Plusieurs villes de la banlieue de Montréal sont complètement déconnectées des médias sociaux, un moyen pourtant économique et bien de notre époque mis à la disposition d'une administration locale pour communiquer avec ses citoyens. Selon l'étude Villes virtuelles, Gatineau est la capitale québécoise du web 2.0, tandis que Montréal prend les bouchées doubles pour se mettre à la page.

André Dubuc LA PRESSE

Si les dix premières villes québécoises au chapitre de la taille de la population ont toutes établi une présence dans les médias sociaux, ce n'est pas le cas quand on arrive dans les villes du 450. «Dans la couronne nord et la Rive-Sud, on a des villes qui n'ont aucune présence.

On appelle ça la banlieue fantôme, dit Hughes Chandonnet, directeur du studio de création Hubrid et coauteur de l'étude. Les villes-dortoirs dorment au gaz.»

Varennes a un compte Twitter qui n'avait pas encore émis un seul gazouillis, au moment de l'étude. Saint-Lambert, autre ville de la Rive-Sud, dispose d'une chaîne YouTube, inactive depuis 2008.

Blainville, 53 000 habitants, pourtant le paradis des jeunes familles de la couronne nord - une clientèle naturelle des réseaux sociaux -, ne comptait que 48 abonnés à son compte Twitter en date de vendredi dernier.

Même des banlieues de 75 000 habitants et plus, comme Terrebonne, Repentigny et Brossard, ne semblent ressentir aucun empressement à se faire des amis Facebook.

«On n'est pas encore branché, reconnaît d'emblée Alain Gauthier, directeur des communications de Brossard. La priorité a d'abord été de rajeunir notre site web, mais ça fait partie de nos priorités pour 2013. C'est clair. L'interactivité avec les citoyens est essentielle et les médias sociaux nous permettent de le faire de façon précise. On est loin du bulletin municipal», fait-il remarquer.

Une conseillère en communication axée web et médias électroniques a d'ailleurs été engagée par la Ville en février dernier.

D'après le spécialiste d'Hubrid, une ville gagnerait en efficacité à communiquer, par exemple, un avis d'ébullition d'eau à ses milliers d'abonnés à son compte Twitter.

Bond de 338% des abonnés à Montréal

La taille ne constitue pas un critère quant à la présence active ou non d'une ville sur Facebook ou Twitter, selon M. Chandonnet. À preuve, Shawinigan, 50 000 habitants, détient le taux de pénétration le plus élevé. Plus de 4% de sa population est abonnée à ses comptes sociaux.

«Ça fait déjà un bout de temps que la Ville a adopté Facebook et Twitter», dit François St-Onge, directeur des communications. Exemple d'une initiative entreprise, la campagne publicitaire Surprenant Shawinigan a été diffusée sur YouTube cette année.

Coréalisée par les firmes Misspixels, alias Isabelle Gagné, et Hubrid, l'étude Villes virtuelles a récolté les données à partir des pages Facebook, Twitter et YouTube des 50 plus importantes municipalités du Québec. Le travail s'est fait en deux temps: une première photo a été prise en mai de cette année et l'autre en octobre.

Leur principale observation? Les municipalités du Québec commencent à peine utiliser les réseaux sociaux. Par exemple, seulement 5 villes au Québec ont plus de 2000 abonnés, Facebook ou Twitter confondus. À titre d'exemple, la chaîne de magasins L'Aubainerie compte pratiquement 20 000 amis Facebook.

Les auteurs de l'étude se réjouissent par contre de la croissance rapide des activités entre mai et octobre. Le taux de présence régulière est passé de 40 à 60%. Montréal enregistre la plus forte croissance dans le nombre de ses abonnés avec un bond de 338%, de 1305 à 2960 abonnés.

Fort engagement des amis

Autre signe encourageant, les municipalités affichent un taux d'engagement plus fort que celui des sites de marques commerciales comme Aldo ou la Brigade du bonheur Coke. Le taux d'engagement se calcule en divisant le nombre de personnes qui parlent de la ville sur Facebook par le nombre total d'amis.

Les municipalités actives sur les réseaux sociaux affichent un taux d'engagement moyen de 13,9%, tandis qu'Aldo enregistre un taux de 2,6%.

C'est la ville de Gatineau qui décroche le titre de capitale québécoise du web 2,0. «Gatineau n'a pas seulement bâti la plus grande communauté Facebook des 50 municipalités, elle se démarque par le service d'alertes par messagerie texte, un site web pour appareils mobiles et une gestion exemplaire de la conversation avec le public», écrivent les auteurs de Villes virtuelles.ca.

La ville compte près de 4000 abonnés sur Twitter et Facebook. Elle vient de donner un contrat à une firme spécialisée en matière de médias sociaux pour aller encore plus loin dans ses communications bidirectionnelles.

«Le Web 2.0 permet à la ville de positionner des messages rapidement et de recevoir la rétroaction des citoyens», écrit dans un courriel le service des communications de Gatineau.

Les élèves modèles:

Villes comptant 1500 abonnés et plus sur Facebook et Twitter

- Gatineau

- Québec

- Montréal

- Laval

- Shawinigan

- Sherbrooke

- Boucherville

- Lévis

Les cancres:

Villes n'ayant aucune présence ou presque sur les réseaux sociaux

- Terrebonne

- Repentigny

- Brossard

- Drummondville

- Saint-Jérôme

- Granby

- Blainville

- Saint-Hyacinthe

Source: Villesvirtuelles.