Comme plusieurs des meilleurs au monde, le joueur de tennis québécois Félix Auger-Aliassime vient de déménager dans un paradis fiscal, soit Monaco.

VINCENT BROUSSEAU-POULIOT LA PRESSE

Depuis le début de l'année, Félix Auger-Aliassime a élu sa résidence fiscale à Monaco, selon le site officiel du circuit professionnel de tennis (ATP). Monaco n'impose pas d'impôt sur le revenu.

Félix Auger-Aliassime est l'un des meilleurs espoirs du tennis mondial. À 18 ans, le joueur québécois est classé 104e au monde. Il porte les couleurs du Canada sur la scène internationale, car la citoyenneté et la résidence fiscale sont deux concepts distincts.

En s'établissant dans un paradis fiscal, Félix Auger-Aliassime suit ainsi l'exemple de la plupart des meilleurs joueurs de tennis du Canada: Milos Raonic (Monaco), Eugenie Bouchard (Bahamas), Denis Shapovalov (Bahamas) et Vasek Pospisil (Bahamas). Du côté masculin, 5 des 15 meilleurs joueurs au monde ont élu domicile à Monaco (Djokovic, Zverev, Cilic, Raonic, Medvedev).

Félix Auger-Aliassime explique sa décision de déménager à Monaco par des motifs géographiques et tennistiques.

«Depuis deux ans, il était devenu de plus en plus difficile avec mon horaire chargé de revenir régulièrement à Montréal et de m'y entraîner [...], a-t-il indiqué à La Presse par courriel. Monaco s'est donc avéré de loin la meilleure option pour nous, tant d'un point de vue géographique que tennistique. En effet, la majorité des tournois professionnels sont en Europe [...] Monaco est également la base d'entraînement de plusieurs joueurs qui font partie de l'élite du tennis [...]. Des impôts, un joueur de tennis professionnel doit en payer partout où il joue, peu importe où il réside. Ce n'est donc pas la justification principale de cette décision.» 

Les joueurs de tennis sont imposés comme des non-résidents sur les bourses dans certains pays où ils jouent des tournois, généralement à un taux d'entre 20 et 30%. Or, un joueur qui réside au Canada devra payer au fisc canadien la différence entre l'impôt de non-résident payé sur sa bourse et l'impôt canadien (dont le taux atteint 53,31% à partir d'un revenu de 205 842 $ par an). Un joueur qui réside fiscalement à Monaco n'aura aucun impôt supplémentaire puisque la principauté n'a pas d'impôt sur le revenu. 

Les joueurs installés à Monaco ne paient pas non plus d'impôts sur leurs revenus de commandites.

Formés à Montréal

S'ils résident aujourd'hui dans un paradis fiscal, Milos Raonic, Eugenie Bouchard et Félix Auger-Aliassime ont été formés à l'adolescence au Centre national d'entraînement (CNE) de Tennis Canada à Montréal. Un adolescent paie annuellement 5000 $ pour être membre du CNE, et Tennis Canada dépense ensuite environ 100 000 $ par joueur sur son développement. Félix Auger-Aliassime a fréquenté le Centre national d'entraînement de Tennis Canada pendant quatre ans, soit de 14 à 17 ans.

Félix Auger-Aliassime dit être «conscient que le Canada et [Tennis Canada] ont beaucoup fait pour m'emmener là où je suis aujourd'hui. Mon déménagement ne me fera jamais oublier ça». Il précise aussi que «l'un de [ses] objectifs les plus importants» est d'aider «le plus grand nombre possible de jeunes Canadiens à pratiquer le tennis». Il indique appuyer deux organismes au Québec aidant les jeunes moins fortunés à pratiquer différents sports, dont le tennis. Au bout du compte, «c'est très important pour moi d'être un jour en mesure de redonner beaucoup plus que ce que j'ai eu la chance de recevoir avec le tennis», indique-t-il.

Denis Shapovalov reçoit actuellement une aide financière de Tennis Canada pour payer une partie de ses frais d'entraîneur et de soutien (en retour, il s'engage à jouer la Coupe Davis et participer à des activités). Tennis Canada travaille à une entente similaire avec Félix Auger-Aliassime, qui a gagné environ 290 000 $ US en bourses en 2018. «Félix est un ambassadeur de première classe et a toujours démontré son intérêt et sa volonté de redonner à son sport», indique Michael Downey, président et chef de la direction de Tennis Canada, par courriel. «Quand des joueurs choisissent d'établir leur résidence à l'extérieur du Canada, c'est évidemment une décision personnelle qui ne nous regarde pas, mais nous savons que tous ces joueurs continuent d'avoir un impact positif sur notre société et sur le tennis canadien en général», indique M. Downey.

Tennis Canada est un organisme sans but lucratif qui chapeaute la pratique du sport au pays. Il est propriétaire de la Coupe Rogers, qui a généré des profits d'environ 20 millions en 2017. Tennis Canada se sert de la plupart de ses profits pour investir dans ses programmes de développement de l'élite (12,4 millions en 2017), dont le Centre national d'entraînement. Tennis Canada a aussi reçu un financement annuel d'environ 840 000 $ de Sport Canada, un organisme financé par le gouvernement fédéral.