Rien ne ressemble à un tournoi du Grand Chelem en ce moment au Centre national de tennis Billie Jean King, de New York, mais c’est pourtant là que seront disputés les Internationaux des États-Unis à compter de lundi.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Beaucoup estiment d’ailleurs que le tournoi n’aura pas la même valeur, que le nom des champions devra être accompagné d’un astérisque dans la liste des vainqueurs à New York.

« C’est toute l’année qui mérite un astérisque, a souligné l’Américaine Serena Williams, cette semaine en point de presse. Nous vivons une année spéciale comme n’en ont jamais vécu les gens de cette génération, de cette époque. C’est quelque chose d’historique et nous en tirons des leçons pour le futur. »

En l’absence des deux premières du classement mondial — Ashleigh Barty et Simona Halep — et de six des huit premières, Williams est encore l’une des favorites d’un tournoi qu’elle a remporté six fois, mais où elle a perdu les deux dernières finales. À 38 ans, son expérience pourrait lui servir dans les circonstances particulières dans lesquelles les athlètes vont devoir évoluer.

« Il y aurait eu un astérisque de toute façon parce que ce tournoi est unique et que nous n’avons jamais joué dans de telles conditions, a rappelé Williams. J’essaie de ne pas trop y penser. Je suis ici, il y a beaucoup d’autres joueuses qui sont ici et il y en a aussi énormément qui ne le sont pas. Et il va falloir jouer au tennis, astérisque ou pas !

Et ceux qui vont gagner pourront se dire : “Wow, j’ai réussi à gagner dans ces circonstances folles sans spectateurs. C’était étrange, stérile, mais j’ai réussi à passer à travers mentalement.” J’ai l’impression que ce tournoi va être un test mental avant tout.

Serena Williams

Avec déjà 23 titres en Grand Chelem, à seulement un du record de l’Australienne Margaret Court, Williams est dans une classe à part. Aucune autre participante ne compte plus de trois titres majeurs ni ne semble prête à prendre le pouvoir, comme l’Américaine l’avait fait au début des années 2000.

Cela pourrait ouvrir la porte à une néophyte, un peu comme l’avaient fait Bianca Andreescu et Naomi Osaka, l’année dernière et en 2018. Et elles sont nombreuses à avoir les atouts pour se faufiler jusqu’au bout.

Un tournoi du Grand Chelem, quand même !

Chez les hommes, le numéro un mondial, Novak Djokovic, est à New York, mais l’absence des deux autres joueurs du “ Big Three ” — Rafael Nadal et Roger Federer — n’est pas sans diminuer le prestige de la compétition aux yeux de beaucoup.

Depuis cinq ans, les trois joueurs ont remporté 18 des 20 tournois du Grand Chelem disputés.

Avec 17 titres au total, contre 20 à Federer et 19 à Nadal, Djokovic a une chance de s’approcher de ses rivaux et il n’entend pas s’embarrasser des qu’en-dira-t-on. “ Vous savez, Federer, Nadal et Wawrinka ne sont pas là, mais tous les autres meilleurs joueurs sont là, a-t-il souligné cette semaine, en conférence de presse. Je ne crois donc pas que cela fait une différence pour savoir si ce tournoi doit être considéré comme tous les autres tournois du Grand Chelem en termes d’importance ou de valeur.

PHOTO ROBERT DEUTSCH, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Novak Djokovic

J’ai vu que certains en parlaient et qu’ils estimaient que [le tournoi] n’a pas la même valeur. Je ne suis pas d’accord, car la plupart des meilleurs joueurs sont là.

Novak Djokovic

‘Bien sûr, poursuit-il, les circonstances et les conditions sont différentes. Oui, il n’y a pas de foule, il y a des restrictions, il y a une bulle, nos équipes n’ont pas les mêmes accès à certaines zones des vestiaires… Mais nous avons des loges !’

L’absence du public a en effet permis aux organisateurs d’offrir aux joueurs classés l’accès à des loges privées sur le court central où ils peuvent se reposer, subir des traitements, manger, passer du temps avec leur équipe, suivre les autres matchs.

Djokovic en a une, mais il est l’un des quelques athlètes qui ont préféré loger avec les autres membres de leur équipe dans une résidence privée, et non à l’hôtel officiel du tournoi.

Montré du doigt cet été après le fiasco du Adria Tour, une compétition amicale qu’il avait organisée dans sa région, le Serbe assure ne rien regretter, mais il avoue en avoir tiré des leçons.

‘J’ai passé plus de temps avec mes parents et mes frères au cours des derniers mois qu’au cours des 15 années précédentes, a-t-il confié. Et cela a été merveilleux de passer du temps de qualité avec ma femme et mes enfants, de pouvoir leur lire des histoires au coucher, de pouvoir nous baigner, faire du sport, prendre nos repas ensemble, parler de la vie, les voir grandir… Cela m’a vraiment touché.’

Génération montante

En attendant de retrouver cette sérénité familiale, dans quelques années, espère-t-il, Djokovic va devoir se frotter à New York à une nouvelle génération d’aspirants aux grands titres. Et il devra se méfier particulièrement du finaliste de l’an dernier, Daniil Medvedev.

PHOTO FRANK FRANKLIN II, ASSOCIATED PRESS

Daniil Medvedev

Le Russe de 24 ans a d’ailleurs souligné cette semaine : ‘Pour nous [les aspirants à un premier titre du Grand Chelem], c’est une grosse opportunité, puisqu’il n’y a que trois anciens champions dans le tournoi : [Marin] Čilić, [Andy] Murray et Novak. Ça laisse plus de chances à tous les autres joueurs.

‘C’est difficile de prévoir ce qui va passer, car c’est rare d’avoir 150 joueurs qui n’ont pas joué depuis cinq mois et qui se retrouvent tous un peu au même niveau. Chaque match sera difficile et je ne veux me concentrer que sur mon premier adversaire. Le titre ? Je n’y pense pas !’

Des bourses dignes d’un Grand Chelem

Malgré l’impact économique de la pandémie, les Internationaux des États-Unis vont offrir des bourses pratiquement identiques à celles de l’an dernier, la rétribution totale des joueurs s’élevant à 53,4 millions US (57,2 millions US en 2019). Les joueurs et joueuses éliminés au premier tour en simple toucheront un chèque de 61 000 $ US, de quoi accepter plus facilement quelques semaines de vie dans une bulle.

PHOTO CHARLES KRUPA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

La championne en titre, Bianca Andreescu, a dû déclarer forfait en raison d'une blessure persistante.

Absentes, les favorites

Ce sont pas moins de six des huit premières joueuses mondiales qui ont décidé de ne pas prendre part aux Internationaux des États-Unis. Si la Canadienne Bianca Andreescu a déclaré forfait en raison d’une blessure qui tarde à guérir parfaitement, toutes les autres ont renoncé en raison des craintes liées à la pandémie. En définitive, seules Karolina Pliskova (3e) et Sofia Kenin (4e) sont à New York.

Les absentes : Ashleigh Barty (1), Simona Halep (2), Elina Svitolina (5), Bianca Andreescu (6), Kiki Bertens (7), Belinda Bencic (8).
Chez les hommes, ce sont cinq joueurs du top 15 qui manquent à l’appel : Rafael Nadal (2), Roger Federer (4), Gaël Monfils (9), Fabio Fognini (11) et Stan Wawrinka (15).