(Toronto) À peine cinq minutes plus tôt, Chris Boucher travaillait ses lancers aux côtés des vedettes de son équipe. Mais quand les mêlées de presse se sont amorcées à même le court, le Montréalais est sagement allé s’asseoir sur les lignes de côté, prêt à donner quelques entrevues pendant que ses coéquipiers étaient assaillis par les hordes de caméras.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Mais ne croyez pas que le jeune homme allait se plaindre du peu d’attention que la faune journalistique américaine lui accordait. À 26 ans, le grand gaillard de 6 pi 10 po n’est pas pressé, trop occupé à savourer sa présence en finale de la NBA.

« Chaque fois que j’ouvre la télé, ça parle des Raptors, de la finale, et je peux dire que j’en fais partie. Je n’aurais jamais pensé me retrouver là un jour », confie le natif de Sainte-Lucie, dans les Caraïbes, qui a toutefois grandi dans le quartier Côte-des-Neiges.

Théoriquement, ce sera la deuxième présence de Boucher en finale.

L’année dernière, il appartenait à l’organisation des Warriors de Golden State, ceux-là mêmes qui disputent le championnat aux Torontois.

Mais à Oakland, il ne s’est jamais senti dans le coup, disputant une seule minute en saison et aucune en séries.

Libéré par les Warriors pendant l’été, il a signé un contrat à deux volets avec les Raptors et a explosé chez les 905, leur club-école dans la G-League, recevant les titres de joueur le plus utile à son équipe et de joueur défensif par excellence. Ses succès lui ont d’ailleurs valu 28 matchs dans la NBA pendant la saison, et deux au cours des présentes séries.

À l’heure actuelle, on lui confie toujours un rôle de réserviste, mais Boucher assure qu’on le traite comme un membre à part entière de l’équipe.

« Je sens qu’ils ont des plans pour moi, qu’ils voient mon potentiel. J’ai montré de beaux flashs pendant la saison, je crois que c’est ce qu’on attendait de moi. »

Retrouver Durant

En finale, le Québécois aura la chance de renouer avec son mentor Kevin Durant, qui avait pris le jeune homme sous son aile l’an dernier.

« C’est lui qui m’a ouvert les yeux, qui m’a montré combien il faut que je travaille fort pour arriver à mes fins, explique Boucher. Juste de savoir que quelqu’un comme lui croyait en moi, ça m’a donné beaucoup de confiance. »

Même si, pour des raisons évidentes, les deux joueurs n’ont plus l’occasion de se croiser, ils restent en communication constante.

« Je lui ai parlé quand il s’est blessé récemment. Je l’appelle pour lui raconter ce qui m’arrive, et il me dit comment m’améliorer. Lui-même a vécu des moments difficiles, mais il s’est toujours relevé. C’est facile d’écouter des gens comme ça. »

Le jeune homme n’a pas nécessairement retrouvé un tel complice à Toronto, mais il avoue s’inspirer de Kawhi Leonard.

« Depuis le début de l’année, il nous dit que tout ce qui compte, c’est d’aller en finale. Et il nous a amenés ici. Il n’avait presque pas joué l’année passée [à San Antonio], mais il est revenu plus fort avec nous. Ça me dit que si je suis patient et que je traverse chaque étape, je vais arriver à mon but. »

L’étape actuelle implique toutefois de longues minutes passées au bout du banc, dans l’attente que l’entraîneur Nick Nurse fasse appel à lui.

Sa famille sera tout de même présente dans les gradins ce soir pour l’encourager.

« On ne sait jamais ce qui va arriver, qui peut se blesser, note Boucher. Je connais les jeux, je sais ce que j’ai à faire. J’attends ma chance, elle va venir. »

Le mystère Kawhi

PHOTO FRANK GUNN, LA PRESSE CANADIENNE

Kawhi Leonard

Dans une ligue où les joueurs charismatiques ne sont pas une ressource rare, Kawhi Leonard n’était pas exactement le plus beau des cadeaux pour les centaines de représentants des médias qui ont convergé vers le Scotiabank Arena, hier.

Une dizaine de questions lui ont été posées. Moins de sept minutes après son arrivée au podium, il était déjà parti, sans l’ombre d’un sourire, concluant un subtil mélange de questions expédiées et de longues réponses traînantes qui ne nous ont pas appris grand-chose.

« Quel souvenir gardes-tu de ton premier match en finale [en 2013] ?

– J’étais anxieux. »

Vous voyez le genre.

L’ascendant qu’il exerce sur le terrain, lui, est indéniable. Que ce soit de leur propre chef ou en réponse à des questions, pratiquement tous les joueurs et entraîneurs interrogés hier ont parlé de Leonard.

« En vieillissant, il s’assagit, il comprend mieux que jamais la couverture dont il fait l’objet par ses adversaires », a constaté l’entraîneur-chef des Warriors, Steve Kerr.

« On ne sait pas comment se préparer à l’affronter parce qu’il ne ressemble à personne d’autre », a ajouté Draymond Green, aussi des Warriors.

« Des gars comme Stephen Curry, LeBron James ou Kevin Durant sont des marqueurs naturels ; ce n’est pas le cas de Kawhi. Mais il est tellement dominant… » — Draymond Green

Le président des Raptors, Masai Ujiri, a pour sa part vanté l’éthique de travail irréprochable de son joueur de concession. Ce n’était un secret pour personne que Leonard n’était pas enchanté de débarquer à Toronto lorsqu’il a été acquis des Spurs l’été dernier. Et jamais il n’a véritablement signifié explicitement son intention de s’établir à long terme dans la Ville Reine.

Cela n’a jamais paru sur le court, assure toutefois son patron.

« Il a travaillé toute l’année sans relâche, malgré les blessures, a dit Ujiri. On savait qu’on mettait la main sur ce genre de joueur. Sa manière de jouer a donné le ton à toute l’équipe. Chaque fois qu’il se présente ici, c’est pour gagner. »

Ujiri a raconté avoir assisté discrètement à une partie amicale des Spurs alors que ceux-ci visitaient Toronto, il y a quelques années. Des joueurs et leurs entraîneurs s’affrontaient après un entraînement. Mais il n’avait d’yeux que pour Leonard.

« Il a tout donné, même si c’était pour s’amuser. Il est comme ça. »

Les journalistes présents hier, venus d’un peu partout dans le monde, ont tenté d’en savoir plus sur la personnalité de Leonard.

« Il est juste normal ! », s’est esclaffé Pascal Siakam.

« C’est un gars cool, un peu comme tout le monde dans l’équipe », s’est risqué Kyle Lowry.

« Est-ce qu’il est drôle ? », a lancé un reporter du fond de la salle.

« Très ! », a rétorqué Lowry.

Cette fois, tout le monde a ri.

L’équipe globale de Masai Ujiri

PHOTO DAN HAMILTON, USA TODAY SPORTS

Masai Ujiri, président des Raptors de Toronto

Trois questions, trois réponses. En trois langues différentes.

La mêlée de presse de Serge Ibaka avait quelque chose de surréel, hier. Le joueur des Raptors a enchaîné en quelques secondes des interventions en anglais, en français et en espagnol. Et il aurait aussi bien pu le faire en catalan ou en lingala, langue parlée dans son Congo natal, que ce n’aurait pas été plus complexe pour lui.

Ibaka est sans doute l’illustration la plus probante de « l’équipe globale » que Masai Ujiri a réunie.

Lui-même né en Angleterre de parents nigérians, le président des Raptors se réjouit d’entendre parler de multiples langues dans le vestiaire, à commencer par certains de ses joueurs clés.

Marc Gasol est espagnol, OG Anunoby est britannique, Pascal Siakam est camerounais – il a d’ailleurs reçu les félicitations du gouvernement du Cameroun au cours des derniers jours pour être devenu le premier représentant de ce pays en série finale de la NBA.

« C’est ce dont on rêvait, c’est l’identité de notre équipe. Ça se reflète même dans notre personnel. En tant qu’Africain moi-même, j’en suis très fier. Nous sommes à l’image de Toronto. » — Masai Ujiri, président des Raptors

« Nous sommes heureux d’être l’équipe globale qui représente la NBA », a-t-il encore dit, soulignant au passage que serait présenté le premier match disputé hors des États-Unis en série finale dans l’histoire de la ligue.

« Ça va être fou [ce soir], dimanche soir et pour encore longtemps », a-t-il promis.

Steve Kerr, entraîneur des Warriors, a abondé dans le même sens, sachant fort bien qu’il affronterait ce soir une foule chauffée à blanc.

« Toronto a toujours été une de mes villes préférées, et c’est le cas pour bien du monde dans la ligue, a-t-il raconté. Notre équipe comprend ce que [cette finale] représente pour tout le pays. C’est une énergie différente, et c’est excellent pour le sport. »

Thompson et Drake

PHOTO KYLE TERADA, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Klay Thompson

Le rappeur Drake est en soi un sujet de conversation dans ces séries de la NBA. Les frasques du Torontois depuis les lignes de côté des Raptors ont peut-être autant fait jaser que les exploits de Kawhi Leonard. Alors qu’on lui demandait s’il appréciait le rappeur, Klay Thompson, des Warriors, a avoué qu’il l’aimait « comme musicien, mais pas comme fan des Raptors ». Dans un réel moment de confidence, Thompson a tout de même avoué qu’il sautait ces temps-ci certaines pistes R’n’B du chanteur, jugées trop tranquilles. « Je suis plutôt en mode tueur », a-t-il expliqué. Dossier clos.

La NBA et Drake

Il n’y a pas que Thompson qui aimerait que Drake se limite à chanter. La NBA a en effet demandé aux Raptors de sommer le rappeur de limiter ses moments d’exubérance pendant les matchs. S’il se limite habituellement à se lever et à applaudir les bons coups de ses favoris ou à crier pour déranger les rivaux des Raptors — ce qui est permis selon la politique de conduite des partisans de la NBA —, Drake a aussi soulevé l’ire d’au moins un entraîneur adverse pour avoir marché sur le terrain pendant un temps mort et massé les épaules de l’entraîneur-chef des Raptors, Nick Nurse – ce qui n’est pas permis selon la politique de la ligue. Drake porte le titre officiel d’ambassadeur des Raptors. (Avec La Presse canadienne)

Curry le Torontois

Ce n’est plus un secret pour grand monde : Stephen Curry a passé une partie de sa jeunesse à Toronto puisque son père Dell y a disputé les trois dernières saisons de sa carrière. Curry a une nouvelle fois raconté cette histoire hier, précisant que sa copine avait grandi à Markham, en banlieue de la Ville Reine. Le ton et l’attitude ne mentaient pas : la vedette des Warriors est prête à passer à un autre appel. Contrairement à la veille à Oakland, il s’est toutefois gardé d’implorer les journalistes de « parler de basketball ». À sa défense, il sortait alors d’un interrogatoire de fond sur les plats préférés de son enfance au Canada.

Pas d’érable pour OG

L’une des vedettes de la journée d’hier a été Guillermo Rodriguez, humoriste du talk-show de Jimmy Kimmel. Le personnage reconnaissable à sa moustache et à sa petite taille interviewait les joueurs à brûle-pourpoint, un peu à la manière d’Infoman. Interrompant la mêlée de presse d’OG Anunoby, il a invité le joueur des Raptors à partager avec lui un shooter de sirop d’érable pour célébrer le Canada. Anunoby a toutefois décliné, invoquant une allergie. Au moment de publier, on ne savait pas si ce moment de malaise serait conservé au montage final de l’émission.

Joueront, joueront pas ?

Le mystère entoure toujours le retour au jeu de DeMarcus Cousins chez les Warriors. Cousins n’a disputé que deux rencontres jusqu’ici en séries. Blessé à un quadriceps, il croyait d’abord sa saison terminée, mais son entraîneur a laissé entendre hier qu’il devrait apparaître en finale. Aucune décision n’avait encore été prise à son sujet hier en vue du match de ce soir. Il est toutefois acquis que Kevin Durant n’y sera pas, toujours ennuyé par une blessure à un mollet. Chez les Raptors, un retour d’OG Anunoby ce soir semble peu probable. Anunoby récupère toujours d’une appendicectomie.