Pendant que ses petits de deuxième année étaient à leur cours de musique, Katerine Savard avait le temps – et le goût – de parler, mercredi matin.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

La nageuse s’étonne encore du retentissement de son cri du cœur dans un article paru dans La Presse il y a un mois et demi. Au début du deuxième confinement, elle avait exprimé son inquiétude de ne plus avoir accès à son lieu d’entraînement.

Réduite à faire la file pour accéder à de trop rares bains libres, après ses journées de stage d’enseignante dans une école primaire, la médaillée des Jeux olympiques de Rio se demandait si sa carrière finirait de la sorte. L’Institut national du sport du Québec, demeuré ouvert, ne pouvait l’accommoder, puisqu’elle ne s’y entraînait pas déjà.

« Je pense que ça a touché des gens, a constaté Savard au téléphone. Ce n’est pas tout le monde qui savait. Les gens croyaient que tous les athlètes olympiques s’entraînaient au Stade. »

Les messages ont afflué. Des gens de tous âges et milieux offraient leurs encouragements, lui demandaient de se faire leur porte-voix ou de s’adresser à leurs jeunes. Même le footballeur Laurent Duvernay-Tardif a écrit pour offrir son soutien et son aide.

« C’était vraiment gentil, je ne le connaissais pas du tout. J’ai trouvé ça incroyable qu’un grand athlète comme lui démontre cette générosité envers une athlète comme moi, qui n’a pas autant de notoriété au Québec. Je me suis dit : on n’est pas seuls. »

Un membre de l’équipe de production de Nadia, Butterfly, film sélectionné à Cannes dont Savard tient le premier rôle, a contacté une connaissance dans l’équipe de Valérie Plante. La mairesse de Montréal a fait des démarches auprès de l’Association sportive et communautaire du Centre-Sud (ASCCS), où elle nage elle-même le matin, pour voir s’il était possible de lui donner un coup de main.

Pendant deux semaines, Savard a donc eu accès à un couloir dans le bassin de 25 mètres du complexe aquatique de l’ASCCS.

« Je remercie tout le monde qui m’a aidée pour ça ! Le personnel de la piscine était vraiment génial. Ils faisaient tout en leur pouvoir pour m’accommoder. Ils s’informaient des heures dont j’avais besoin, s’assuraient de me réserver un corridor. Ils étaient prêts à m’offrir plus si j’en avais besoin. »

C’est incroyable. Ça a certainement sauvé [ma forme] pendant une partie de cette deuxième pause-là.

Katerine Savard, nageuse olympique

Elle a pu saluer la mairesse à quelques reprises en sortant de l’eau. Elle lui a parlé de son stage qui se terminera la semaine prochaine, dernière étape d’un baccalauréat entamé en 2015.

« Je pense que mon histoire, qui est probablement celle d’autres athlètes aussi, l’a touchée. Elle était donc prête à m’aider. »

Le 30 octobre, Valérie Plante a publié un tweet dans lequel elle remerciait l’ASCCS et exprimait sa fierté d’avoir partagé la même piscine que Savard, dont elle est « fan ». La veille, le gouvernement québécois avait annoncé qu’il permettait le retour à l’entraînement pour les athlètes de haut niveau en zone rouge.

Savard a quand même dû attendre près de deux semaines de plus avant de pouvoir replonger au complexe sportif Claude-Robillard. Le temps pour son entraîneur Claude St-Jean d’obtenir les autorisations nécessaires pour ses trois nageurs ciblés (Savard, Mary-Sophie Harvey et le jeune Jeremy Koueiki) et leurs cinq « partenaires d’entraînement indispensables ».

« La situation est excellente parce qu’on a accès à toutes nos heures d’entraînement et un accès à la salle d’entraînement avec le préparateur », s’est réjoui le coach, Claude St-Jean. « Un autre avantage est qu’on a nagé cinq matins par semaine en bassin de 50 mètres, ce qu’on n’avait pas fait depuis mars. »

À 27 ans, Katerine Savard s’inquiète un peu des « dommages » de ce deuxième arrêt forcé en quelques mois. « C’est sûr que j’en ai perdu un peu, mais je ne suis pas découragée. Faut y croire. »

« Ça se passe beaucoup dans la tête en ce moment. C’est les doutes. On ne sait pas encore si les Jeux olympiques vont vraiment avoir lieu. C’est beaucoup de questionnements, mais je fais comme s’ils auront lieu. On fait du mieux qu’on peut. »

Les Essais olympiques et paralympiques sont toujours prévus du 7 au 11 avril. La native de Pont-Rouge ne serait « pas surprise » qu’ils soient repoussés de quelques mois, étant donné le resserrement des restrictions lié à la résurgence des infections de COVID-19 un peu partout au pays.

Elle ne sait pas trop quoi penser de cette perspective : « Je suis vraiment une fille de compétition, ça me manque beaucoup. Mais pour la confiance, ce serait peut-être mieux que ce soit plus tard. »

Quand on y réfléchit, il me manque cinq mois d’entraînement dans une année. C’est beaucoup dans un sport de centièmes. Je réalise que je ne serai peut-être pas prête en avril.

Katerine Savard

Dans le contexte actuel, il n’y aura évidemment pas de stage dans le Sud durant les Fêtes. St-Jean songe à décorer le pourtour de la piscine avec des palmiers et des photos de la Floride pour créer une ambiance « plus chaude ».

Pour l’heure, les autres nageurs de CAMO, ceux qui ne sont pas en sport-études, sèchent, littéralement. Savard pense à eux et à tous ces jeunes et moins jeunes privés de leurs activités sportives.

« Je comprends la pandémie, la situation dans le monde et au Québec. Mes parents sont dans le domaine de la santé. Je suis sensible aux deux facettes. Mais je pense également que des choses peuvent se faire. Dans ma tête, il y a peut-être des non-sens. Pourquoi le Costco est-il rempli mais les enfants ne peuvent pas pratiquer leur sport de façon sécuritaire, avec des balises ? Je pense que c’est possible. Ce serait important pour la santé. »

Au bout du fil, elle s’anime, soulève l’exemple des gyms, dont elle s’explique mal la fermeture. « Si tu veux m’embarquer là-dessus, ça me ferait plaisir de me battre pour ça ! Ça ne me touche pas, parce que j’ai tout ce qu’il me faut, mais si je peux crier pour les autres… » Le message est passé.

Nouvelle vague

Nadia, Butterfly n’est même pas resté deux semaines sur les grands écrans en raison du deuxième confinement. Le film, qui raconte les questionnements d’une nageuse au moment de prendre sa retraite après les Jeux olympiques de Tokyo, continue cependant d’être diffusé dans des festivals aux quatre coins du monde : Allemagne, Corée du Sud, Hong Kong, Égypte, Australie, Italie, Brésil… L’œuvre du réalisateur Pascal Plante a reçu le (bien nommé) prix La Vague du meilleur long métrage de fiction canadien au 34e Festival du cinéma francophone en Acadie. « Il fait encore son chemin à travers le monde, a noté Katerine Savard, qui incarne le personnage principal. Je trouve juste ça dommage qu’on ne puisse pas en profiter au Québec. » Les cinémas du Parc, Beaubien et du Musée l’offrent en ligne pour 12 $.

Katerine Savard en bref

27 ans
Ville natale : Pont-Rouge
Ville de résidence : Montréal
Taille : 1,65 m

Jeux olympiques

– bronze au 4 X 200 m libre à Rio en 2016
– demi-finaliste au 200 m libre à Rio en 2016
– demi-finaliste au 100 m papillon à Londres en 2012

Trois Championnats du monde FINA

– 5e au 100 m papillon à Kazan en 2015
– 5e au 100 m papillon à Barcelone en 2013

Médaille d’or au 100 m papillon aux Jeux du Commonwealth en 2014
Médaille d’or au 100 m papillon aux Jeux mondiaux universitaires 2013