Plus le premier tournoi du Grand Chelem de la saison progresse, plus les chances de voir l’une des favorites remporter les grands honneurs diminuent.

Publié le 22 janvier
Nicholas Richard La Presse

La WTA a cette particularité, moins présente à l’ATP, d’être souvent imprévisible. Contrairement au côté masculin, aucun match n’est scellé d’avance, même pour les têtes de série. C’est une tendance qui semblait se confirmer au cours des dernières années, et les joueuses le vivent à la dure actuellement aux Internationaux d’Australie.

Garbiñe Muguruza (3), Anett Kontaveit (6), Anastasia Pavlyuchenkova (10), Sofia Kenin (11), Elena Rybakina (12), Naomi Osaka (13), Elina Svitolina (15), Angelique Kerber (16), Emma Raducanu (17), Cori Gauff (18), Petra Kvitová (20), Belinda Bencic (22) et Leylah Annie Fernandez (23) se sont toutes vu montrer la porte lors des premiers tours. C’est donc dire que 13 des 23 meilleures joueuses ne participeront pas à la deuxième semaine du tournoi. C’est énorme. Seulement l’une de ces joueuses, Svitolina, s’est fait battre par une autre tête de série, en l’occurrence Victoria Azarenka (24), toujours excellente à Melbourne.

Il est difficile d’expliquer ce phénomène. Au cours des dernières années, le tennis féminin a toujours été plus ouvert, laissant place à plus de surprises en Grand Chelem. Barbora Krejcikova et Emma Raducanu à Roland-Garros et aux Internationaux des États-Unis en 2021, Iga Swiatek à Roland-Garros en 2020 ou Bianca Andreescu aux Internationaux des États-Unis en 2019 sont des exemples récents de l’extraordinaire parité dans le monde du tennis féminin.

La compétition est telle qu’aucune joueuse n’a gagné deux tournois majeurs dans la même année depuis Angelique Kerber en 2016, qui avait triomphé en Australie et aux États-Unis.

Il ne faut donc pas s’étonner de voir autant de nouveauté lors de la deuxième semaine de la quinzaine australienne.

Avec les nouvelles méthodes d’entraînement et la spécialisation des athlètes, il faut aussi souligner que la marge entre les joueuses du top 10 et les autres du top 50 est de moins en moins grande. Les athlètes sont de plus en plus talentueuses, et c’est aussi ce qui peut expliquer la montée en flèche de certaines joueuses.

Difficile constance

Cette parité du côté féminin se transpose justement dans le classement mondial. Seules trois joueuses qui se retrouvaient dans le top 10 à pareille date l’année dernière y sont encore aujourd’hui. Ashleigh Barty, qui est restée au sommet, Aryna Sabalenka, qui est passée de la septième à la deuxième place, et Karolina Pliskova, qui a grimpé d’un rang, de la sixième à la cinquième place. C’est tout.

PHOTO MARTIN KEEP, AGENCE FRANCE-PRESSE

Ashleigh Barty est la numéro un mondiale depuis septembre 2019.

L’émergence des jeunes joueuses ne fait aucun doute. Elles sont en train de prendre le contrôle du circuit. Toutefois, avec la jeunesse viennent le manque d’expérience et le manque de constance. C’est probablement ce qui explique que des Fernandez, Raducanu, Kenin et Gauff ont de la difficulté à s’imposer tournoi après tournoi.

C’est d’autant plus surprenant, par contre, lorsque des championnes du Grand Chelem comme Muguruza et Kerber baissent pavillon lors des deux premiers tours.

Si certains aiment le privilège d’assister à la domination d’un groupe sélect de joueurs du côté masculin, cette hétérogénéité chez les dames a de quoi plaire. Chaque tournoi est une surprise. Aucun match n’est acquis, même lors des premiers tours. Il est aussi plus probable de couronner de nouvelles championnes. Ce qui, ultimement, est bon pour le tennis, sa diversité et pour l’intérêt que génère chaque début de tournoi. Le tennis n’est pas l’affaire d’une seule joueuse ou deux constamment, quoique…

Cette irrégularité donne beaucoup de mérite aux deux joueuses les mieux classées au monde : Ashleigh Barty et Aryna Sabalenka. Elles dominent la planète tennis et sont inébranlables au sommet de la pyramide. Malgré les vagues et les courants, elles font face au vent, pendant que leurs rivales alternent chaque semaine dans le top 10. C’est dire à quel point elles sont au-dessus de la mêlée. Sabalenka n’a pas encore remporté de titre majeur, mais le fait d’être dans le top 5 depuis mai 2021 et de continuer à y progresser est un exploit en soi.

Que dire de Barty ? L’Australienne est la numéro un mondiale depuis septembre 2019, et personne n’a encore réussi à l’atteindre. Ni même la montée des jeunes ou la constance des vétéranes. C’est un fait d’armes important, comme ses deux titres en tournoi majeur. En ajoutera-t-elle un troisième pour confirmer sa suprématie ?