'est précisément cette volatilité qui offre des opportunités d'arbitrage à court terme», a assuré à l'AFP un spéculateur shanghaïen de 27 ans.

Il a affirmé acheter des bitcoins quand le cours dégringole: «Les risques vont de pair avec les opportunités», a-t-il commenté.

Le bitcoin a été inventé en 2009 dans le sillage de la crise financière par un informaticien anonyme qui souhaitait créer une monnaie ne dépendant d'aucune banque centrale ou institution financière.

Cette monnaie électronique, émise à partir de codes informatiques complexes, peut être stockée dans des portefeuilles électroniques et échangée de gré à gré via des plateformes électroniques contre des devises réelles, sans passer par le système bancaire.

Elle a pris son essor de façon fulgurante cette année en Chine, au point de faire de BTC China, fondée en 2011, la plus grande plateforme d'échanges du monde, avec un volume de transactions de 1,8 million d'unités en novembre.

Le cours du bitcoin en yuans sur BTC China a explosé, passant de 82,29 yuans (13,55$ US) au 1er janvier 2013 à un sommet de 7588,88 yuans le 30 novembre (1250$ US)... voyant ainsi sa valeur multipliée par 92 en onze mois.

De quoi contribuer à doper le renchérissement général de la monnaie électronique: le bitcoin a dépassé fin novembre la barre des 1000$ US pour la toute première fois, contre environ 200$ US un mois auparavant.

«Les échanges sur le bitcoin ont contribué à générer une bulle spéculative», avertit Ding Zhaoyong, professeur de finances à l'Université du Jilin, rappelant que la monnaie virtuelle n'est adossée à aucune activité réelle.

«Son inventeur n'a prévu aucun actif garantissant la valeur des bitcoins, donc si la bulle éclate, tout ce qu'il vous reste est une suite de chiffres sans valeur», a-t-il indiqué à l'AFP.

Une perspective qui ne semble pas dissuader les investisseurs chinois, pour qui les alternatives ne sont pas légion: les restrictions sur les achats immobiliers sont de plus en plus strictes, les Bourses chinoises ne génèrent que de maigres profits et les banques proposent des taux d'intérêt dérisoires, tandis que les autorités contrôlent étroitement les flux de capitaux hors de Chine.

Pour Bobby Lee, directeur de BTC China, cette monnaie virtuelle constitue «une classe d'actifs internationale» aux côtés de l'or, des actions et de l'immobilier.

«Le bitcoin va devenir (un investissement) populaire, j'en suis persuadé, et nous avons bon espoir d'encourager son développement en Chine», a assuré à l'AFP cet ancien ingénieur de Yahoo.

La banque centrale chinoise a cependant estimé la semaine dernière que les bitcoins «n'ont pas de cours légal» -- tout en rappelant que les particuliers étaient libres d'en acheter et d'en vendre «à leurs propres risques».

Ces risques ont justement été mis en lumière le mois dernier quand une plateforme d'échanges électroniques immatriculée à Hong Kong a fermé sans préavis, ses clients chinois voyant s'évaporer quelque 20 millions de yuans (3,3 millions US).